Une fois la floraison amorcée, il faut au moins un mois et demi pour obtenir un petit fruit bien mûr.

Les cerises griottes se laissent désirer

Alors que les fraises du Québec tardaient à se pointer le bout du nez à la fin mai, c’est au tour des cerises griottes de se laisser désirer. Des producteurs estiment qu’elles seront prêtes dans une bonne semaine. Le printemps plutôt maussade et frais serait responsable de ce retard.

La floraison, habituellement prévue au début du mois mai, a été retardée de quelques semaines si bien que certaines variétés de griottes commencent à peine à rougir.

Une fois la floraison amorcée, il faut au moins un mois et demi pour obtenir un petit fruit bien mûr.

Isabelle Tougas, du Verger Tougas à Dunham, récolte normalement ce fruit acidulé autour du 15 juillet.

« Mais là, ça risque d’aller vers le 21 juillet et même début août », affirme-t-elle.

Elle considère ce retard comme étant peu dramatique.

« On a déjà vu ça avant. Cette année, c’est pas mal les mêmes dates que 2016 pour la floraison », poursuit-elle en disant que sa récolte sera de taille moyenne.

En entrant dans la cerisaie d’Unifruits à Saint-Paul-d’Abbotsford, on remarque que les fruits mûrissent lentement, mais sûrement.

« Les variétés de cerises qui sont habituellement prêtes en premier ne le sont pas encore », confirme Nancy Bouchard, copropriétaire de l’entreprise.

L’autocueillette chez Unifruits débute la fin de semaine de la Confédération et se poursuit durant quatre fins de semaine. Cette année, Mme Bouchard craint qu’elle doive l’étendre jusqu’en août.

« C’est toujours pas mal aux mêmes dates, mais la c’est vraiment différent », avance-t-elle.

Climat trop difficile ?

Il y a sept ans, Jean-Pierre Brisson a planté 1500 cerisiers « SK » au Verger Jean-Pierre Brisson.

Depuis, il a réalisé trois récoltes et avoue que cette année est la première année où « ça a été aussi catastrophique ».

Il faut dire que les cerisiers « SK » ont été développés en Saskatchewan où le printemps est plus tardif qu’au Québec. Ils se déclinent en plusieurs variétés : Crimson passion, Juliet, Romeo, Carmin Jewel, etc.

L’autocueillette chez Unifruits débute la fin de semaine de la Confédération et se poursuit durant quatre fins de semaine. Cette année, Nancy Bouchard craint qu’elle doive l’étendre jusqu’en août.

« Le SK est fait pour résister au climat de la Saskatchewan. Nous, on doit s’adapter selon notre climat. On utilise surtout notre expertise en fraise et en pomme », dit Mme Bouchard d’Unifruits.

Au Verger Jean-Pierre Brisson, les cerises se détachent de l’arbre par elle-même depuis deux semaines.

« En raison de la pluie abondante pendant la floraison qui a débuté plus tard qu’à la normale, la cerise a bombé et elle tombée. L’eau est probablement entrée dans la fleur », suppose-t-il.

Cette perte n’est pas sans conséquence pour les commerces locaux qui ont dû trouver un plan B.

« La Brasserie Dunham avait commandé trois tonnes de cerises et il y avait aussi la Brasserie Robin à Waterloo qui était intéressée », avance M. Brisson. Miel Fontaine comptait aussi sur le verger pour réaliser son miel à base de griotte.

Le pomiculteur de métier met aussi le blâme sur la pollinisation.

« Les abeilles ont moins travaillé, peut-être à cause du temps maussade », avance-t-il.

M. Brisson, habitué avec la production de fleurs, avance que contrairement à la pomme, la pollinisation de la griotte est plus ardue.

« Il y a un seul noyau, donc tu as une seule chance. Dans une pomme, qui contient entre 12 et 16 pépins, il y a plus de chances qu’elle soit pollinisée », explique-t-il.

Ce phénomène, où les griottes avortent, s’est aussi produit chez Unifruits.

La copropriétaire a remarqué qu’après la floraison, beaucoup de cerises sont tombées et n’avaient pas de noyau. Elle attribue ce phénomène à une mauvaise pollinisation ou encore au gel.

Fruit méconnu

Il faut savoir que le Québec est une terre à griotte et que les populaires « cerises de France », produites aux États-Unis, en Colombie-Britannique et en Ontario donnent rarement des résultats concluants chez nous.

L’arbre de la griotte peut aussi survivre aux hivers rigoureux du Québec.

Si les producteurs estiment que ce petit fruit rouge est méconnu, ils rappellent qu’ils se retrouvent dans plusieurs plats... dont le fameux gâteau forêt-noire.

Chez Unifruits, on tente de faire connaître la griotte par l’entremise de tartinades et de sirops.

« Un aliment transformé aide à faire connaître le fruit. Quand la griotte est cuite ou transformée, les gens l’apprivoisent », mentionne Mme Bouchard.