La course à obstacles X Man Race a vu samedi 1800 participants courir dans le lit d’un ruisseau tributaire de la rivière Sutton.

Les impacts du X Man Race sur la rivière Sutton

Le passage de 1800 coureurs samedi dans un ruisseau lors du X Man Race à Sutton a affecté la qualité de l’eau de la rivière Sutton. Des appels se font entendre pour que les organisateurs renoncent à ce que leur parcours passe dans des cours d’eau.

L’eau de la marmite aux sorcières, une section élargie à la tête de la rivière Sutton près de la station de ski, était très embrouillée dimanche. Elle est habituellement d’une grande clarté. Aucune précipitation n’est survenue dans les 48 heures précédentes. Les sédiments de terre qui s’y sont retrouvés s’expliqueraient par le fait qu’un segment de la course à obstacles passait dans un ruisseau en amont de la rivière, croit Patricia Lefèvre, conseillère municipale et directrice du Parc d’environnemental naturel de Sutton (PENS).

« Ça ne dénote pas une grande sensibilité environnementale et ce n’est certainement pas bon pour les truites et les salamandres, si par miracle il en restait dans ce ruisseau », soutient Mme Lefèvre qui s’exprime à titre de citoyenne.

Qu’une personne marche dans le lit d’un ruisseau n’a rien de dramatique, estime Frédéric Chouinard, de l’organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBVBM). « Mais 1800 coureurs, ça va provoquer des impacts, c’est certain. Les berges vont s’éroder, le fond du ruisseau va être perturbé. Tout ça fait qu’on va avoir des sédiments en suspension dans l’eau ce qui va détériorer sa qualité », explique-t-il.

Les organisateurs doivent proposer des mesures correctrices, soutient Luc Desjarlais, du club de chasse et pêche de Sutton. « Il y a des améliorations à apporter. On est en 2018 et les gens sont réveillés sur ces questions », indique-t-il en entrevue.

Impacts minimes
Nicolas Taillefer doute que l’événement sportif cause des impacts à la rivière Sutton. S’il en existe, ils sont minimes, assure le directeur de la course. Le niveau de l’eau du ruisseau était très bas, note-t-il. « Les coureurs n’ont pratiquement pas mis les pieds dans l’eau. Ça se passait dans des sections rocheuses », soutient-il.

Avec les autres organisateurs, comme ils le font depuis sept ans, il dit être allé voir à la marmite aux sorcières au terme de la course pour vérifier la clarté de l’eau. « Elle était belle », dit-il.

Des traces d’érosion sont visibles aux endroits où les coureurs passaient pour entrer et sortir du lit du ruisseau.

L’organisation du X Man Race est soucieuse de protéger l’environnement, dit M. Taillefer. La Sépaq le reconnaît, laisse-t-il entendre, puisqu’elle accepte que la prochaine étape de l’événement le 18 août ait lieu au Parc national du mont Orford.

Le X Man Race de Sutton s’est déroulé en collaboration avec la station de ski Mont Sutton dont les terrains ont été empruntés par la course à obstacles. Jointe mardi après-midi, la responsable des communications de l’entreprise, Chloé Chagnon, a affirmé que la situation sera analysée. « C’est la première fois qu’on a des échos de problèmes. On veut protéger notre environnement, garder notre montagne belle. C’est important pour nous », a-t-elle dit.

La direction de Mont Sutton discutera avec les organisateurs pour déterminer si des améliorations peuvent être apportées l’an prochain, a dit Mme Chagnon.

« Si les gens de Mont Sutton nous demandent de ne plus aller là [dans le ruisseau], on va les écouter », a dit M. Taillefer.

Il est possible de prévoir des aménagements temporaires pour tenir de tels événements en milieu naturel, croit Frédéric Chouinard, de l’OBVBM. « Les gens doivent avoir accès à ces milieux, mais il ne faut pas qu’ils contribuent à la détérioration de l’environnement. Si les organisateurs veulent continuer à proposer ces événements, ils doivent être prêts à s’adapter. »

Le groupe de M. Taillefer est également derrière la série de courses en sentier X Trail. À Sutton, l’événement emprunte les sentiers du PENS. Le tout est sévèrement encadré, fait remarquer Mme Lefèvre. Les coureurs doivent demeurer dans les sentiers et traverser les ruisseaux où des passages à gué protégés par des enrochements ont été aménagés.

Si des événements sportifs ont des impacts sur les rivières, il ne faut pas perdre de vue qu’elles sont aux prises avec des problèmes encore plus graves, rappelle Luc Desjarlais, du club de chasse et pêche de Sutton. Il cite l’inefficacité des usines d’épuration des eaux usées, l’aménagement des routes de terre et de gravier, l’entretien des fossés, l’ajout de surfaces imperméables. « Ça commence à faire pas mal de problèmes à régler », selon lui.

Mme Lefèvre est du même avis. Les impacts causés par le X Man Race « demeurent anecdotiques par rapport à la pollution systémique générée par une gestion archaïque des fossés, des chantiers de constructions et autres remblais », dit-elle.