Jean Papineau, président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section Granby, rappelle que le nombre d’ambulances sur le territoire de Granby n’a pas augmenté depuis 18 ans.

Les paramédics veulent plus d'ambulances

La population de Granby et des municipalités voisines a beau croître, les effectifs des services d’urgence restent les mêmes depuis des années. En cette période chargée dans le milieu hospitalier, le paramédic Jean Papineau rappelle la situation critique du nombre d’ambulances et d’effectifs sur le territoire de Granby.

M. Papineau est président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section Granby, et il est à même de constater les risques liés à ce manque d’effectifs.

« D’année en année, il y a une augmentation des appels et c’est comme un verre plein, ça déborde. Ce sont souvent les équipes des autres territoires qui vont venir traiter des appels chez nous. Ils peuvent venir de Farnham ou de Waterloo, par exemple. C’est un délai pour les patients. Et un délai, ça peut amener un décès. »

Les Ambulances Granby, qui appartiennent à Dessercom, couvrent non seulement le territoire de Granby, mais aussi ceux de Roxton Pond, Saint-Paul-d’Abbotsford, Saint-Alphonse-de-Granby et Sainte-Cécile-de-Milton, ce qui représente une population de plus de 80 000 citoyens. C’est sans compter les touristes en été, la population vieillissante à Granby et les transferts interhospitaliers qui privent le territoire d’une ambulance pendant quelques heures.

Les techniciens ambulanciers de Granby répondent à environ 8000 appels par année, sans compter ceux pris en charge par des paramédics de territoires voisins.

18 ans sans changement

« Ça fait 15 ans que je fais de l’ambulance et, depuis 17-18 ans, on a toujours le même nombre d’ambulances, soit trois de jours, deux de nuit, indique le technicien ambulancier. C’est un non-sens. »

Le ministère de la Santé peut cependant faire en sorte qu’il y ait plus d’ambulances sur la route, via les budgets octroyés aux propriétaires de services ambulanciers. M. Papineau interpelle donc la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann pour « une refonte du schéma de risque préhospitalier à la grandeur du Québec afin de réévaluer les besoins en ambulances sur le territoire ».

Le schéma de risque préhospitalier permettrait d’évaluer nombre de facteurs qui peuvent influencer l’état du service, comme la présence d’une autoroute et le tourisme.

Selon M. Papineau, un tel exercice permettrait d’améliorer de beaucoup les services préhospitaliers.

Conscients du problème

Le député de Granby et ministre des Transports François Bonnardel est conscient du problème, assure son conseiller politique et attaché de presse, Marc-André Morency.

« M. Bonnardel est au courant et on en a aussi parlé avec la ministre de la Santé, qui est en train de tout réévaluer. On est tout à fait d’accord que la mécanique doit changer. Ce n’est pas normal qu’il y ait aussi peu d’effectifs à Granby. »

PARAMÉDICS COMMUNAUTAIRES: LE PROJET-PILOTE SUR LES RAILS

Depuis plus de deux ans, Jean Papineau travaille sur un projet de paramédics communautaires qui permettrait de désengorger les urgences. 

Comme il a travaillé longtemps sur le dossier avec Catherine Demers, l’attachée de François Bonnardel décédée en juin dernier, il a donné son nom au projet-pilote, en sa mémoire.

« Ce qu’on veut, c’est amener notre expertise terrain et essayer d’aider le réseau de la santé à répondre à la demande parce que c’est sûr qu’on s’en va dans un mur, croit M. Papineau. Je suis convaincu qu’on fait partie de la solution. On est les spécialistes du terrain, il faut juste qu’on exploite un peu plus nos compétences. »

Ce projet, qui impliquerait éventuellement des paramédics communautaires, fait partie de la volonté politique du député de Granby.

Non urgent

Depuis toujours, les paramédics n’ont qu’une option, celle d’amener le patient à l’urgence, même pour les cas non urgents. Les paramédics communautaires, qui travailleraient avec un véhicule banalisé, auraient la possibilité de rediriger les patients ailleurs, soit vers leur médecin de famille ou dans une clinique sans rendez-vous, par exemple, avec la collaboration d’un médecin ou d’une infirmière au bout du fil.

Jean Papineau a récemment eu un cas non urgent à amener à l’urgence de Cowansville, puisqu’il y avait un détournement à Granby. Il s’agissait d’une dame qui n’arrivait pas à dormir. « On a été parti assez longtemps. Et son mari suivait en arrière avec sa voiture. On ne pouvait pas, légalement, ne pas l’amener à l’urgence. »

Il y a aussi le mythe qui veut qu’en arrivant à l’urgence en ambulance, le patient voie le médecin plus rapidement. C’est faux, assure M. Papineau. 

« Pour tout de suite, le projet-pilote Catherine va se faire avec les deux paramédics [réguliers, déjà en service dans une ambulance] pour montrer la faisabilité et démontrer les coûts qu’on pourrait sauver en fonctionnant comme ça. C’est un dossier quand même assez complexe parce qu’il faut changer les lois à notre niveau pour tomber un peu plus autonome. »

Jean Papineau est optimiste que le projet-pilote Catherine voit le jour cette année.

Ouverture des partenaires

Une rencontre a eu lieu il y a un mois avec les acteurs du milieu, souligne Marc-André Morency, attaché de presse et conseiller politique de M. Bonnardel.

Des représentants syndicaux, du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, de Dessercom, Jean Papineau et M. Morency y ont participé. « On a pu constater que tout le monde était bien ouvert au projet, remarque M. Morency. On était très heureux de voir qu’on avait l’appui des personnes les plus concernées. »

Le projet a été présenté à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Le dossier se trouve entre les mains de son équipe.

Le type de règlementation à changer et la façon de le mettre en place le plus rapidement et le plus facilement possible seront étudiés par le cabinet de la ministre, ajoute le conseiller politique du député de Granby et ministre des Transports.