Le secret de la réussite de La Table à Mo? Des clients fidèles qui ont passé le mot à leurs proches et une communication accrue sur Facebook. Sur la photo: le chef-propriétaire Moreno Tomei et son épouse Hélène Boutin.
Le secret de la réussite de La Table à Mo? Des clients fidèles qui ont passé le mot à leurs proches et une communication accrue sur Facebook. Sur la photo: le chef-propriétaire Moreno Tomei et son épouse Hélène Boutin.

Les clients fidèles font mousser le bistrot La Table à Mo

Le chef propriétaire Moreno Tomei ne s’attendait pas à devoir suer autant derrière les fourneaux. Chaque semaine, midi et soir, il prépare 150 repas de plus qu’avant la crise, avec son comparse Marc De Bellefeuille en cuisine. «Je ne m’attendais pas du tout à cet engouement, “0” comme dans Ouellette», dit-il, la voix forte et assurée. Le secret de la réussite de La Table à Mo? Des clients fidèles qui ont passé le mot à leurs proches, et une communication accrue sur Facebook.

Jeudi soir, autour de 17h30, les clients entrent à un rythme régulier au petit restaurant de la rue Principale, à Granby. Au téléphone, Moreno Tomei, est «comme sur un nuage». Cette réponse des clients, il ne l’avait pas anticipée.

«Nous n’avons pas fermé une seule journée depuis notre dernière soirée en salle le samedi 14 mars.»

Sur les 350 repas trois services servis en moyenne chaque semaine, une vingtaine seulement sont livrés. «Les apprécient de venir nous voir au resto, ça les sort de chez eux», constate Hélène Boutin, épouse de M. Tomei.


« Je ne m’attendais pas du tout à cet engouement, “0” comme dans Ouellette »
Moreno Tomei, chef propriétaire de La Table à Mo

Aux commandes de la page Facebook du bistrot, Mme Boutin est très active. Les publications sur le menu sont diffusées au minimum deux fois par jour. «C’est hyper interactif», dit-elle. Jeudi matin, les lobster rolls sont partis comme des petits pains chauds. Manifestement, les clients étaient à l’affût.

Elle aussi confirme que les «gens sont curieux, ils continuent de nous encourager», parlant du restau à d’autres membres de leur famille et à leurs amis.

Équipe réduite

Si les repas trois services vendus à 20$ plus taxes font fureur, l’augmentation du nombre de plats à préparer demande beaucoup de travail. «Pour un repas à 80$, je dois en faire quatre à 20$», explique M. Tomei, qui dit s’en sortir financièrement, même si la période actuelle reste difficile.

L’équipe a en effet été réduite au strict minimum — Moreno, Marc et Hélène. La salle du restaurant ayant dû fermer, huit employés ont été mis à pied.

Et l’incertitude plane au-dessus de la tête du chef-proprio, qui ne voit pas comment il pourrait faire rouler son bistrot de quartier à moins de 50% de sa capacité d’accueil, comme cela a déjà été évoqué par le gouvernement. «Je ne pense pas qu’on va rouvrir à pleine capacité, dans un endroit friendly, avant octobre ou novembre prochain, dit-il. L’image de la restauration a complètement changé.»

Encore plus de local

Si Moreno Tomei travaillait déjà avec des fermes locales, la COVID-19 a amplifié ce réflexe de partenariat avec des producteurs et fournisseurs locaux. «C’est important pour nous de participer à faire tourner la communauté.»

Côté jardin, les fermes des 3 Clefs (Granby), Produits Maty (Granby), les Arpents au carré (Cowansville) et le Potager Gauvin (Ange-Gardien) fournissent une part importante des légumes présents dans l’assiette. Jeudi soir, les asperges de chez Maty étaient d’ailleurs à l’honneur dans une entrée de gratin. M. Tomei complète sa récolte avec L’économiste Superfin, commerçant de fruits et légumes situé rue Robinson, et le distributeur granbyen Dubé Loiselle.

Côté boucherie, l’agneau des Péchés Moutons (Bonsecours) et les viandes des Aliments Chicoine sont aussi au menu.

«On se serre les coudes [dans la région], de dire le restaurateur. Oui, c’est un peu plus cher, mais c’est plus que du bonbon, ça en vaut la peine.»

Cette solidarité et la belle réponse des clients aident la petite équipe à garder le cap malgré des temps très incertains. Pour Moreno, qui est dans le métier depuis 42 ans, le flou entourant sa profession est source d’angoisse et la remise en question est constante.

Mais qu’à cela ne tienne, l’homme est de nature à voir le verre à moitié plein. «Mon plaisir est de faire à manger. Je cherche à propager ce plaisir, pour que les gens soient heureux.»