Le bâtiment centenaire qui abrite le CPE Le Colibri à Farnham est vétuste. La direction planche sur un projet de 1,1 million de dollars pour construire un nouvel édifice. Elle négocie depuis plus de deux ans avec le ministère de la Famille.

Les dirigeants du CPE Le Colibri « tannés » d'attendre après Québec

Le Centre de la petite enfance Le Colibri de Farnham n'est pas sur le point d'emménager dans de nouveaux locaux. La direction de l'établissement reproche aux fonctionnaires du ministère de la Famille de faire traîner les discussions en vue de la construction d'un nouveau bâtiment.
Les dirigeants du CPE s'interrogent sur le sérieux de Québec dans ce dossier. « Ils n'arrêtent pas de nous demander des informations supplémentaires. C'est toujours le cas avec notre projet », dénonce Isabelle Fauchon, directrice générale de la garderie de la rue Hôtel-de-ville. « On dirait qu'ils veulent qu'on abandonne le projet. On est pas mal tannés. »
L'actuelle bâtisse centenaire qu'occupe le CPE n'est plus adéquate, soutient Mme Fauchon. La direction veut en construire une nouvelle sur le terrain qu'occupe le Centre d'art de Farnham dans la rue Saint-André Sud. Une partie de l'édifice serait conservée. La Ville offre gratuitement le terrain et le bâtiment, dont la valeur est de 275 000 $. Le projet est évalué à 1,1 million de dollars. Selon les modalités, le ministère de la Famille paierait 50 % du coût de construction. Le CPE, qui obtiendra une subvention de 91 000 $ du Service ambulancier Farnham pour son projet, financera le reste de l'investissement.
Les dernières discussions entre les parties, auxquelles ont également participé des représentants de la Ville, remontent à septembre. Depuis, les responsables du ministère multiplient les demandes d'information ainsi que les questions, soutient Mme Fauchon. « On leur donne les informations, on répond à leurs questions, mais ils sont de plus en plus pointilleux », dit-elle. « On n'avance pas. »
Hormis les échanges sur le futur bâtiment lui-même, les deux entités ne s'entendent pas sur les 125 000 $ que devrait générer la vente de l'actuel bâtiment qui accueille les 57 enfants du CPE. La direction de l'établissement veut utiliser l'argent pour payer l'ameublement de la nouvelle garderie alors que le Ministère veut encaisser le montant. « On a besoin de cet argent », dit Mme Fauchon. 
Le dossier chemine
Du côté du Ministère, on assure ne pas se traîner les pieds. « Le dossier chemine bien et le CPE collabore avec le Ministère », dit Audrey Garon, coordonnatrice aux affaires publiques à la direction des communications du ministère de la Famille.
Dans le courriel qu'elle nous a fait parvenir, Mme Garon explique que le projet n'a toujours pas reçu l'aval du Ministère puisqu'il « a été modifié à quelques reprises, ce qui nécessite la poursuite des discussions ». Ces modifications ont été apportées par le CPE.
Concernant les 125 000 $ en jeu avec la vente future du vieil édifice, l'argent revient de droit au Ministère, selon elle. « Conformément aux règles applicables, tout produit de la vente d'un bâtiment financé par le Programme de financement des infrastructures doit être retourné­ au Ministère », écrit-elle. 
Ce bras de fer choque Mme Fauchon­. D'autant plus, dit-elle, que le Ministère n'a jamais répondu aux questions des dirigeants du CPE à ce sujet. « Tous les montages financiers qu'on a envoyés incluaient les 125 000 $ de la vente de la bâtisse. On établissait clairement dans nos calculs qu'on s'en servirait pour acheter l'ameublement. Personne au Ministère n'a jamais rien dit. Maintenant, ils nous disent qu'ils veulent l'argent. On ne comprend pas. »
L'achat par le gouvernement du bâtiment remonte à septembre­ 1977, selon Mme Fauchon. 
Nous n'avons pu nous entretenir avec le ministre de la Famille Sébastien Proulx ou avec un responsable de ce dossier. Toutes nos demandes d'entrevue ont été déclinées.
Francine­ Charbonneau
La ministre Charbonneau favorable, soutient le maire
En juin 2015, quand la ministre de la Famille de l'époque, Francine­ Charbonneau, a visité Le Colibri, elle ne pouvait croire qu'un CPE occupait des locaux d'une telle désuétude, se rappelle le maire Josef Hüsler. « Ça l'a surprise. Elle a vu que cette bâtisse n'était plus faite pour une garderie de nos jours. Elle a vu que ce n'était pas sécuritaire pour les enfants », raconte-t-il.
Dénonçant avec force le fait que le Ministère n'ait pas encore approuvé la construction d'un nouveau bâtiment, M. Hüsler a tenu à rappeler le passage de Mme Charbonneau à Farnham. « On est au même point qu'il y a deux ans. Rien n'a changé : la bâtisse n'est pas plus adéquate pour une garderie et ce n'est pas plus sécuritaire pour les enfants. »
M. Hüsler dénonce ce qu'il qualifie « d'abus de pouvoir » de la fonction publique. « On a des fonctionnaires dans ce dossier qui se pensent supérieurs, qui veulent décider de tout. Ils ont décidé que ça ne bougerait pas. C'est pas croyable. »
La solution réside dans la construction d'un nouveau bâtiment, soutient M. Hüsler. C'est aussi, insiste-t-il, ce qu'a conclu Mme Charbonneau après avoir entendu les grandes lignes du projet et vu le site proposé où se trouve le Centre d'art. « Elle nous a dit que c'était un bon projet et qu'on devait prendre une décision dans les plus brefs délais », souligne-t-il.
Joint mardi, le directeur du service des incendies de Farnham, Mario Nareau, a indiqué que le bâtiment était conforme. Son évacuation en cas de sinistre le fait cependant titiller. Une garderie, dit-il, ne devrait pas être sur deux étages. « Les poupons sont au premier (étage). Et la cage d'escalier est étroite. Ce n'est pas l'idéal en cas d'évacuation de l'immeuble­ », souligne-t-il.
Mme Charbonneau, qui est maintenant ministre responsable des Aînés et de la Lutte contre l'intimidation, n'a pas donné suite lundi à notre demande d'entrevue.