Ariane Desjardins, Chantal Brasseur, Sophie Trouillet Ducharme et Andrée-Anne Larochelle sont toutes à la barre d’une ferme florale. Absente sur la photo Chloé Roy.

Les fermes florales se multiplient dans la région

Présent aux États-Unis depuis quelques années, le mouvement « Slow Flower » s’enracine dans la région, alors que le nombre de fermes florales tend à se multiplier. L’achat de fleurs locales est plus que jamais à portée de main durant la saison estivale.

À preuve, celles qui se définissent comme des fermières fleuristes sont de plus en plus présentes dans les marchés fermiers, aux côtés des maraîchers et autres producteurs. Leurs bouquets fleuris occupent désormais une place de choix dans les mariages et événements. On retrouve même leurs fleurs comestibles dans les créations culinaires de chefs de la région.

Cinq passionnées de fleurs des quatre coins de la grande région de Granby ont ainsi décidé de conjuguer culture responsable et entrepreneuriat. C’est le cas de Chantal Brasseur de Semis pour vous à Shefford, d’Andrée-Anne Larochelle de Rose Blanche à Cowansville, de Sophie Trouillet Ducharme de Fleurs de ferme à Sainte-Christine et d’Ariane Desjardins de Fleurs & fille à Bonsecours. Elles se joignent à Chloé Roy, qui fait figure de précurseure, alors qu’elle a fondé Floramama à Frelighsburg il y a six ans.

Sophie Trouillet Ducharme et Ariane Desjardins ont démarré leur production au début de l’été, non sans avoir mûrement réfléchi leur projet. Elles ont d’ailleurs suivi un cours en ligne de Floret, la ferme florale d’Erin Benzakein aux États-Unis, qui a contribué au mouvement Slow Flower. Dans le même esprit que le Slow food, cette mouvance encourage l’achat local et la culture responsable.

« Il y a une éducation à faire sur la provenance des fleurs, affirme Ariane Desjardins. Parfois, on fait notre épicerie et on achète des fleurs, on n’y pense pas, mais ça a souvent été traité par plus de 30 produits chimiques ».

Agriculture

C’est d’ailleurs parce qu’elle croit que « les fleurs nourrissent l’âme des gens » que Sophie Trouillet Ducharme a décidé de démarrer sa production florale sur une petite superficie. « Je voulais fournir des fleurs qui n’auraient pas un impact écologique négatif », fait-elle valoir.

Andrée-Anne Larochelle qui a longtemps œuvré dans le commerce de détail, dit en outre avoir choisi il y a deux ans la « qualité de vie » qui vient avec ce type d’agriculture.

« J’ai été plusieurs années prise entre quatre murs, à attendre la clientèle et à avoir des horaires fixes. Là, le matin, je ne suis pas stressée. Je vais au champ. Je suis en contact avec moi-même et les oiseaux. Je fais mon horaire. C’est une qualité de vie qui se paye. Elle est peut-être moins payante que la majorité des autres boulots, mais je ne changerais pas de place. Le résultat est gratifiant », dit-elle.

Andrée-Anne Larochelle de Rose Blanche a opté pour la transformation. Elle produit des sirops floraux et des gelées.

De l’avis des principales intéressées, même si la beauté des fleurs invite à la douceur, les cultiver n’en demande pas moins un dur labeur et exige des investissements importants en équipements (serres, matériel d’irrigation, semis, bulbes, etc.) de toutes sortes. Chaque tige, chaque fleur produite a ainsi son coût.

Les fermières fleuristes disent par ailleurs être parfois confrontées aux résistances de certains clients, qui hésitent à reconnaître la valeur des bouquets et des produits offerts.

Autre défi avec lequel elles doivent composer: faire en sorte que fleurir sa maison, son environnement, devienne une habitude.

« Au Québec, on offre des fleurs pour des occasions: un mariage, une fête, un baptême, peu importe. Mais qui s’achète un bouquet pour se faire plaisir? Il n’y a pas tant de gens que ça. Il y a une habitude à développer », estime Chantal Brasseur.

Certains fleuristes, conscients de la demande pour ce type de produits locaux, seraient cependant enclins à faire de plus en plus appel aux fleurs — souvent différentes de ce qui est habituellement proposé — cultivées par les fermières fleuristes. Et à terme, celles-ci espèrent toutes que leur entreprise puisse prospérer.

Créneau

Andrée-Anne Larochelle a fait le pari de se tourner vers la transformation, afin d’assurer une production annuelle. Celle qui cultive une parcelle de terre à Shefford et en aura une autre à sa nouvelle propriété de Cowansville produit des sirops floraux (seringat, lilas, pivoines, etc.) et des gelées.

« Je m’enlignais pour faire de la fleur coupée, mais j’ai eu beaucoup de demandes pour des fleurs comestibles au niveau des restaurateurs, traiteurs, etc. Comme la mixologie est en vogue, j’ai aussi développé les sirops floraux. Ce qui me permet de combler les mois un peu plus tranquilles. Je fais quand même de la fleur coupée, mais plus pour l’événementiel et dans certains points de vente », dit-elle.

« On fait toutes des fleurs, mais on a chacune nos directions », souligne Chantal Brasseur qui a opté pour la culture de fleurs après avoir démarré il y a quelques années une production de semis pour le jardin qu’elle vend à la clientèle qu’elle a développée. Pour le moment, elle conjugue ces deux passions avec l’emploi qu’elle occupe dans une clinique médicale.

En plus d’être présente au marché du Vieux Saint-Lambert et à celui de Magog, Ariane Desjardins offrira pour sa part des abonnements, à l’instar du principe des paniers bios, à compter de l’été 2020.

Le pouvoir de séduction des bouquets fermiers semble toutefois opérer. « Une fois que les gens ont des fleurs, souvent ils en veulent plus », se réjouit Sophie Trouillet Ducharme qui voit revenir ses clients sur une base régulière aux marchés et points de vente de Kingsey Falls, Durham-Sud et Melbourne, où elle est présente.