Les ornithologues amateurs du Québec déplorent la décision de Roxton Pond de s’attaquer aux oies blanches.

Les ornithologues amateurs s’opposent à l’effarouchement

Les ornithologues amateurs du Québec déplorent la décision de Roxton Pond d’effaroucher les oies blanches présentes sur le lac Roxton. Le Club des observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska (COOHY) et le Regroupement QuébecOiseaux peinent à comprendre pourquoi la municipalité tente de se débarrasser de son animal emblématique.

« La municipalité choisit la solution la plus facile. Ce n’est que la troisième source de phosphore [dans le lac] », estime Normand Fleury, président du COOHY.

Avant même de lire les détails de l’étude réalisée par la firme T2 Environnement — disponible sur le site web de Roxton Pond —, le COOHY a cosigné une lettre avec le Regroupement QuébecOiseaux pour demander des explications aux élus roxtonais.

« Chaque semaine, nous avons des membres sur place pour observer des oiseaux. Des gens de la Haute-Yamaska, mais aussi de Brome-Missisquoi, de Sherbrooke et d’ailleurs en Montérégie. Dans la région, c’est le seul lac qui accueille autant d’oies, sinon il faut se déplacer dans la région de Victoriaville. Roxton Pond va se priver de retombées [économiques] », estime Normand Fleury.

Impact considérable

Le rapport environnemental réalisé par les consultants en environnement Daniel Néron et Hugo Thibaudeau Robitaille met en lumière la part de responsabilité de la sauvagine (NDLR: soit l’ensemble des oiseaux sauvages des zones aquatiques) dans la dégradation de l’écosystème du lac Roxton. Selon des chiffres qui « pourraient être sous-estimés », selon les auteurs de l’étude, au moins 14 % de l’apport annuel en phosphore est imputable aux déjections des oiseaux migrateurs. La source principale (35 %) demeure l’utilisation humaine du sol en amont du lac. Les anciennes fosses septiques situées à proximité du lac en sont responsables à hauteur de 9 %, tandis que le reste du phosphore serait déjà présent dans les sédiments du lac.

« Ce qu’on déplore, c’est le fait qu’une seule source est ciblée. On devrait voir la situation de façon globale et amorcer des démarches au niveau agricole également », estime M. Fleury.

« C’est tout à leur honneur de faire la promotion de la protection des oiseaux, mais il faut éviter d’avoir des propos populistes et une vision en silo. [...] Si on réussit à enlever le tiers du 35 %, on est des héros, mais même avec des bandes riveraines, des mesures agroenvironnementales énormes, c’est impossible de ramener ce chiffre à 0 », évalue Hugo Thibaudeau Robitaille.

Cependant, le COOHY remet en doute la solidité de l’étude soulignant l’impact des oies en phosphore en comparant la situation du lac Roxton à celle du réservoir Beaudet, à Victoriaville, qui est également un site de prédilection pour les oiseaux migrateurs. L’apport des oies en phosphore y serait inférieur à 1 %, selon Jean-François Guénette, directeur général du Regroupement QuébecOiseaux.

« Je ne sais pas si ce chiffre est valide, mais ce qui est sûr, c’est que le réservoir a un portrait complètement différent du lac Roxton. Le débit d’eau y est beaucoup plus important ce qui fait que l’eau est complètement renouvelée aux 3 ou 4 jours, tandis que cela prend quatre mois au lac Roxton », précise M. Thibaudeau Robitaille, qui cumule 25 ans d’expérience.

Dans le rapport environnemental de 136 pages intitulé Lac Roxton : étude de faisabilité pour la restauration trophique du plan d’eau, le nombre d’oies blanches transitant par le plan d’eau est évalué à 100 000 individus par saison d’observation.

Pas en guerre

« Nous ne sommes pas en guerre contre les oies, ce qu’on veut c’est sauver notre lac! » selon le maire Pierre Fontaine.

Ce dernier avance qu’il comprend les préoccupations des amateurs d’oiseaux et tient à remettre les pendules à l’heure. « On est bien conscient que c’est l’un de nos attraits; il n’est pas question de faire partir toutes les oies, seulement de faire diminuer leur population sur le lac Roxton où elles sont en surnombre de toute façon », estime le maire.

Déplacer le problème

Pour diminuer l’impact des oies qui font étape sur le lac Roxton, la municipalité entend réaliser des rondes d’effarouchement en bateau à plusieurs moments de la journée. Puisque la présence des oies en si grand nombre à Roxton Pond est relativement récente, les responsables de la municipalité espèrent ainsi que les oiseaux changeront leurs habitudes de migration.

« Les oies ne vont pas simplement disparaître. Elles partent de la toundra et doivent s’arrêter quelque part dans leur migration. Si ce n’est pas sur le lac Roxton, c’est probable qu’on en voit davantage sur le lac Boivin ou le réservoir Choinière », avance le président du COOHY, Normand Fleury. Une observation que fait également Jean-François Guénette, du Regroupement QuébecOiseaux.

Par ailleurs, Normand Fleury souligne qu’en plus des oies blanches, l’effarouchement affectera une trentaine d’espèces ovipares. Toutefois, aucune de ces espèces d’oiseaux ne serait menacée d'extinction , selon M. Fleury.