En deux ans et demi, la barrière a permis aux employés de la USFWS de retirer 522 lamproies du ruisseau Morpions. C'est énorme compte tenu des milliers d'oeufs que les femelles pondent chaque année.

Les lamproies bientôt éliminées du ruisseau Morpions

La présence de lamproies dans le ruisseau Morpions devrait être une chose du passé d'ici 2020, croit la U.S. Fish & Wildlife Service. La barrière installée dans le ruisseau à Notre-Dame-de-Stanbridge en 2014 pour capturer ces poissons parasitaires donne les résultats escomptés.
Les lamproies représentent une menace pour les saumons et les truites du lac Champlain. Ils se collent à eux grâce aux ventouses dans leur bouche, leur infligeant des blessures pouvant mener à leur mort.
« On a vraiment de bons résultats. C'est le signe que la barrière fonctionne », signale Bradley Young, superviseur du département de biologie marine de la USFWS. « On peut penser que dans deux, trois ans, il ne restera plus de lamproies ici », dit-il indiquant le petit cours d'eau, tributaire­ de la rivière aux Brochets.
En deux ans et demi, la barrière a permis aux employés de la USFWS de retirer 522 lamproies du ruisseau. C'est énorme compte tenu des milliers d'oeufs que les femelles pondent chaque année. Avant d'ériger la barrière, les experts de l'organisme estimaient à près de 400 000 le nombre de bébés lamproies dans un segment de 27 kilomètres du ruisseau Morpions, signale M. Bradley­. Les captures de 2017 s'annoncent aussi bonnes, disait-il en entrevue à La Voix de l'Est vendredi.
Notons que toutes les autres espèces capturées - des poissons, mais également des tortues, des grenouilles et des crustacés - sont remises à l'eau.
Les lamproies représentent une menace aux espèces indigènes du lac Champlain, surtout aux saumons et aux truites. Ils se collent à elles grâce aux ventouses dans leur bouche, leur infligeant des blessures pouvant mener à leur mort. Les lamproies se reproduisent dans de petits cours d'eau dont le fond est vaseux, ce qui permet aux femelles d'y enfouir leurs oeufs et aux larves de grandir. Ceux-ci restent quatre ans dans le ruisseau avant de le quitter pour rejoindre la rivière aux Brochets puis le lac Champlain.
Cause de souci
Le ruisseau Morpions n'est pas la seule cause de souci des autorités fédérales américaines. Des centaines de ruisseaux partout autour du lac Champlain, au Vermont­ et dans l'État de New York, servent également d'habitat à la reproduction des lamproies. Le petit cours d'eau québécois est toutefois l'un des plus prolifiques en terme d'éclosion d'oeufs. « C'est l'un des pires endroits, il n'y a pas de doute », signale M. Young.
Les scientifiques n'ont pas encore déterminé avec exactitude comment les lamproies en sont venues à habiter le lac Champlain. Une hypothèse est qu'ils proviennent de l'époque de la mer de Champlain, cette immense étendue d'eau qui recouvrait le sud du Québec et de petites portions des États de New York et du Vermont­, il y a 10 000 ans. Une autre hypothèse situe l'arrivée de cette espèce au début du 19e siècle avec la construction d'un canal reliant la rivière Hudson et le lac Champlain. « C'est celle qui nous apparaît la plus plausible­ », indique M. Bradley.
On retrouve des lamproies dans l'océan Atlantique, le long de la côte est des États-Unis et de l'Europe, a signalé le biologiste.
L'ensemble des coûts associés à la lutte aux lamproies est assumé par la USFWS. L'organisation étatique a payé 1,3 million de dollars pour faire construire la barrière. Elle paie également pour le retrait de celle-ci avant l'hiver et son installation au printemps. Des employés de l'agence viennent deux à trois fois par semaine au printemps pour vider la trappe.
Aux États-Unis, la lutte aux lamproies se fait essentiellement avec des pesticides. Des microbilles contenant des substances chimiques sont épandues dans les petits cours d'eau qui servent de lieu de reproduction de l'espèce. Elles tombent rapidement au fond de l'eau, là où se trouvent les petits des lamproies, qui les mangent et meurent, selon M. Bradley.
Interdit au Québec
Une telle approche est interdite au Québec puisqu'aucun pesticide ne peut être utilisé dans des cours d'eau. Cet interdit a poussé les autorités américaines à trouver une solution. Le ministère de l'Environnement, après cinq ans de discussions, a accepté l'installation­ d'une barrière.
Andrew Milliken, chef de projet de la USFWS, a bon espoir que les lamproies causeront bientôt moins de problèmes. « Avec notre barrière ici au Québec et tout le travail que nous faisons dans tous les tributaires autour du lac Champlain, nous allons réduire la population de lamproies à un niveau où elles n'auront pas d'impact majeur sur les pêches dans le lac Champlain, incluant le saumon de l'Atlantique, la truite de lac et les autres espèces en danger », dit-il.