Les couloirs sont clairsemés au Cégep de Granby, et la motivation pour suivre ses cours à distance, pas facile à trouver.
Les couloirs sont clairsemés au Cégep de Granby, et la motivation pour suivre ses cours à distance, pas facile à trouver.

Les cégépiens s’ennuient d’être en classe

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Bien qu’il soit ouvert et que tous les cours aient lieu, le Cégep de Granby est pratiquement désert. Quelques étudiants viennent y travailler ou s’y rendent pour une évaluation ponctuelle, mais les couloirs et locaux silencieux offrent une ambiance digne d’un monastère.

Comme ailleurs, la pandémie a forcé l’établissement de la rue Saint-Jacques à dispenser la majorité de ses cours — environ 70 % — à distance. Mieux qu’en zone rouge, mais avec comme résultat une institution anormalement vide et des cégépiens qui... s’ennuient d’aller en classe.

«C’est difficile, je ne ferais pas ça toutes mes études, indique Astérie Gashema, attablée à la cafétéria devant une pléthore de livres de mathématiques. C’est pas l’idéal d’être toujours à l’ordinateur. Je connais plein de gens qui ont abandonné leurs études ou qui prennent beaucoup de retard.»

«Au moins à Granby, on peut venir travailler sur place, dit-elle. Mais ça ferme tôt: à 22h, il faut partir!»

Un peu plus loin, Marie Robichaud soupire. «Notre génération s’est fait dire d’être moins devant les écrans, et là, on est tout le temps devant l’ordinateur.»

«Je préfère être en classe, voir le prof, l’environnement. Apprendre à distance, c’est pas impossible, mais beaucoup plus difficile. Je me force à venir au cégep quatre jours sur cinq pour me mettre dans un état «scolaire». Parce que chez moi, je ne suis pas capable de travailler.»

«Pour les étudiants bien organisés, ça va bien, dit Alain Breault, employé permanent de l’association étudiante. C’est ceux qui sont le plus éparpillés qui ont de la misère à suivre.»

Obstacles

Les cégépiens interrogés citent le manque de motivation et d’interaction comme principaux obstacles à leurs études. Surtout chez les nouveaux qui ont aussi connu une fin de secondaire abrupte.

«Une chance que j’ai des amis avec qui je peux travailler ou assister à des cours à distance, parce que sinon, ça serait beaucoup plus difficile d’être motivé», dit Léo Guilbert, rencontré alors qu’il écoutait une présentation sur son ordinateur portable.

Son ami Jérémy Bilodeau voit tout de même un avantage à l’enseignement à distance: il peut avancer à son rythme. Mais «il faut être plus concentré que d’habitude», dit-il, et plus organisé. Ne pas se gêner de poser des questions en direct.

«On est plus gênés de faire ça à distance, précise-t-il, parce qu’on se demande toujours si on est les seuls à ne pas avoir compris!» L’abondance de plateformes de communication n’améliore pas les choses.

Malgré les difficultés, les étudiants interrogés ne pensent pas abandonner leurs études. «Je pourrais prendre une année sabbatique, mais je serais quand même en quasi-confinement!», dit Jérémy Bilodeau. «Et ce serait trop dur de recommencer.»

Le Cégep de Granby met d’ailleurs le paquet pour éviter une hausse appréhendée du décrochage scolaire.

«La direction est très proactive, dit Alain Breault, employé permanent de l’association étudiante. Ils viennent à l’asso toutes les semaines, parlent avec les profs. Il y a aussi beaucoup de services pour contrer la détresse et ils réagissent rapidement. J’ai parlé à une étudiante au téléphone mercredi qui faisait une crise de panique... L’enseignement à distance, c’est très difficile pour elle.»

Hormis une aide psychosociale gratuite, les étudiants ont entre autres accès à une orthopédagogue, des conseillers pédagogiques, des tuteurs et des techniciens en informatique. Directeur des affaires étudiantes et des services à la communauté, Michel Bélanger confirme que les demandes d’aide psychosociale et d’intervention sont en hausse depuis le début de la pandémie, et les soins prennent plus de temps.

«C’est la folie, dit-il. On a d’ailleurs ajouté une intervenante psychosociale à temps complet et ajouté des heures à une autre. On a adapté nos services. On est là pour accompagner les élèves.»

Ambiance

Le Cégep essaie aussi, tant bien que mal, de donner un second souffle à la «vie étudiante». Le sport, autant que possible, est maintenu, tout comme les cours d’éducation physique «en présentiel». L’improvisation, le théâtre et les sports électroniques ont toujours cours, mais sans public.

De leur côté, les techniciennes en loisirs Katie Girard et Mylène Poirier se démènent pour mettre un peu d’ambiance, comme en distribuant du café ou des bonbons d’Halloween, cette semaine, déguisées en clowns maléfiques ou encore en hippies heavy métal (ça se peut).

Mais tout le monde se sent bien seul, à commencer par Alain Breault, habitué depuis des années à côtoyer des hordes de jeunes et moins jeunes aux profils divers. «Moi, j’ai besoin de social, dit-il. Mais ça dépend des personnalités. Pour les étudiants bien organisés, je dirais que ça va bien. C’est ceux qui sont le plus éparpillés qui ont de la misère à suivre. C’est une adaptation pour tout le monde. On n’a pas le choix, le monde entier est pogné avec la COVID.»