La population de martinets ramoneurs a fondu de plus de 90 % au Canada depuis les années 1970.
La population de martinets ramoneurs a fondu de plus de 90 % au Canada depuis les années 1970.

Les martinets ramoneurs pressés d’adopter une cheminée

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
La nouvelle cheminée, construite au parc de la Tannerie à Granby, n’a pas tardé à être adoptée par les martinets ramoneurs, une espèce menacée. Un couple y a niché, avant même que les équipements technologiques qui permettront de suivre l’activité à l’intérieur de la structure de briques puissent être installés.

«Les martinets nous ont pris de vitesse», lance la biologiste et coordonnatrice à la conservation au Zoo de Granby, Isabelle Devost.

Les travaux d’aménagement de la cheminée ont été réalisés par la Ville de Granby, mais le projet est mené conjointement avec le Zoo, qui œuvre à la préservation de cette espèce, dont la population a fondu de plus de 90 % au Canada depuis les années 1970.

Selon Isabelle Devost, la cheminée, située près de la piste cyclable et du lac Boivin, a été complétée au printemps, soit juste à temps pour le retour des oiseaux. Mais comme les martinets l’ont rapidement adoptée, le volet techno de la structure sera ajouté pour la prochaine saison de nidification.

Cela n’a toutefois pas empêché Isabelle Devost d’y suivre le séjour du couple, qui a donné naissance à deux oisillons, tout au long de l’été. «Peu de cheminées du genre ont été construites au Québec et au Canada, et le nombre de ces structures ayant eu du succès se compte sur les doigts d’une main!», affirme-t-elle.

Dans les circonstances, le projet est considéré comme un «succès exceptionnel» pour la sauvegarde de cette espèce d’oiseau.

La nouvelle cheminée technologique, construite au parc de la Tannerie à Granby, n’a pas tardé à être adoptée par les martinets ramoneurs.

Techno

D’une hauteur de 6,2 mètres (20,5 pieds), la cheminée de briques, qui vise aussi à rappeler le passé industriel de la ville de Granby, serait l’une des rares du genre au Canada, notamment avec le volet branché qui y sera inclus. Caméras, senseurs et détecteurs de mouvements seront installés pour suivre l’activité qui se déroulera à l’intérieur de la cheminée.

Cette partie du projet est rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation de la Faune du Québec dans le cadre du programme Faune en danger.


« Peu de cheminées du genre ont été construites au Québec et au Canada, et le nombre de ces structures ayant eu du succès se compte sur les doigts d’une main! »
Isabelle Devost, biologiste et coordonnatrice à la conservation au Zoo de Granby

Un soin particulier a d’ailleurs été apporté afin d’avoir une texture rugueuse, à l’intérieur de la cheminée, pour faciliter la construction des nids.

«La protection des sites de nidification du martinet ramoneur représente l’une des actions que nous retrouvons dans le Plan environnement 2020-2023 de la Ville de Granby», laisse pour sa part savoir Catherine Baudin, conseillère municipale responsable des dossiers environnementaux.

À l’été 2019, des martinets ont été observés dans six bâtiments non résidentiels autour du centre-ville de Granby et plus d’une trentaine ont été observés en vol en une seule soirée, en août. Ces données représentent un minimum d’oiseaux, car l’activité est moins importante à cette période de l’année, comparativement aux mois de mai et de juin, avait relevé en entrevue l’an dernier le directeur de la conservation et de la recherche au Zoo, Patrick Paré.

Les martinets ramoneurs utilisaient historiquement les arbres creux de fort diamètre pour se reposer et se reproduire. Mais ils adoptent désormais majoritairement les cheminées. Le nombre de sites adéquats et disponibles tend toutefois à disparaître, relève le Zoo de Granby qui collabore également à un projet de protection des habitats de nidification du martinet ramoneur en Haute-Mauricie, dans la région du lac Édouard.