Certaines hausses des montants octroyés à Garda ont été particulièrement marquées. C'est notamment le cas au CHSLD Marie-Berthe-Couture de Granby, où environ 11 000 heures ont été facturées par l'agence externe en 2017, soit 290 861,28 $ comparativement à 78 356,91 $ deux ans auparavant.

Les coûts explosent pour la surveillance des patients

Les cas de patients violents et désorganisés dans les établissements de soins de santé de la région sont en forte croissance depuis trois ans. La hausse des coûts associés à la surveillance constante que requiert ce type de clientèle, tant par du personnel interne que par des agences externes, est tout aussi fulgurante. Sans compter les répercussions sur les effectifs médicaux, à bout de souffle.
Marie-Josée Forget, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l'Est (FIQ-SPSCE).
Démesurée et quasi hors de contrôle. C'est ainsi que Sophie Séguin, responsable des relations de travail du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l'Est (FIQ-SPSCE), décrit la situation concernant l'utilisation d'effectifs interne pour de la surveillance d'usagers. « On a beau sonner l'alarme, il n'y a rien qui bouge, déplore-t-elle. Le personnel a déjà de la difficulté à suivre la cadence dans ses tâches régulières et on leur demande de faire de la surveillance de patients. Le phénomène est exponentiel, mais les embauches sont loin de suivre [la même courbe]. C'est urgent de trouver des solutions pour stopper ce cercle vicieux. Ce sont les patients au bout de la ligne qui écopent dans tout ça. »
À ce chapitre, les chiffres obtenus par La Voix de l'Est via la Loi d'accès à l'information sont éloquents. En Haute-Yamaska, les coûts de surveillance de patients par des employés internes pour l'ensemble des établissements ont plus que quintuplé au cours des trois dernières années, passant de 141 919 $ (2014-2015) à 782 777 $ (1er avril 2016 au 18 mars 2017).
Les préposés aux bénéficiaires sont largement utilisés pour accomplir ce genre de tâches. Selon les données émanant du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, des infirmières, des employés de bureau et même des inhalothérapeutes (CHUS), entre autres, sont également du lot.
Le recours à de la main-d'oeuvre indépendante en Haute-Yamaska, en l'occurrence des agents de la compagnie Garda, a suivi une tangente similaire. Ainsi, la facture est montée crescendo, s'élevant de 198 351,75 $ en 2015 à 655 490,94 $ en 2017. Toutefois, précisons que ces sommes ne sont pas attribuables en totalité à de la surveillance constante.
Certaines hausses des montants octroyés à Garda ont été particulièrement marquées. C'est notamment le cas au CHSLD Marie-Berthe-Couture de Granby, où environ 11 000 heures ont été facturées par l'agence externe en 2017, soit 290 861,28 $ comparativement à 78 356,91 $ deux ans auparavant.
La pointe de l'iceberg
Ces chiffres pourraient toutefois ne représenter que la pointe de l'iceberg. Le recours à des effectifs médicaux n'est pas comptabilisé dans tous les établissements, fait valoir Sophie Séguin. Ce qu'a corroboré le CIUSSS de l'Estrie. « C'est facile d'utiliser des gens à l'interne pour faire un travail qui devrait être fait, dans bien des cas, par d'autres ressources. Et comme ce n'est pas recensé de façon systématique, on ne connaît jamais le portrait réel de la situation. La plupart du temps, on ne dit pas aux employés qu'ils vont faire de la garde. Ils ont la mauvaise surprise [de l'apprendre] une fois rendus au travail. Avec ce que je vois sur le terrain, le problème est encore plus sérieux que ce que [les dirigeants] laissent croire », image-t-elle.
La présidente de la FIQ-SPSCE, Marie-Josée Forget, abonde dans le même sens. « En ce moment, on assiste vraiment à une mauvaise utilisation des ressources pour la surveillance de patients, soutient-elle. On tourne les coins ronds en agissant en réaction plutôt qu'en réglant le problème à la base. C'est très démoralisant pour les employés qui ont à subir ça au quotidien. »
Selon Mme Séguin, la grogne est bien palpable chez plusieurs types d'employés du réseau de la santé. « Quand tu es infirmière, c'est frustrant de te faire dire "aujourd'hui, tu vas faire de la garde", alors que tu n'as pas étudié pour faire ça et que tu sais que tu pourrais être bien plus utile ailleurs », cite-t-elle en exemple. 
Une des solutions pour utiliser les effectifs à bon escient, dit la présidente syndicale, serait de créer des postes spécialisés en surveillance de patients. « La demande pour ce type de service justifie une telle action, soutient-elle. Ça permettrait de garder les infirmières et les préposés aux bénéficiaires au bon endroit, en plus de diminuer la facture pour des agences de sécurité. »
Si rien n'est fait pour corriger le tir, des employés pourraient être tentés de quitter sous peu le navire, estime Mme Forget. « Et c'est évident, renchérit-elle, que ce n'est pas un incitatif pour attirer des gens à venir travailler dans le réseau de la santé. »