C’est l’impasse dans le dossier de la vente de l’immeuble abritant la Caisse Desjardins de Bromont pour y implanter une clinique vétérinaire.
C’est l’impasse dans le dossier de la vente de l’immeuble abritant la Caisse Desjardins de Bromont pour y implanter une clinique vétérinaire.

Les élus de Bromont disent non à un projet de clinique vétérinaire

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Les élus de Bromont ont refusé qu’une clinique vétérinaire s’installe dans un bâtiment commercial à vendre aux abords de la rue Shefford lors de la récente séance du conseil municipal. La propriétaire de la bâtisse, qui abrite actuellement la succursale Desjardins, ainsi que l’acquéreur potentiel se disent lésés et comptent entamer des recours légaux pour casser cette décision.

«Le conseil souhaiterait voir d’autres types d’usages plus appropriés devant la future place publique pour dynamiser ce tronçon de la rue Shefford. (...) Il y a d’autres endroits plus adéquats sur la rue Shefford et ailleurs dans la municipalité pour ce type d’usage», mentionne la résolution adoptée à l’unanimité, qui s’appuyait sur les recommandations du comité consultatif d’urbanisme (CCU) de Bromont.

«Ma plus grande crainte est la question du manque de civisme de certains usagers de cliniques vétérinaires, a indiqué entrevue le conseiller Pierre Distilio, qui siège également au CCU. On est en train de préparer une place publique de l’autre côté de la rue puis je me demande si les propriétaires d’animaux éviteraient de les envoyer faire [leurs besoins] là. (...) Ça n’a pas été une décision facile, mais il a fallu trancher.»

«Je ne crois pas que ce soit un projet de nature à bonifier le caractère touristique du Vieux-Bromont», a pour sa part mentionné Michel Bilodeau. Lui-même faisant partie de l'équipe d'un commerce de la rue Shefford, ce dernier est d’avis qu’une boutique spécialisée ou un restaurant pourraient notamment s’installer dans le bâtiment.

Le conseiller Jacques Lapensée, aussi membre du CCU, ne partage pas l’opinion de ses collègues. «Je jugeais que c’est un commerce qui a de l’allure. Le peu d’inconvénients que ça pourrait apporter, je ne pense pas qu’on devrait en tenir compte, a-t-il fait valoir. J’ai défendu ce point au CCU, qui n’a finalement pas changé sa position.»

Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, ne voit pas de problème avec le projet de clinique et son emplacement. «Personnellement, je trouve que c’est un service de proximité qui a sa place au centre-ville de Bromont, a-t-il dit. J’ai suscité des discussions avec les élus. Mais, on vit en démocratie et le conseil s’est aligné avec les recommandations du CCU.»

De leur côté, les conseillers Claire Mailhot et Réal Brunelle, qui semblent plus ambivalents, ont dit s’être rangés derrière les arguments du CCU. Leur collègue, Marc-Édouard Larose, n’a pas rappelé La Voix de l’Est.

«Aberrant»

Le refus du projet de clinique par les élus a été accueilli telle une douche froide par Stéphane Nadeau, qui souhaiterait déménager l’actuelle clinique vétérinaire de Bromont, située chemin de Gaspé, dans ce bâtiment. Selon lui, les arguments du CCU ne tiennent pas la route.

«En arrière, on a du terrain. On prévoit faire un parc pour les chiens réservé aux clients de la clinique. Les animaux ne pourront pas se promener n’importe où. Comme argument [défavorable], on nous dit qu’on veut la clinique ailleurs (...) Mais, ce n’est pas un bar de danseuses que l’on veut ouvrir. C’est aberrant que la décision d’une entreprise repose sur cinq personnes au conseil de ville [Michel Bilodeau était absent]. C’est une insulte pour les propriétaires d’animaux, a-t-il clamé. Pas de doute que l’on va relancer le dossier.»

La propriétaire du bâtiment, Francine Des Serres, déplore également la décision des élus et des membres du CCU.

«La Ville refuse [le projet] parce qu’elle veut dynamiser cette partie de la municipalité. Mais il faut être conscients qu’il s’agit d’une bâtisse pour des professionnels. On ne peut pas mettre un restaurant ou une crèmerie qui fonctionne cinq mois par année là, a-t-elle cité en exemples. C’est impossible. On a un acheteur sérieux, capable de très bien entretenir l’immeuble. Ce sera à l’image de Bromont.»

L’emplacement stratégique, la bâtisse plus spacieuse et les nombreux espaces de stationnement à l’arrière sont quelques-uns des points en faveur de l’achat de l’immeuble, en vente au prix de 1,2 million de dollars, a mentionné Stéphane Nadeau, gestionnaire de la clinique où pratique sa conjointe, la vétérinaire Alexandra Rivard. Le couple possède aussi la clinique vétérinaire de Waterloo.

«On est un peu à l’étroit dans nos locaux de Bromont. On veut aussi offrir plus de services à notre clientèle», a résumé M. Nadeau. Emménager dans le bâtiment de la rue Shefford permettrait également d’embaucher un vétérinaire supplémentaire et de bonifier les heures d’ouverture, entre autres.

Comme M. Nadeau, Mme Des Serres entend faire appel de la décision des élus. «On va prendre des avocats, c’est certain, a-t-elle dit. Si la Ville n’aime pas le genre de commerce, ce sera toujours non. Je suis consciente qu’il y a des règles, mais un moment donné, je crois qu’il y a de l’abus.»

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Desjardins restera à Bromont

Bien que le bâtiment qui abrite la Caisse Desjardins de Bromont soit à vendre, l’institution financière peut y demeurer pour le moment, car le bail est en vigueur jusqu’en septembre 2022.

Or, pas question d’une fermeture éventuelle de la succursale de Bromont, a assuré le directeur général de la Caisse Desjardins de Granby Haute-Yamaska, Jacques Laurin. «Ce n’est absolument pas dans l’intention de la Caisse de quitter Bromont. Au contraire. La Caisse va se repositionner pour demeurer plus active.»

Le directeur général de la Caisse Desjardins de Granby-Haute-Yamaska, Jacques Laurin.

À Bromont, le zonage permet à des institutions financières de s’installer dans trois secteurs. Deux d’entre eux sont déjà occupés par des banques. Desjardins pourrait donc emménager dans de nouveaux locaux aux abords du boulevard de Bromont à proximité des commerces existants près des bretelles d’accès de l’autoroute 10.

«On veut saisir cette opportunité pour s’implanter dans un lieu encore plus accessible, plus visuel, avec des installations et une offre de services encore plus pertinents pour nos membres», a mentionné M. Laurin, spécifiant entre autres que les heures d’ouverture pourraient être étendues.

Selon le DG, le déménagement de la succursale de Bromont pourrait se faire avant la fin de l’entente de location sur la rue Shefford. «Si c’est possible de se relocaliser pour rentrer dans le calendrier en 2021, a-t-il dit, ce serait bon pour nous.»