La situation s’explique notamment par un grand roulement de personnel, des employés se prêtant à un jeu de chaise musicale entre diverses municipalités.

Les municipalités touchées par le manque d’employés

La pénurie de main-d’œuvre ne se fait pas uniquement sentir dans le secteur privé. Plusieurs municipalités québécoises peinent à attirer des candidats pour combler leurs postes, qui demeurent vacants plus longtemps que souhaité.

Le manque de personnel affecte effectivement certaines administrations municipales, remarque-t-on autant du côté de la Fédération québécoise des municipalités que de l’Union des municipalités du Québec. « Les municipalités ne vivent pas en vase clos en dehors de la pénurie de main-d’œuvre, reconnaît Patrick Lemieux, conseiller aux communications à l’UMQ. Certains types de position, par exemple des postes de directeurs généraux, sont plus difficiles à combler. »

Ce constat est vérifiable sur les plateformes où sont affichées les offres d’emploi du secteur municipal, plus nombreuses que jamais. Par exemple, près de 280 emplois étaient affichés sur le site Québec municipal, cette semaine, une tendance à la hausse.

« On le voit bien cette année, on bat un record en nombre d’annonces, indique Carl Legendre, directeur général de Québec municipal. Aussi, on remarque qu’en plus du nombre important d’offres d’emploi, les municipalités ont du mal à trouver des candidats, surtout pour des postes à la direction générale, dans les travaux publics et en urbanisme. Un affichage de 30 jours ne suffit plus, il faut qu’elles réaffichent pour recevoir des CV. »


« Ce qu’on constate, au municipal comme dans d’autres domaines, c’est qu’aussitôt que ça ne fait plus leur affaire, les gens vont travailler ailleurs. »
Carl Legendre, directeur général de Québec municipal

Pour les huit premiers mois de 2019, 4685 offres d’emplois ont été affichées sur Québec municipal, ce qui représente déjà 75 offres de plus que toutes celles publiées en douze mois l’an dernier.

À eux seuls, les emplois du secteur des travaux publics et voirie, l’aménagement et l’urbanisme de même que les loisirs représentent 48 % de tous les emplois à combler. (voir tableau)

En 2017, un peu plus de 3000 postes ont été affichés alors qu’en 2015, à peine 1843 emplois l’avaient été.

Chaise musicale municipale

La situation s’explique notamment par un grand roulement de personnel, des employés se prêtant à un jeu de chaise musicale entre diverses municipalités.

« Le marché est beaucoup plus en faveur des candidats que des employeurs, fait remarquer M. Legendre. Ce qu’on constate, au municipal comme dans d’autres domaines, c’est qu’aussitôt que ça ne fait plus leur affaire, les gens vont travailler ailleurs. Et ils savent qu’il y a des offres ailleurs, c’est le double tranchant de sites comme le nôtre ! »

Selon M. Lemieux, il existe un enjeu lié à l’éloignement qui rend le recrutement d’employés municipaux plus difficile. « Le bassin de candidats potentiels est plus limité, surtout dans les municipalités en région », dit-il.

M. Legendre convient que l’éloignement peut nuire à certaines municipalités puisque bon nombre de candidats ne sont pas prêts à déménager leurs pénates, mais aussi parce que des villes en périphérie ont souvent des budgets plus modestes et donc, des offres salariales moins attrayantes.

Valoriser le milieu municipal

La valorisation des emplois dans les municipalités est une manière non seulement d’attirer des candidats, mais aussi de garder les employés en poste dans les administrations, estime Patrick Lemieux. « Pour les jeunes, il est plutôt rare que de travailler pour le compte d’une municipalité fasse partie de leurs choix de carrière initiaux », dit-il.

En ce sens, l’UMQ propose chaque année les Bourses « Je travaille pour ma ville » afin de financer l’accueil de stagiaires dans différents secteurs municipaux. « L’objectif du programme consiste à encourager la relève au sein des municipalités québécoises et à inciter les chercheurs d’emplois à penser au secteur municipal dans leurs choix de carrière, puisque les municipalités offrent des emplois variés assortis de très bonnes conditions de travail, dans toutes les régions », fait valoir M. Lemieux.

EFFECTIFS RÉDUITS À ROUGEMONT

À l’heure actuelle, deux des cinq postes de l’administration municipale sont vacants à Rougemont. Des imprévus qu’il est difficile de pallier tout en maintenant le fonctionnement habituel de la municipalité.

La responsable des loisirs se trouve en congé maladie depuis un certain temps et la durée de son absence est indéterminée, a appris La Voix de l’Est.

Puis, mardi soir, en séance régulière, les élus ont entériné la fin d’emploi d’un employé municipal embauché au printemps à la division de l’urbanisme et des services techniques. 

Il est entré en fonction au mois de mai et a été avisé à la mi-août que ses services ne seraient plus requis, a confirmé mercredi la directrice générale Kathia Joseph.

Le précédent urbaniste, Damien Sanschagrin, ayant quitté ses fonctions en mars dernier, la municipalité avait peiné à recruter un candidat qui pourrait assumer cette fonction. Rougemont avait finalement choisi de recruter un candidat capable d’effectuer le travail d’inspecteur municipal, en pensant qu’il pourrait également se pencher sur certains dossiers d’urbanisme. 

« On s’est trompé »

Malheureusement, cela n’a pas suffi à répondre aux besoins de la municipalité, s’est désolé le maire Michel Arseneault. « On s’est trompé, admet-il candidement. On a pensé faire un bon coup, mais aujourd’hui, les dossiers en urbanisme sont plus compliqués que dans le passé, notamment en raison des nouvelles lois et des juridictions. La personne qu’on avait choisie ne répondait pas aux besoins qu’on avait. »

Il a donc été décidé de mettre un terme au lien d’emploi avant la fin de la période de probation de l’employé.

Rougemont a depuis affiché une offre d’emploi dans l’espoir de recruter un nouvel urbaniste. Une tâche difficile compte tenu du plein-emploi.

 « On est dans la ceinture urbaine de Montréal, alors on est en compétition avec plusieurs municipalités autour, » reconnaît M. Arseneault. 

« Malheureusement, on a aussi la réalité budgétaire d’un petit village, qui nous empêche d’offrir des salaires et des avantages aussi compétitifs que de plus grandes villes », poursuit-il.

Une firme dans l’intervalle

En conséquence, le conseil a dû se tourner vers la firme Gestim, qui offre des services d’urbanisme et d’inspection sur mandat aux municipalités. Il en coûtera donc 395 $ par jour à Rougemont pour avoir recours à cette aide externe jusqu’à ce que le poste d’urbaniste soit pourvu.

Malheureusement, en raison de la forte demande, la firme ne peut offrir ses services qu’à raison de deux jours par semaine à Rougemont, ce qui aura peut-être pour effet de ralentir le traitement de certains dossiers. 

Ce manque de fonctionnaires amène les trois employés toujours en poste à mettre les bouchées doubles pour pallier le manque de personnel, avec les conséquences que cela a sur leur propre tâche, indique le maire Michel Arseneault. 

Les directions de services, soit la gestion des eaux, la sécurité incendie et la voirie sont toutefois occupées.

Le maire de Rougemont,  Michel Arseneault