Nicole Gélineau et son conjoint Jérémy Anquetil, tous deux propriétaires de la Boutique-souvenirs Bibop et Loula à Bromont, se considèrent chanceux d’être situés dans une ville aussi touristique.
Nicole Gélineau et son conjoint Jérémy Anquetil, tous deux propriétaires de la Boutique-souvenirs Bibop et Loula à Bromont, se considèrent chanceux d’être situés dans une ville aussi touristique.

Les commerçants tiennent le coup

Annabelle Richard
Annabelle Richard
La Voix de l'Est
«Demeurer positifs» est le mot d’ordre pour plusieurs commerçants des rues principales de Granby et de Bromont. En dépit des circonstances, les affaires se déroulent plutôt bien pour les propriétaires de restaurants et de boutiques, qui comptent sur la fidélité de leurs clients.

«On a des moments difficiles, on ne se le cachera pas, mais par contre, on demeure hyper positifs en tentant de se de demander: ‘‘qu’est-ce qu’on peut faire pour se sortir de cette situation-là, du mieux qu’on le peut?’’», confie Joffré Bousquet, copropriétaire du restaurant C’est Belge en ville, à Granby.

Depuis le début de la pandémie, son équipe et lui ont dû essuyer une baisse d’occupation de 20 à 25%. «Au maximum et en moyenne, on va rouler avec 40 à 50 personnes en même temps dans le restaurant, mais ça arrive moins souvent qu’avant», ajoute M. Bousquet qui se considère toutefois chanceux d’avoir une clientèle fidèle au rendez-vous.

«Les gens sont derrière nous à 100%», renchérit-il, reconnaissant. Il raconte d’ailleurs qu’au tout début de la pandémie, les gens allaient même jusqu’à leur offrir d’acheter des chèques cadeaux pour les aider, en leur témoignant qu’ils espéraient que leurs deux restaurants situés rues Principale et Robinson soient «toujours là» quand la situation s’améliorerait.

Alors que les visiteurs affluent chaque automne à Bromont pour voir le festival des couleurs, septembre et octobre sont normalement d’excellents mois pour la boutique de souvenirs Bibop et Loula. Avec la pandémie, les affaires de la boutique ont diminué de 50% le mois dernier, comparativement à l’automne précédent.

«Ce n’est pas la catastrophe, mais c’est certain qu’on croise les doigts pour que ça se replace», mentionne Nicole Gélineau, la propriétaire. «Par chance, Bromont est une ville touristique», enchaîne-t-elle.

Copropriétaire des restaurants C'est Belge, Joffré Bousquet, continue de recevoir ses clients réguliers de Montréal, de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Saint-Hyacinthe.

À quelques pas de là, la propriétaire de la Librairie-Boutique L’Art de Vivre croit que les choses vont bien «dans les circonstances». Celle-ci observe une hausse de l’achalandage, des ventes de livres et de casse-têtes. Ses prises de commandes par téléphone sont également plus régulières et les «gens achètent en plus grande quantité et pour tout», a souligné Chantal Létourneau pour démontrer que le volume d’achats a considérablement monté depuis le début de la pandémie. «On touche du bois».

De son côté, Michèle Nolin, propriétaire des cafés Caféine de Granby et de Bromont, considère que ses commerces donnent l’occasion de faire une «petite sortie du quotidien» à ses plus fidèles clients et croit avoir fait le nécessaire pour s’adapter, bien que les temps se fassent plus tranquilles. «C’est différent, mais on s’est bien adaptés».

Une situation délicate

Certains des commerçants ont avoué leur ambivalence face à l’arrivée de clients des régions en zone rouge. «On s’interroge, mais en même temps, c’est assez touché de dire aux gens qu’ils ne peuvent pas entrer», souligne Joffré Bousquet, relevant ce qu’il considère l’ambiguïté gouvernementale à ce niveau. «Chaque fin de semaine, on a des gens qui viennent de Montréal, de Saint-Jean-sur-Richelieu, de Saint-Hyacinthe. Déjà, de base, on a beaucoup de clients qui viennent de l’extérieur, mais maintenant en zones rouges, ils ont quand même envie de venir manger chez-nous.» L’équipe travaille cependant «dans le plus grand respect des mesures de sécurité», précise-t-il.

Nicole Gélineau et son mari Jérémy Anquetil de la Boutique-souvenirs Bibop et Loula en arrivent au même constat. Ces derniers reçoivent eux aussi des clients de l’extérieur qui sont propriétaires ou locataires d’un chalet à Bromont. «On ne peut pas passer des tests COVID à tout le monde, mais les gens se promènent pareil, ça, c’est certain», mentionne Mme Gélineau qui se voit bien mal de «commencer à gérer ça» en demandant à tous ses clients d’où ils arrivent.

De son côté, Chantal Létourneau reçoit également des gens «d’un peu partout» dans sa Librairie-boutique. «On ne peut pas les empêcher d’entrer», fait-elle valoir en riant. La propriétaire de L’Art de Vivre raconte que c’est souvent en socialisant avec ses clients qu’elle peut parfois comprendre ou déduire que ces derniers arrivent de l’extérieur. «C’est bien embêtant, car on ne suit pas à la trace les changements de zone», ajoute-t-elle, rappelant que les gens sont, selon elle, davantage alertes et sensibilisés aux mesures de sécurité en vigueur qu’avant.

Pas tous la même chance

Hélas, tous les commerçants n’ont pas la même chance. C’est entre autres le cas de plusieurs petites entreprises créées après le 1er mars dernier. Jessie Dubuc est nouvellement propriétaire du Rebel traiteur + Café, à Bromont, et comme son entreprise a démarré ses activités le 2 mars dernier, cette dernière explique ne pas avoir droit aux subventions gouvernementales mises en place, ni au fond d’urgence pour les entreprises canadiennes. «Seules les entreprises qui étaient bien en place avant le 1er mars dernier y ont droit», laisse-t-elle tomber en entrevue avec La Voix de l’Est.

Nouvellement propriétaire du Rebel traiteur + Café à Bromont, Jessie Dubuc doit composer sans les subventions gouvernementales mises en place, ni le fond d’urgence pour les entreprises canadiennes.

Mme Dubuc soutient que les gens semblent croire que Bromont est en zone rouge et pense que le message lancé par le gouvernement devrait être plus cohérent. «D’un côté, on dit aux gens d’encourager les commerces locaux, mais de l’autre, on leur dit de rester chez eux», déplore Mme Dubuc, une pointe d’amertume dans la voix, avant de conclure d’avoir «vraiment l’impression que la relance économique, après la pandémie, ne va appartenir qu’aux plus grosses entreprises.»

Rappelons que la ville de Bromont fait partie de la région administrative de la Montérégie, mais est rattachée à l’Estrie sur le plan socio-sanitaire.