Alors que la liste d’attente pour une consultation en neurologie s’allonge, les deux spécialistes Guillaume Lafortune et Jean-Pierre Claude, qui portent à bout de bras ce service dans la région, réclament de l’aide.

Les neurologues de Granby sonnent l’alarme

Les deux neurologues de Granby sont débordés. Alors que la liste d’attente pour une consultation s’allonge, les deux spécialistes qui portent à bout de bras ce service dans la région réclament de l’aide. Notamment qu’un collègue leur prête main-forte. Or, Québec ne prévoit pas ajouter d’effectifs dans ce créneau sur le territoire d’ici 2020.

Depuis deux ans, le service de neurologie renaît à Granby avec l’arrivée du Dr Jean-Pierre Claude en 2015, puis de son collègue, le Dr Guillaume Lafortune, l’année suivante. Toutefois, malgré toute leur bonne volonté, ils ne suffisent pas à la tâche. « On me paierait 100 millions par an, il ne me pousserait pas deux bras de plus, a imagé le Dr Lafortune. On a besoin d’aide, pas d’une hausse de salaire. »

Turbulences. C’est ainsi que les spécialistes décrivent le contexte dans lequel ils évoluent. « On a la malchance d’avoir créé un service quand les astres ne sont pas alignés », a fait valoir le Dr Claude. « En fait, il n’y a pas eu de relève en neurologie pendant près de 10 ans à Granby, a poursuivi son confrère. On part de zéro en pleine conjoncture de restrictions budgétaires et de restructuration du système de santé. On part vraiment avec deux prises. »

En date du 8 novembre 2016, 494 personnes étaient sur la liste d’attente en neurologie à Granby, a soutenu M. Lafortune. En un an, le nombre a presque doublé, s’élevant­ à 917. 

« Ça n’a pas de sens de voir des gens attendre plus d’un an pour avoir une consultation, a-t-il clamé. On ne parle pas de suivis de routine. Notre clientèle est très malade, souvent âgée et avec peu de mobilité. On a des cas de sclérose en plaques, de Parkinson, de SLA [sclérose latérale amyotrophique] et ayant subi un AVC [Accident vasculaire cérébral]. Ce n’est pas de la marchandise que l’on met sur une tablette. La situation­ est alarmante. »

Nombreuses ramifications

Malgré les besoins criants de personnel en neurologie à Granby­, le programme d’effectifs médicaux (PEM) piloté par Québec­ ne prévoit pas l’ajout de spécialistes d’ici 2020. 

« On n’a même pas d’horizon. On ne sait même pas quand on pourra réorganiser le service pour qu’il soit opérationnel », a déploré Jean-Pierre Claude. « Ça n’a pas de bon sens qu’on n’augmente pas les effectifs. Le gouvernement ne peut plus continuer à se mettre la tête dans le sable en espérant que tout ira pour le mieux », a renchéri son collègue.

Pour arriver à garder la tête hors de l’eau, les spécialistes souhaitent être épaulés par une secrétaire, et possiblement par une infirmière clinicienne.

« Pendant que Jean-Pierre et moi, on envoie par fax des papiers à des pharmacies, on trie du papier, on rappelle des patients et on sort des dossiers des archives, on perd un temps fou pour réduire notre liste d’attente », a indiqué le Dr Lafortune. « Les patients qui essaient de nous joindre, c’est aussi un gros problème. Il n’y a personne pour prendre les appels », a poursuivi M. Claude.

Les heures de garde que se partagent les deux spécialistes réduisent aussi considérablement le temps alloué aux autres patients en attente. « On a la chance de travailler avec de très bons omnipraticiens, mais ils nous en demandent beaucoup. Et c’est normal parce qu’on est là pour les épauler. Les consultations à l’urgence ou sur les étages entrent en plus des suivis quotidiens. [...] Ce n’est pas un rythme que l’on pourra maintenir à long terme », a soutenu le Dr Lafortune.

L’ajout prochain à Granby de la thrombolyse, qui consiste en la résorption d’un caillot dans un vaisseau sanguin par l’injection d’un liquide, laisse également planer une ombre au tableau, a-t-il fait valoir. « On veut faire des thrombolyses à Granby. Ce sera un plus. Mais on a seulement près de quatre heures pour faire [l’acte médical]. Chaque minute qui passe, ce sont des neurones qui meurent. Alors si on a besoin de nous, on doit tout laisser de côté pour agir rapidement. Ça va restreindre encore davantage notre temps pour voir des patients. » Selon le Dr Lafortune­, les statistiques démontrent qu’environ 120 thrombolyses devraient être réalisées chaque année sur le territoire de Granby, soit un aux trois jours.

« On demande de l’aide depuis longtemps. On ne sent aucune mauvaise volonté, ni au CIUSSS [Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux], ni localement, a assuré le Dr Lafortune­. Ils sont conscients de l’importance de nos demandes pour le maintien du service ici. Maintenant, la balle est dans le camp de Québec. »