Depuis près de deux ans, tous les paramédics du Québec sont formés et équipés de naloxone, l’antidote qui permet de renverser les effets du fentanyl.
Depuis près de deux ans, tous les paramédics du Québec sont formés et équipés de naloxone, l’antidote qui permet de renverser les effets du fentanyl.

Les paramédics sont prêts depuis longtemps

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Les paramédics sont formés et équipés depuis près de deux ans pour administrer de la naloxone, l’antidote du fentanyl.

La naloxone est apparue dans la trousse des paramédics au même moment que le fentanyl, il y a près de deux ans. Cet opiacé est administré aux patients poly­traumatisés pour soulager leurs douleurs. « Si tu donnes du fentanyl pour soulager une personne, il faut que tu sois capable de renverser les effets non désirables et c’est la naloxone qui permet ça », explique Stéphane­ Scalabrini, directeur des opérations pour le secteur ouest chez Dessercom, qui dessert entre autres Granby et Acton Vale.

« [L’administration de la naloxone] fait partie des protocoles usuels. Contrairement à d’autres endroits qui ont vécu la crise du fentanyl­, nos paramédics avaient déjà une force d’attaque avec cette médication-­là », poursuit-il.

« La formation remonte à près de deux ans. [La naloxone] est un antidote que les paramédics peuvent administrer par voie intranasale, avec des critères bien précis. Quand ils sont confrontés à une situation qui répond aux critères, au protocole, ils peuvent la donner », affirme Pierre Nadeau, directeur des secteurs cliniques et opérationnels pour le groupe ambulancier Cambi, qui dessert notamment Cowansville.

La formation initiale est d’une durée de huit heures. Il est question d’administration du médicament, mais également de la gestion des voies respiratoires. D’ailleurs, avant que la trousse des paramédics ne soit garnie de naloxone, les intervenants intubaient le patient et assuraient la ventilation jusqu’à son arrivée au centre hospitalier. 

La naloxone est aussi utilisée pour renverser les effets des autres opiacés. « Il y a 10 ans, c’était l’héroïne, qui a les mêmes effets. D’ailleurs, on compare tout le temps le fentanyl à l’héroïne. On dit que le fentanyl est dix fois plus fort. Le fait qu’il soit 10 fois plus fort va provoquer les symptômes 10 fois plus rapidement­ », explique M. Scalabrini.

Les policiers pourraient s’équiper de trousses 

Les policiers se préparent eux aussi à une éventuelle crise du fentanyl qui pourrait toucher le Québec après avoir fait de nombreuses victimes dans d’autres provinces canadiennes. Autant la Sûreté du Québec que le Service de police de Bromont évaluent la possibilité d’équiper les policiers d’une trousse de naloxone pour intervenir auprès des consommateurs­ en surdose. 

« C’est étudié présentement par la Sûreté du Québec de doter les policiers de cette trousse-là et aussi voir comment ça pourrait s’orchestrer », explique le sergent Hugo Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec. 

Même son de cloche au Service de police de Bromont qui devra étudier la possibilité de doter les agents de la trousse qui contient l’antidote capable de renverser les effets du fentanyl, dont une dose d’à peine deux milligrammes peut être mortelle. Le corps policier s’est toutefois assuré auprès des paramédics qui desservent Bromont qu’ils possédaient, eux, du naloxone, ce qui est le cas, indique Sandy Robitaille, inspecteure aux enquêtes. (voir autre texte en page 4) 

Deux décès pourraient potentiellement avoir été provoqués par le fentanyl sur le territoire desservi par la Sûreté du Québec au cours de la dernière année, indique le sergent Fournier, en précisant que les consommateurs de fentanyl sont souvent des consommateurs de drogues dures. À Bromont, aucun cas de surdose mortelle n’a été rapporté à ce jour.

N’empêche que les policiers se préparent à la suite de la crise du fentanyl, qui a entraîné des centaines de morts ailleurs au pays. « On sait que la crise pourrait augmenter, donc on se prépare en conséquence. On veille à ce que l’information soit diffusée auprès des patrouilleurs et qu’ils connaissent la problématique avant qu’elle arrive chez nous », indique le sergent Fournier.

Peu présent au Québec

La présence du fentanyl au Québec­ semble pour l’instant assez faible. Seulement 3 % de tous les échantillons de ce puissant opiacé acheminés au laboratoire de Santé Canada à la suite de saisies réalisées au Canada au cours de la dernière année provenait de la Belle province. 

Quoi qu’il en soit, la SQ a mis en tête de liste de ses priorités la lutte au puissant opiacé. « Pour le moment, l’Agence des services frontaliers et les corps de police québécois ne procèdent qu’à peu de saisies de fentanyl au Québec, mais on suit la situation de près », indique le sergent Fournier. 

À la suite de conseils reçus d’un policier de la SQ expert en la matière, le Service de police de Bromont s’est procuré des ensembles de protection — qui comprennent combinaison, gants, masque et lunette protectrice. Ceux-ci sont à la disposition des policiers dans l’éventualité où ils pourraient être en contact avec du fentanyl afin d’éviter toute contamination. 

La personne responsable du dossier au Service de police de Granby n’était pas disponible pour répondre aux questions de La Voix de l’Est avant lundi. 

Une application pour mieux prévenir

La Gendarmerie royale du Canada propose une application qui permet de mieux informer et prévenir les citoyens sur les drogues et les nouvelles tendances. Des fiches d’information sur les différentes substances, qu’il s’agisse de dépresseurs, de stimulants ou de perturbateurs, offrent une description de la drogue, ses effets secondaires et ses symptômes en cas de surdose, entre autres. Il est aussi question des laboratoires clandestins et des dangers qu’ils représentent. Une section est par ailleurs dédiée aux mythes et aux réalités reliées aux drogues et à leur usage. Des conseils de prévention sont aussi offerts avec un bottin de ressources à contacter en cas de besoin.