Les municipalités devraient travailler ensemble pour réduire les surverses d’eaux usées, selon la Fondation Rivières.

Les impacts des eaux usées dans les rivières mal documentés

Les impacts des rejets d’eaux usées non traitées sur les rivières sont mal documentés, déplore Gilbert Cabana. Des études sont nécessaires pour déterminer leurs conséquences sur les écosystèmes des cours d’eau, soutient le professeur du département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« Il y a toutes sortes de substances qui passent dans les égouts. Des substances organiques qui viennent d’humains, des substances chimiques d’entreprises. Il y a même des substances médicales, des produits de soins personnels. C’est certain que toutes ces substances ont des impacts. Mais on n’a pas fait beaucoup de recherche là-dessus », explique-t-il. L’argent se fait rare des gouvernements pour financer de telles études, a-t-il dit.

Les usines d’épuration des eaux usées des municipalités traitent beaucoup de ces substances, dit M. Cabana. Lors de surverses toutefois, elles se retrouvent directement dans les rivières avec les eaux usées, rappelle-t-il. « Ça devient un cocktail complexe qui peut avoir des répercussions sur le milieu récepteur, sur la chaîne alimentaire des poissons. »

Les rivières ont des capacités de dilution des eaux usées, mais tout dépend de leur débit, note M. Cabana. Les taux de coliformes fécaux dans le fleuve Saint-Laurent demeurent bas, et ce, bien que la Ville de Montréal déverse chaque jour entre 2,5 et 7 millions de m3 provenant de son usine d’épuration des eaux usées, note l’universitaire.

Le professeur Cabana rentre tout juste d’une expédition scientifique sur le fleuve. Sa mission a consisté à recueillir des échantillons d’eau à différents endroits entre Trois-Rivières et Montréal. Le tout a dans le but de mesurer les impacts des rejets de l’usine des eaux usées de Montréal.

Plusieurs municipalités, rappelle-t-il, puisent leur eau brute du fleuve pour la filtrer et la distribuer à leurs citoyens par l’entremise de leur réseau d’aqueduc.

Les citoyens ont leur rôle à jouer pour réduire les surverses, souligne M. Cabana. « Ils doivent avoir conscience de toute l’eau qu’ils utilisent. Ils doivent être sensibilisés. Le danger, c’est quand la pollution devient trop importante. Il y a un point de cassure et les gens abandonnent leurs efforts », note-t-il.

Malgré les mauvaises nouvelles environnementales concernant l’état de nos rivières, M. Cabana assure qu’il n’est pas trop tard. L’amélioration des infrastructures municipales et de nouvelles habitudes de consommation de l’eau sont encore possibles. « Les rivières sont des milieux dynamiques. Elles peuvent s’améliorer assez vite », conclut le chercheur de l’UQTR.

Priorités régionales
L’absence d’études sur les impacts des surverses n’est pas une raison pour que les municipalités restent les bras croisés, soutient Alain Saladzius, cofondateur et président du conseil d’administration de Fondations Rivières. L’ingénieur estime qu’elles doivent travailler ensemble selon un ordre de priorités régionales qu’elles se donneraient. « Elles doivent avoir une approche par bassin versant et se donner un plan d’intervention pour effectuer des travaux de correction. C’est la seule vraie porte de sortie qu’elles ont. »

M. Saladzius, qui a longtemps travaillé au ministère des Affaires municipales en tant que chef d’équipe sur des projets de traitement d’eau potable et d’eaux usées, suggère que les municipalités puissent puiser dans le programme de la taxe sur l’essence et de la contribution du Québec pour réaliser des travaux pour réduire les surverses.

Il est également d’avis que le gouvernement du Québec doit faire des surverses une priorité. « Peut-être devrait-on ajouter des critères de réflexion d’ensemble avant de subventionner des projets municipaux. Ce que je sais, c’est que ça prend un vrai dialogue entre les municipalités », dit-il.

L’organisme environnemental vient de soumettre aux élus de la MRC du Haut-Richelieu une analyse détaillée des problèmes de surverses des 31 municipalités du territoire. Des problèmes endémiques, dit-il, notamment à Saint-Jean-sur-Richelieu où une des stations de pompage est le théâtre d’une centaine de surverses par année. « Ce n’est pas acceptable », martèle M. Saladzius.

Des interventions réglementaires amélioreront le bilan des municipalités, croit M. Saladzius. Toutes les municipalités devraient obliger leurs citoyens à débrancher les gouttières de leur maison, leur pompe de sous-sol et leur drain français du réseau d’égout, dit-il. « Commençons par là. Ce sont des gestes simples qui réduiront les volumes d’eaux usées qu’on rejette dans l’environnement. C’est très simple à faire. »