Les agriculteurs de la MRC de la Haute-Yamaska pourraient devoir aménager des bandes riveraines d'un mètre de large avec des végétaux le long de leurs fossés agricoles.

Les fossés agricoles visés pour réduire la pollution des cours d'eau

La MRC de la Haute-Yamaska souhaite adopter de nouvelles mesures pour réduire la pollution agricole dans ses ruisseaux, rivières et lacs. Elle vise spécifiquement les fossés agricoles.
Dans son Plan directeur de l'eau (PDE) 2017-2021, la MRC propose que tous les fossés agricoles près d'un cours d'eau sur son territoire soient protégés par des bandes riveraines d'un minimum d'un mètre de largeur. Le Règlement sur les exploitations agricoles, qui relève du gouvernement du Québec, interdit aux agriculteurs d'épandre des matières fertilisantes à moins d'un mètre des fossés agricoles, mais rien ne les oblige à maintenir une bande riveraine avec des végétaux pour absorber les eaux de ruissellement. La MRC veut agir en ce sens.
L'agriculture « joue un rôle majeur dans la dégradation de la qualité de l'eau » et « la majorité des épisodes alarmants de cyano-bactéries surviennent dans des plans d'eau affectés par l'agriculture non durable », écrivent les auteurs du PDE, en se basant sur les conclusions du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique. « De plus, certaines pratiques (agricoles) favorisent le processus d'érosion en milieu agricole, telles la mise à nu des sols et la linéarisation des cours d'eau », ajoutent-ils.
Le Plan directeur de l'eau propose de commencer avec une réglementation dans la zone périphérique du parc national de la Yamaska et « d'examiner la possibilité d'étendre ces normes à d'autres bassins versants prioritaires. »
Les changements climatiques ajoutent au problème de protection des cours d'eau, explique Paul Sarrazin, préfet adjoint de la MRC et maire de Sainte-Cécile-de-Milton. Lors des périodes d'épandage du lisier dans les champs, dit-il, il arrive que la météo change plus rapidement que prévu et que la pluie provoque le ruissellement des fertilisants avant qu'ils n'aient été absorbés. « C'est rendu difficile à planifier. On veut que les bandes riveraines des fossés agricoles soient végétalisées, que ça devienne un capteur, un frein naturel pour les eaux de ruissellement. On pense qu'on peut avoir des gains importants pour l'environnement, pour améliorer la santé des ruisseaux où toute cette eau s'en va. »
La MRC cherche à être conséquente avec des gestes déjà posés, soutient M. Sarrazin. En milieu urbain, souligne-t-il, les entrepreneurs doivent mettre en place des mesures pour prévenir l'érosion sur les chantiers de construction. Des barrières de sédimentation doivent être installées le long de sols mis à nu, dit-il. Des bassins de captation doivent également être aménagés pour gérer les eaux de ruissellement, ajoute-t-il. « On doit s'interroger aussi sur les problèmes qu'on a dans les champs agricoles », soutient-il.
Fonds vert
M. Sarrazin pense que la MRC pourrait mettre sur pied des projets-pilotes pour aider les agriculteurs à végétaliser les fossés sur leurs terres. Les secteurs les plus problématiques, qui présentent de fortes pentes par exemple, seraient identifiés et de l'aide technique et financière proposée, notamment par l'entremise du fonds vert de la MRC, dit-il.
Des compensations pourraient même être versées aux agriculteurs pour de parties de terres perdues, croit M. Sarrazin. Il est cependant d'avis que des gains de production dans les sections de terres aux prises avec des problèmes d'érosion compenseraient les agriculteurs. Les gains de production ainsi que l'amélioration de la qualité de l'eau devront être mesurés, dit-il, pour s'assurer de l'efficacité des interventions. « On veut travailler de bonne foi avec nos agriculteurs», affirme Paul Sarrazin.
En 2014, le territoire de la MRC était composé à 75 % de territoire agricole, dont 65 % représentent des exploitations agricoles, le reste étant du couvert forestier, selon des données du ministère de l'Agriculture citées dans le document. Le maïs et le soya s'accaparent 35 % de la production et occupent 6462 hectares, soit 10 % du territoire de la MRC. Ces cultures sont « considérées comme étant celles ayant le plus d'impact sur la qualité de l'eau, ces dernières se caractérisent par des sols mis à nu entre les rangs espacés », lit-on.
Le Plan directeur de l'eau 2017-2021 propose 60 mesures. Certaines visent une meilleure protection des milieux humides et forestiers. La MRC estime que leur mise en oeuvre coûtera 1 229 127 $. 
La consultation publique sur la révision du PDE de la MRC aura lieu aujourd'hui (mercredi) au Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin, dès 19 h.