Diane Duval, présidente de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec.

Les dents négligées en CHSLD

« Il n'y a pas de soins d'hygiène dentaire dans les CHSLD. Ils n'ont pas le temps. » Diane Duval, présidente de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec, déplore que les aînés en perte d'autonomie n'aient pas droit à plus de prévention pour leur santé buccodentaire.
Dans le cadre du mois de la santé buccodentaire, Mme Duval, originaire de Granby, a dressé le portrait de la situation dans la région et des demandes des hygiénistes dentaires.
Le constat pour les aînés n'est pas très positif et, comme solution, elle demande à ce que des hygiénistes dentaires soient engagées par les CISSS et les CIUSSS pour couvrir les CHSLD. 
« Je ne peux pas croire qu'on admet des gens sans qu'il y ait au moins un examen de dépistage buccodentaire, qui peut être fait par l'hygiéniste dentaire parce qu'elle a les compétences pour le faire. Elle peut avoir le même rôle que l'infirmière pour s'assurer qu'il n'y a pas de source de douleur et pour faire un suivi avec les infirmières auxiliaires et les préposées pour qu'il y ait des soins d'hygiène dentaire. »
Porte d'entrée de la santé
Mme Duval affirme que la première chose qui se dégrade chez un aîné admis dans un CHSLD est la santé de sa bouche et de ses dents. Lorsque la porte d'entrée de la nourriture, la bouche, ne pas va bien, c'est le reste qui se met à mal fonctionner, ajoute-t-elle, par exemple avec une perte d'appétit. 
« À Vaudreuil-Dorion, il y a une hygiéniste, la seule au Québec, qui est engagée par le CISSS. L'infirmière pivot, quand elle admet un patient, fait un examen et communique avec l'hygiéniste dentaire. Elle regarde dans la bouche, fait un examen et regarde quels sont les besoins. S'il y a un problème, un dentiste doit venir. Ce dont ils ont besoin, c'est d'un détartrage et d'un nettoyage de dents. Ça devrait être la norme. »
Elle se souvient qu'en novembre, lors du forum sur les meilleures pratiques en CHLSD, les ministres Gaétan Barrette et Francine Charbonneau­ ont annoncé des investissements supplémentaires de 65 M $ pour engager plus de préposées, infirmières­ auxiliaires et infirmières. 
Or, la concrétisation de cet engagement tarde. « Et le ministre Barrette­ a annoncé qu'il y aura des projets pilotes en santé dentaire préventive et en hygiène buccodentaire. On a hâte de voir ce qu'il va nous sortir parce qu'on n'a pas eu de nouvelles­ depuis novembre. »
Rejoindre les enfants
Le plan national de santé dentaire, qui prévoit que des hygiénistes dentaires fassent la tournée des écoles pour mettre de la résine de plastique sur les dents des enfants pour prévenir la carie, manque grandement de ressources, rapporte Diane Duval, présidente de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec.
« Il faudrait plus de 40 hygiénistes supplémentaires pour couvrir le territoire très vaste de la Montégérie-Est», soutient-elle. 
Selon les études, environ de 43 à 45 % des enfants sont susceptibles de développer une carie. « Et souvent, ce n'est pas ceux-là qui se déplacent dans les cabinets », de dire Mme Duval.
Le coût des visites chez le dentiste est d'ailleurs la principale raison pourquoi 43 % de la population de la région n'en consulte pas un.
C'est là que la prévention est importante. « Présentement le gouvernement délaisse le programme, il n'y a pas assez d'hygiénistes dentaires engagées par Québec, ce qui fait qu'il y a beaucoup d'enfants qui ne sont jamais vus. Qu'est-ce qu'on fait ? On répare en cabinet dentaire, alors que l'enfant avait le droit de recevoir un scellement par l'hygiéniste de l'école. »
Elle revendique un programme qui permettra aussi de prévenir avant l'entrée des enfants à l'école, par exemple via les cliniques de vaccination et les garderies, pour appliquer du fluor et donner des conseils aux parents.
Cependant, il faut un budget et une volonté politique.
« Au dernier budget, l'Ordre des hygiénistes dentaires a été déçu de voir qu'il n'y avait pas de volet santé buccodentaire. On est prêt à payer pour faire réparer des dents, alors que ça coûte deux fois plus cher que la prévention. »
La question des coûts revient souvent lorsque les sondeurs questionnent les Québécois. C'est pourquoi l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec demande à ce que les hygiénistes dentaires puissent avoir leur propre cabinet comme dans les autres provinces canadiennes. Certaines opèrent même des cliniques mobiles pour rejoindre davantage les gens en région. 
Les frais seraient plus abordables et les clients pourraient consulter un dentiste seulement au besoin, conclut Mme Duval.
La Montérégie-Est en chiffres
- Pas moins de 83 % de la population estime avoir une bonne santé buccodentaire 
- Moins d'une personne sur trois passe quotidiennement la soie dentaire et un peu moins de trois personnes sur quatre se brosse les dents au moins deux fois par jour
- Environ 43 % de la population ne visite pas un cabinet dentaire en raison du coût 
- De 43 à 45 % des enfants sont susceptibles de développer une carie
- Près de 42 % des enfants débutent l'école avec des caries.
Source : Diane Duval, Ordre des hygiénistes dentaires du Québec