Marie-Josée Forget ne sait plus vers qui se tourner pour se sortir la tête hors de l’eau.

Les contrecoups de l’expropriation

« Je n’arrive plus. Je voudrais vivre mon ancienne vie. » Si l’inauguration de l’agrandissement de l’école Saint-Vincent, à Saint-Césaire, marquait le début d’une ère nouvelle, certains expropriés comme Marie-Josée Forget vivent toujours les contrecoups de leur grand dérangement.

Mercredi, elle était la seule expropriée à avoir répondu présent à l’inauguration du nouveau gymnase et des nouvelles classes ayant pris la place de neuf immeubles, dont tous les occupants ont quitté la municipalité.

Elle n’était pas prête à prendre la parole à ce moment-là ; elle s’est ravisée vendredi.

La mère de famille, qui militait pour une nouvelle école à Saint-Césaire afin d’accueillir les 175 élèves en trop à Saint-Vincent, ne regrette pas son sacrifice. « C’était pour une bonne cause », reconnaît celle qui ne pleure plus sa maison, mais plutôt les difficultés économiques engendrées par son expropriation, en janvier 2016.

Difficultés financières

Après avoir visité « des centaines » de résidences, son choix s’est finalement porté pour une maison de Roxton Pond. 

Comme Mme Forget n’avait pas d’emploi au moment de déménager, son institution financière n’a pas voulu hypothéquer son nouveau logis. 

La mère de famille s’était alors tournée vers un courtier hypothécaire, qui avait trouvé une institution financière prête à la servir. À condition qu’elle fasse une mise de fonds de 50 % sur la maison convoitée, l’autre moitié prêtée étant taxée à un important taux d’intérêt.

« Tout ça ensemble fait que je paie ma maison quatre fois plus cher que l’ancienne », déplore la Roxtonnaise.

Pour tenter d’améliorer leur sort, Mme Forget et son conjoint ont fondé, en juin 2016, leur compagnie de transport. Or, les affaires ne vont pas encore assez rondement pour qu’ils puissent se payer un salaire. Le couple et les cinq enfants dont ils ont la garde vivent d’allocations familiales et d’une pension alimentaire.

Résultat, les dettes se sont graduellement accumulées et représentent désormais des milliers de dollars pour l’expropriée, qui a recours à l’aide d’une banque alimentaire pour nourrir les siens.

Des travaux urgents sur la maison sont reportés, faute d’argent. Parce qu’elle n’avait pas les moyens de réparer le plancher, Mme Forget a placé temporairement une nappe là où se trouvait auparavant un poêle à bois, par terre.

La dame ne sait plus vers qui se tourner pour se sortir la tête hors de l’eau. « Je ne veux pas des millions, dit-elle. Je veux simplement être capable d’arriver comme j’arrivais avant. »

Adaptation

La mère de Mme Forget, qui demeure avec elle depuis des années, est invalide. Elle vit difficilement la transition, allègue sa fille. 

L’adaptation à son nouveau milieu, près de deux ans après avoir quitté Saint-Césaire, est aussi difficile pour la fille aînée de la propriétaire, qui a vu ses notes chuter après le changement d’école. 

« Mes enfants n’ont plus la vie à laquelle ils étaient habitués. Moi j’arrive à comprendre pourquoi, mais eux ne le saisissent pas toujours », affirme-t-elle.

Dossier déchirant

Le maire de Saint-Césaire, Guy Benjamin, était désolé d’apprendre la situation dans laquelle se trouve maintenant Mme Forget. Il admet que le dossier a été déchirant pour le conseil sur le plan humain.

« On sympathise beaucoup, c’est malheureux. Il y a des gens qui vivaient des revenus des logements qu’ils possédaient. Certains ont perdu leur fonds de pension », lâche celui qui avait lui-même craint d’être exproprié, il y a de cela de nombreuses années.

« Tous ces gens ont été traités avec humanité et on a fait tous les efforts possibles pour qu’ils soient payés à la juste valeur de leur propriété », tient-il à préciser.

Marie-Josée Forget n’en veut pas au conseil municipal de Saint-Césaire, qui a tranché au nom du bien commun. Elle s’est dite émue d’apprendre qu’une plaque rendant hommage aux expropriés serait affichée dans l’école.

« Je sais qu’ils [ndlr : les élus] sont reconnaissants, mais ça n’a aucun impact sur mon budget », laisse-t-elle tomber.

Il arrive parfois que la dame revienne à Saint-Césaire pour visiter des proches. Elle a vu l’avancement des travaux, là où se trouvait jadis son foyer. 

Mais la femme, qui voyait ses enfants grandir rue Saint-Paul, ne s’y sent plus chez elle. « On m’offrirait une maison, je n’y retournerais pas. Je ne me sens plus bien quand je vais à Saint-Césaire. Je ne pourrais pas vivre un autre déménagement. »