Élisabeth Naud (élève), Geneviève Brodeur (enseignante en arts plastiques) et Aurélie Cyr (élève)qui tiennent le Croque-Tracas qu’elles ont confectionné ainsi que le croquis de départ dessiné par un enfant de l’école primaire du Phénix.

Les Croque-Tracas des élèves de l’Envolée

Les élèves de deuxième secondaire du Programme d’éducation internationale (PEI) de l’école L’Envolée ont mis la touche finale à un projet d’art plastique particulier, qui ne terminera pas sur une tablette à amasser la poussière et qui procurera une grande joie à un enfant de l’école primaire du Phénix : les Croque-Tracas.

Le projet se fait en partenariat avec trois classes de deuxième année de l’école primaire du Phénix. Au début de l’année scolaire, les enfants ont sélectionné un canevas parmi six patrons de base et ont imaginé les couleurs, motifs et détails propres à leur Croque-Tracas, soit « un monstre qui mange leurs soucis », explique l’instigatrice de ce projet et enseignante en arts plastiques à l’école L’Envolée, Geneviève Brodeur.

C’est ensuite au tour des élèves de l’Envolée de jouer. Ils choisissent le dessin d’un enfant et se mettent au travail pour lui donner vie. La confection de 63 peluches a nécessité un peu plus de trois mois de travail.

« Ils ont fait preuve de beaucoup de persévérance et de créativité parce que parfois, les petits loups ont des idées, mais on a de la difficulté à comprendre ce qu’ils ont voulu représenter », raconte l’enseignante qui se dit très fière du résultat.

Toutes les peluches ont une fermeture éclair en guise de bouche pour que les enfants puissent écrire ou dessiner leurs peurs et leurs soucis sur un bout de papier que le monstre va ensuite avaler.

L’idée est venue à Geneviève Brodeur lorsqu’elle est tombée sur un reportage à la télévision qui racontait l’histoire d’un jeune garçon qui confectionnait des peluches pour les donner aux enfants malades de l’hôpital Sainte-Justine. « Je pourrais faire ça avec mes élèves. On n’a pas Sainte-Justine, mais nous avons plein d’écoles primaires autour », s’était-elle dit à l’époque.

Une professeure de l’école Phénix, Hélène Bédard, confiait à Geneviève Brodeur qu’elle a des jeunes dans ses classes qui sont issus de milieux familiaux différents et qui n’étaient pas particulièrement bien outillés pour gérer des émotions négatives, comme la peur ou la tristesse.

« De savoir que notre travail va faire le bonheur [d’un enfant], c’est encore plus motivant », affirme Élisabeth Naud, une élève de secondaire deux de L’Envolée qui a confectionné un Croque-Tracas.

Les Croque-Tracas ont une fermeture éclair en guise de bouche pour que les enfants puissent y déposer leurs peurs et leurs soucis.

L’art de la couture

L’enseignante s’est chargée de produire les patrons de base, mais ce sont les élèves qui ont cousu les tissus pour donner vie aux croquis. Pour y arriver, quelques notions de base de couture leur ont été enseignées.

« Pour plusieurs, ils n’avaient jamais enfilé une aiguille, fait un nœud au bout d’un fil : ce sont tous des apprentissages qu’ils ont dû faire avant d’embarquer sur une machine à coudre », raconte Geneviève Brodeur.

« J’ai des souvenirs d’une époque révolue où nous avions des cours d’économie familiale. On s’est fait des tabliers et des coffres à crayons et ce sont des souvenirs que j’ai encore de mon secondaire. Et la partie savoir-faire a une place importante. La couture, ça fait partie de la vie, beaucoup de gens ne savent plus comment coudre un bouton ou faire un bord de pantalon alors que nos mères et nos grands-mères le savaient parfaitement », souligne l’enseignante.

Aurélie Cyr, une élève de deuxième secondaire, s’y connaissait déjà en couture. Elle a donc pu donner un coup de main à ses camarades. Une aide bien appréciée puisqu’ils sont 28 élèves pour une seule professeure, qui passait une bonne partie des séances à se battre avec des machines à coudre qui datent du temps où l’économie familiale était encore enseignée.

Geneviève Brodeur y voit aussi une belle occasion pour sortir ses élèves de leur zone de confort. « C’est surprenant à quel point les garçons se valorisent là-dedans autant que les filles, ils réalisent qu’ils sont capables de réaliser des points de croix, des points de feston ou encore des points à la main », plaide-t-elle.

Les peluches auront deux vies, affirmait Geneviève Bédard devant les quelque cent parents réunis pour voir le résultat de ce projet de longue haleine. « Une dans ma classe, et une dans les mains des enfants de l’école du Phénix », indiquait-elle.

Cette deuxième vie arrivera peut-être plus tôt que tard, mais la date de livraison demeure un secret afin de ne pas gâcher la surprise aux enfants.