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Le directeur du Centre l’Envolée, à Shefford, Nicolas Bédard.
Le directeur du Centre l’Envolée, à Shefford, Nicolas Bédard.

Les centres de thérapie appellent encore à l’aide

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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Les ressources en hébergement et en traitement des dépendances (RHD) ne savent plus à quel saint se vouer. La survie de plusieurs d’entre eux est compromise, disent-ils, si Québec ne leur vient pas rapidement en aide.

Jeudi, plusieurs directeurs de centres de thérapie et représentants des associations qui les chapeautent ont rencontré leurs vis-à-vis du ministère de la Santé et des Services sociaux. Ils sont ressortis déçus de cette réunion où, une fois de plus, leurs attentes ont été déçues.

«Mes confrères et consoeurs ne font pas de demandes déraisonnables ou exagérées, ils demandent simplement de l’aide pour se garder la tête hors de l’eau. Malheureusement, ces rencontres ne font qu’éteindre leurs revendications et les faire disparaître, déplore pour sa part Bruno Ferrari, directeur général du centre Vilavi qui est membre de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCDI). Honnêtement, on se pose de sérieuses questions sur l’intérêt du gouvernement à maintenir un réseau de ressources en traitement des dépendances.»

«C’est fantastique à quel point on nous dit toujours qu’on nous comprend et que tout suit son cours, mais que jamais rien ne se concrétise. On nous demande d’être compréhensif, que ça prend du temps et que c’est comme ça», renchérit-il.

Bruno Ferrari, directeur général du centre Vilavi, aimerait que le financement accordé aux centres de thérapie soit revu à la hausse pour qu’il égale celui des ressources en hébergement pour femmes victimes de violence, notamment.

Amélie Lemieux, directrice générale de la maison La Passerelle, à Saint-Simon-de-Bagot et présidente de la Coalition des organismes communautaires en dépendance (COCD), dit de son côté avoir ressenti «la grogne, la frustration et l’incompréhension» de ses collègues à la table, eux qui se sentent délaissés par Québec et qui craignent de devoir fermer leurs portes si une solution ne leur est pas présentée à très court terme.

«Il n’y a rien qui aboutit ou qui semble avancer d’une rencontre à l’autre. Malgré tout, on demeure toujours dans l’espoir d’une bonne nouvelle à chaque fois», dit-elle.

Paul Boissonneault, président de l’Association professionnelle des organismes en dépendance (APOD), est du nombre. «On s’est fait avoir, encore une fois. Je m’en veux d’y avoir cru encore, confie-t-il. On ne sait pas vraiment qui mène la barque, tout le monde se renvoie la balle. Je commence à penser sérieusement que le gouvernement se câlisse de nous.»

Pendant la crise sanitaire, le gouvernement a décidé de laisser la SAQ et la SQDC ouvertes, mais il n’a pas investi dans le traitement des dépendances, qui dans certains cas ont été exacerbées par le stress engendré par la pandémie, lui reproche Paul Boissonneault.

Le directeur du Centre l’Envolée, à Shefford, Nicolas Bédard, abonde en ce sens. «On ne sent jamais d’appui ou de compassion, rien ne bouge», constate-t-il.

«Ce qu’on comprend, c’est qu’on nous entend, mais que rien n’est fait, renchérit Danica Bourque, vice-présidente de la COCD et directrice des Centres Bonséjour. On ne se sent pas soutenus par notre ministre.»

«On dirait que le ministre Carmant [ndlr: Lionel Carmant est ministre délégué aux Services sociaux] est surchargé ou qu’il ne s’intéresse pas à notre dossier», mentionne M. Bédard.

«Je pense que le ministre Carmant est débordé ou dépassé par la situation, renchérit M. Boissonneault. S’il a besoin d’aide, je suis prêt à aller à Québec pour faire le ménage dans son bureau. Mais s’il est incapable de gérer le dossier, que François Legault s’en occupe!»

Amélie Lemieux, directrice générale de la maison La Passerelle, à Saint-Simon-de-Bagot et présidente de la Coaliation des organismes communautaires en dépendance (COCD).

Un financement récurrent réclamé

Depuis qu’ils sont assujettis aux mêmes normes et aux mêmes impératifs en ce qui a trait à la qualité des services et la formation des employés, les centres de traitement des dépendances, qu’ils soient des entreprises privées ou des organismes communautaires, ont toujours eu du mal à joindre les deux bouts.

Le centre Vilavi dont M. Ferrari est le directeur a dû accroître son offre de services pour arriver à financer les thérapies. «C’est impossible d’y parvenir avec le cadre financier actuel, spécifie-t-il. Ailleurs, le directeur général est aussi le cuisinier et le chauffeur, parce que c’est comme ça: ils n’ont pas le choix. Il y a du tricotage, mais ce n’est pas bon pour la qualité et la pérennité de nos services.»


« Je commence à penser sérieusement que le gouvernement se câlisse de nous. »
Paul Boissonneault, président de l’Association professionnelle des organismes en dépendance


Très peu bénéficient d’un coup de pouce du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), qui est octroyé par les Centres de santé et de services sociaux de chaque région. «Même les organismes qui touchent du financement public sont à bout de ressources. Si eux crient famine, on peut facilement imaginer comment ça se passe chez nous qui n’avons pas d’aide», indique Nicolas Bédard.

Le contingentement imposé sans compensation est en train de venir à bout des centres, ajoute-t-il. Ce faisant, beaucoup de travailleurs abandonnent le navire. «Tout le monde pense à faire autre chose de sa vie. On n’a aucun soutien», note le directeur.

«Dans le fond, la problématique de sous-financement existait avant la pandémie. On manquait d’argent pour financer les salaires et la formation des employés, mais aussi pour les retenir. Tout ça a été exacerbé par la pandémie, relève Mme Lemieux. C’est en grosse partie grâce à la subvention fédérale pour le salaire qu’on a pu tenir le fort au courant de la dernière année. Mais cette aide-là n’est pas éternelle. On a besoin d’un financement récurrent et pas d’un cadeau de pandémie.»

L’an dernier, Québec a versé une aide d’un peu plus de trois millions de dollars aux centres de thérapie. Répartie, cette enveloppe représente une somme d’environ 30 000$ par ressource, un montant nettement insuffisant pour traverser la crise, d’autant plus qu’aucun autre argent n’a été ajouté depuis. «Ça ne suffit même pas à financer nos opérations pendant un mois», illustre Danica Bourque.

«Je crois que le gouvernement ne réalise pas à quel point nos ressources sont nécessaires. Je ne pense pas qu’il apprécierait que des centaines, voire des milliers de gens se présentent aux urgences pour un problème de dépendance si on disparaissait», ajoute-t-elle.

M. Ferrari aimerait que le financement accordé aux centres de thérapie soit revu à la hausse pour qu’il égale celui des ressources en hébergement pour femmes victimes de violence, notamment.

«Le gouvernement a décidé de leur accorder l’équivalent de 200$ par nuitée. Les centres de thérapie touchent environ 62$ par nuitée pour offrir un service similaire. On aimerait savoir sur quelles informations on se base pour calculer nos per diem. Pourquoi un tel écart?», demande-t-il.

La vaccination réclamée

Pendant la crise sanitaire, le gouvernement a décidé de laisser la SAQ et la SQDC ouvertes, mais il n’a pas investi dans le traitement des dépendances, qui dans certains cas ont été exacerbées par le stress engendré par la pandémie, déplore Paul Boissonneault.

Les responsables des ressources en hébergement militent également pour que leurs pensionnaires soient vaccinés plus tôt que tard.

«La dépendance à l’alcool ou aux drogues, c’est une maladie chronique, estime M. Boissonneault. Si cette maladie était soignée et considérée comme ce qu’elle est vraiment, on verrait déjà des améliorations dans d’autres problématiques. Moins de suicides, moins de divorces, moins de violence conjugale, moins d’homicides... Quand on enlève la dépendance de l’équation, il y a beaucoup de choses qui changent. On n’est pas l’unique solution au problème, mais on en fait assurément partie.»

«Nos pensionnaires ne peuvent pas sortir ni recevoir de visite. Déjà, une thérapie de six mois, c’est long. Mais dans ces conditions, c’est invivable. Ils ont le moral complètement à terre», relève M. Bédard.

Contactée à ce sujet, l’attachée politique du ministre Lionel Carmant nous a référé aux relations de presse du ministère de la Santé et des Services sociaux.

«Des travaux substantiels sont prévus au cours de la prochaine année afin de réviser les normes du programme Aide financière pour les ressources offrant de l’hébergement en dépendance (AFRHD) qui viennent à échéance le 31 mars 2022. Cette question a d’ailleurs été abordée lors de la rencontre d’hier, puisqu’il sera attendu que les associations représentants les RHD soient partie prenante de ces travaux», a-t-on fait savoir au ministère, vendredi.