Le transfert en Estrie ne fait pas l’unanimité dans Brome-Missisquoi.
Le transfert en Estrie ne fait pas l’unanimité dans Brome-Missisquoi.

Les grandes villes de Brome-Missisquoi tranchent pour un transfert vers l’Estrie

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Les grandes municipalités de Brome-Missisquoi ont mis fin au débat. La MRC acceptera de passer en Estrie, à condition qu’un comité transitoire soit formé avec le gouvernement du Québec. La formation d’un tel comité de travail avait été demandée il y a deux ans déjà, au début de la réflexion, et n’a jamais vu le jour.

Après plus d’une heure de discussions, de débats et parfois d’accusations, les maires sont finalement passés au vote lors d’une rare assemblée extraordinaire, mardi soir.

Bolton-Ouest, Brome, Bromont, Cowansville, Farnham, Lac-Brome et Stanbridge Station se sont prononcés pour un transfert dans la région administrative de l’Estrie. Les 14 autres municipalités de la région ont voté en défaveur.

Un tel vote n’est pas sous la formule d’une ville un vote. Les villes ont plus de voix en fonction de leur ratio de population. Donc, le nombre de citoyens par territoire municipal et le nombre de voix au conseil comptent. Il y a eu donc 27 voix pour et 16 voix contre, ainsi que 67 % de la population, représentée par leurs maires, en faveur.

« Le vote qu’on vient d’avoir démontre très, très bien que les grandes villes ont une vocation différente de la nôtre, reproche Jean Lévesque, maire de Frelighsburg. Il y a sûrement plus d’avantages pour eux. Ce qu’on veut, et ce qu’on a toujours dit qu’on voulait, c’est de conserver nos acquis, un point c’est tout. »

Un comité exigé

Le comité transitoire verra à ce que le Fonds régions et ruralité (FRR-1) de la nouvelle Estrie, anciennement le Fonds d’aide et de relance régionale (FARR), soit augmenté suffisamment pour que le montant par habitant soit équivalent ou supérieur au ratio actuel en Estrie. Avec l’ajout de 150 000 nouveaux Estriens avec la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi, le ratio diminuerait de beaucoup si les sommes ne suivent pas.

Sans la formation de ce comité, la résolution devient caduque, a répété le préfet Patrick Melchior, également maire de Farnham.

De plus, les maires souhaitent que les services gouvernementaux, en quantité et en connaissances, reçus dans les milieux forestiers et agricoles suivent le transfert éventuel des ministères concernés. Par exemple, les experts du MAPAQ qui connaissent bien le territoire pourraient eux aussi être transférés en Estrie.

Sylvie Beauregard, mairesse de Cowansville, souhaite vivement que des représentants des milieux agricoles et forestiers soient membres du comité.

« Depuis deux ans, on n’a jamais pu s’assoir et discuter. Il faut ce comité-là pour dire ce que nous, nous voulons, a lancé Mme Beauregard dans une prise de parole bien sentie après le vote. On ne peut pas avancer sans ça. On tourne en rond autrement. On ne sait pas ce qu’on peut gagner ou perdre. Le comité, j’y tiens pour qu’on s’assoie, qu’on fasse preuve de leadership et qu’on demande de garder ce qu’on a en Montérégie. C’est dans ce sens-là que j’ai voté en faveur, afin d’être capable d’aller chercher des réponses. »

Demi-réponses

Le manque important d’informations a été le point central des discussions. Même certaines municipalités dont l’ADN correspond davantage à l’Estrie, comme Sutton, ont voté en défaveur du transfert puisqu’il y avait un manque d’informations.

Dans les dernières semaines, une lettre incluant une série de questions, doublée d’une série de demandes, a été envoyée au ministre responsable de l’Estrie, François Bonnardel. Or, dans la réponse obtenue le 28 octobre, les questions étaient à demi répondues, ont déploré les maires.

De vive voix, M. Bonnardel aurait mis de la pression pour que le conseil des maires se réunisse rapidement pour passer au vote. M. Melchior aurait perçu qu’une décision allait être imminente du côté du ministère des Municipalités et de l’Habitation (MAMH), avec ou sans le consentement des maires.

« C’est sûr que, dans le fond, on est mieux de s’organiser et de le faire du mieux possible plutôt que de se le faire imposer par le MAMH », a conclut Yves Lévesque. Le maire de Bedford a suggéré que des délais serrés pour le début des réunions et une récurrence des rencontres du comité soient exigés dans la résolution. Proposition qui a été retenue.