Éric Bédard, président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, a reçu le mandat de mettre en lock-out ses deux employées de bureau.

Les négociations piétinent au SEHY

Le Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY) pourrait mettre ses deux secrétaires en lock-out dans les prochaines semaines. Le syndicat-employeur et le Syndicat des employées et employés de syndicats et des organismes collectifs du Québec (SEESOCQ), qui représente les deux employées, se trouvent devant une impasse dans la négociation du prochain contrat de travail.

Afin de bien expliquer la situation, le président du SEHY, Éric Bédard, tient à faire un retour en arrière, lorsque la dernière convention collective a été adoptée.

« On ne peut pas faire fi des dernières années. En août 2011, je me suis fait mandater par le conseil d’administration du syndicat pour signer ça [NDLR : la convention collective]. Un de nos collègues du CA, Martin Laboissonnière, aujourd’hui premier vice-président, nous critiquait vivement parce qu’on signait un protocole d’entente sans avoir le texte, explique-t-il. On n’a pas écouté Martin. C’est mon erreur. Je leur faisais confiance. J’en prends toute la responsabilité. »

Depuis ce jour, la convention collective prévoit des conditions salariales plus élevées que celles des enseignants et l’embauche de deux employés à temps plein — une secrétaire réceptionniste et une secrétaire administrative — et de deux conseillers syndicaux chargés de soutenir les enseignants relativement à leur contrat de travail.

Des problèmes
Les problèmes sont apparus en janvier 2015. « On a commencé à recevoir un nombre impressionnant d’appels de membres insatisfaits [des conseillers] parce qu’ils étaient incapables de recevoir des réponses à leurs questions. »

M. Bédard avoue qu’il avait une confiance aveugle envers son équipe du bureau, si bien qu’il a demandé aux membres d’apporter des preuves que leurs appels et leurs courriels étaient nombreux et sans retour.

« Effectivement, après quelques semaines, des gens nous ont apporté des preuves matérielles. Je me suis mis à paniquer. On a des obligations en vertu du Code du travail. Quand ton syndicat ne fait pas son travail, tu peux le poursuivre. Ça, c’est la hantise des syndicats. »

Il y a effectivement eu des poursuites et le président a voulu que la situation soit corrigée dans les bureaux du SEHY. Des mesures correctives ont été mises en place en raison de la perte de confiance envers l’équipe, une mesure qui n’a pas été appréciée par les deux conseillers, qui ne sont plus à l’emploi du syndicat-employeur aujourd’hui.

Environ 200 000 $ ont été dépensés en frais d’avocats et frais d’arbitrage pour régler ces conflits qui se sont échelonnés de janvier 2015 à décembre 2016.

Les membres consultés
Au printemps 2017, les membres du SEHY ont obligé leur syndicat à les consulter avant de signer une entente avec le SEESOCQ pour éviter qu’une erreur se produise à nouveau.

La convention collective des employés de bureau est échue depuis le 31 juillet 2016. Elle est toujours en application jusqu’au prochain contrat de travail, mais une entente parallèle a été prise pour se priver des deux postes de conseillers.

« À toutes fins pratiques, on a deux employés de bureau qu’on apprécie beaucoup. Ce sont des perles. Mais des employés qui mettent en péril la situation financière du syndicat et ses obligations au sens de la loi, on ne peut pas se permettre ça », renchérit M. Bédard en parlant des conseillers.

Il précise que le syndicat des employés a accepté de retirer ces deux postes de la prochaine convention collective, mais que la négociation piétine tout de même.

« Devant un mur »
Dès la première rencontre à la table de travail, en décembre 2017, Éric Bédard raconte que le SEESOCQ a annoncé qu’il allait demander au ministère du Travail une conciliation. « On n’a pas eu le choix. Un conciliateur a donc été nommé. Il est très efficace, on l’a eu dans d’autres dossiers avec la commission scolaire. On a eu plusieurs séances de conciliation. Mais le malheureux constat qu’on a été obligé de faire, c’est qu’on est à 1000 lieux de s’entendre. On est arrivé devant un mur. »

La question salariale est un des points au cœur du conflit. Selon M. Bédard, les demandes sont très élevées de la part des employées et, comme l’assemblée générale du SEHY analysera chaque ligne de l’entente avant de l’approuver, il sait déjà que ce sera refusé. « Nos secrétaires ont des conditions qui sont très en avant des secrétaires et des employés de bureau d’autres syndicats », relève-t-il également.

De plus, les mesures disciplinaires ou de recadrement que veut imposer le SEHY, si des problèmes survenaient encore, ne sont pas acceptées par le SEESOCQ.

Le conseil d’administration, l’assemblée des personnes déléguées et l’assemblée générale des membres ont mandaté le syndicat-employeur de décréter un lock-out au moment opportun, dans l’espoir de régler la négociation.

Éric Bédard admet qu’il est inusité et particulier de voir un syndicat menacer ses employés d’un lock-out, mais il assure que la pratique n’est pas nouvelle. Les syndicats sont nombreux à employer du personnel, lui aussi syndiqué, et quelques-uns ont déjà dû recourir au lock-out.

« Parce que j’ai fait une erreur en 2011, je vais corriger mes erreurs et je vais exercer le mandat. On ne voit pas d’autres solutions. »

Le conseil d’administration est convoqué le 24 mai pour statuer sur la date du lock-out.