C’est dans la cacophonie et sous les huées des quelque 200 citoyens qui ont envahi l’hôtel de ville de Granby lundi soir que les membres du conseil municipal ont adopté le règlement qui fera bondir la rémunération des conseillers de 17,5 % et celui du maire, de 15%.

Les hausses de salaire des élus adoptées sous les huées

C’est dans la cacophonie et sous les huées des quelque 200 citoyens qui ont envahi l’hôtel de ville de Granby lundi soir que les membres du conseil municipal ont adopté le règlement qui fera bondir la rémunération des conseillers de 17,5 % et celui du maire, de 15 %.

Seul le conseiller Jean-Luc Nappert s’est, comme le mois dernier, opposé à cette hausse. Une position qui a été accueillie par des applaudissements nourris. « J’ose espérer que le prochain conseil se penchera sur l’ensemble du traitement des élus », a fait valoir M. Nappert en proposant qu’un groupe de travail composé d’élus et de citoyens étudie cette question. Des propos qui lui ont valu une ovation debout.

Les huées se sont toutefois faites plus nombreuses que les applaudissements tout au long de la soirée. Dès le départ, la foule s’est montrée hostile à l’endroit des membres du conseil.

Le maire, Pascal Bonin, a eu particulièrement fort à faire pour s’exprimer, alors que les quolibets, lancés par des citoyens furieux, se sont faits nombreux. « Nous autres, on est des trous-de-cul, eux-autres, ce sont des élus », a lancé l’un d’eux. « On t’a assez entendu », a renchéri un autre. « Bla, bla, bla », a aussi résonné dans la salle du conseil.

Plusieurs citoyens ont répété sur tous les tons, leur opposition à la hausse qui fera passer le salaire du maire de 104 160 $ à 119 784 $ et celui des conseillers de 34 402 $ à 40 423 $. Certains ont plutôt proposé d’y aller avec des hausses de 1.9 % ou de 2.5 %. Mais cela n’a rien changé à l’issue de la décision de la majorité des élus.

« Assemblée à 0,11 $ »
« On vous sent déracinés de la parole des citoyens », a lancé un citoyen, Luc Perron. « Avez-vous considéré le revenu médian des citoyens de Granby avant de vous accorder une hausse ? », a voulu savoir René Jean Fournier. « Lorsque vous avez négocié la convention collective des policiers, avez-vous comparé leur salaire avec les policiers des autres villes ? », a voulu savoir Benoit Lord.

Le conseiller municipal et ex-syndicaliste Robert Vincent qui, il y a 30 ans, s’était opposé à une hausse similaire des élus de l’époque, a aussi été pris à partie à quelques reprises pour son changement de cap.

À ceux qui ont fait valoir que les salariés granbyens n’ont pas droit à de telles augmentations de salaire, Pascal Bonin a rétorqué à quelques reprises qu’on « compare les pommes avec les pommes et les maires avec les maires ».

La hausse salariale n’engendrera d’ailleurs que des coûts de 0,11 $ par année, par citoyen, a tenté de démontrer le maire Bonin. « Il faut réaliser que les gens qui sont partis de chez eux, qui ont mis du gaz dans leur char et qui sont venus à l’hôtel de ville, ça leur a coûté plus cher que l’augmentation annuelle de l’ensemble du conseil. À un moment donné, il faut arrêter de mettre de l’énergie où il n’y en a pas », a-t-il laissé tomber aux médias à l’issue de la séance du conseil.

Cette démonstration n’a cependant pas convaincu les citoyens. Ils se sont succédé à un rythme soutenu au micro lors des deux périodes de questions. Et ils ont protesté bruyamment lorsque le maire a mis fin à la première période, arguant que la limite de temps avait été atteinte. Le point traitant de la hausse salariale ayant été traité au début de la séance, une bonne partie de l’ordre du jour s’est d’ailleurs ensuite écoulée dans le brouhaha total.

Jacynthe Deslauriers

Clos
La pétition mise en circulation par la Granbyenne Jacynthe Deslauriers au cours des dernières semaines a amassé au total plus de 2000 signatures, sur papier et sur le web, a-t-elle pour sa part annoncé. Le document continuera à circuler aussi longtemps que les élus ne reverront pas leur position, a-t-elle laissé savoir.

Pour le maire Bonin, le dossier est toutefois clos, lui a-t-il signifié sans équivoque. « Le dossier de la rémunération des élus, on l’a passé une fois. Et c’est la dernière fois du mandat. Jamais je ne redonnerai mon OK pour qu’on retouche à ça, aussi longtemps que je vais être maire. On l’a vécu une fois. On a compris le message. Il y a des gens qui ne sont pas d’accord, mais c’est fini », a-t-il déclaré allant même jusqu’à qualifier de « pow-wow » l’intervention de Mme Deslauriers, suscitant à nouveau les huées de la foule.

Aux médias, le maire a dit avoir utilisé ce qualificatif entre autres parce qu’il déplore l’attitude qu’ont eue des citoyens lorsqu’il a par exemple voulu féliciter la troupe de danse des T.eenagers à l’émission Danser pour gagner. « Les gens se sont mis à huer et à insulter les petites filles. À un moment donné, ça devient un peu ridicule... »