Tyty Mukendi Wa-Mulumba est retourné sur les bancs d’école au Cégep de Granby après avoir immigré au Canada, il y a quatre ans.

Tyty Mukendi, un élève peu commun

On a l’habitude, dans cette chronique «Les as», de parler de jeunes qui se démarquent dans le milieu scolaire de la région. Aujourd’hui, l’as dont La Voix de l’Est vous parle est un élève persévérant, rigoureux et déterminé. Et il y a de quoi ! En plus d’être père de trois jeunes enfants, Tyty Mukendi Wa-Mulumba est retourné sur les bancs d’école au Cégep de Granby après avoir immigré au Canada, il y a quatre ans. Cette décision s’est imposée alors que ses études en médecine ne sont pas reconnues ici.

« On m’avait fait reculer de plusieurs années, alors c’était mieux que je me réoriente », se rappelle celui qui a opté pour le programme intensif en éducation spécialisée.

Son parcours scolaire lui a aussi demandé quelques sacrifices. Tyty Mukendi a d’abord étudié en inhalothérapie au Collège Ellis, à Trois-Rivières, loin de sa femme et de ses trois garçons. Il ne revenait que quelques week-ends par mois chez lui.

« Au Congo, il y a la guerre et c’est pour ça que j’ai quitté, car on voulait enrôler tous les jeunes étudiants dans l’armée. Je suis parti au Rwanda étudier et comme la guerre continuait, je ne pouvais pas retourner là-bas. Je suis allé au Kenya travailler, et j’ai eu la chance d’être sélectionné parmi les gens qui pouvaient venir au Canada. »

Défis

Si le cégep lui plaît bien, une chose lui saute aux yeux : le système d’éducation n’est pas le même qu’en République démocratique du Congo.

« La technologie est beaucoup utilisée et avancée. C’est la raison pour laquelle j’ai un tuteur en informatique. Même mon fils sait mieux manipuler l’ordinateur que moi ! », rigole-t-il.

Ses amis de la communauté congolaise lui avaient d’ailleurs lancé le défi de rester à l’école plus d’un an. Ils appréhendaient que la charge de travail soit trop grande et le stress trop lourd.

« Je tiens bon ! », lance-t-il à la blague.

« Le genre de vie que nous menons ici est tout à fait contraire à celle que nous menons chez nous. » Et cette nouvelle réalité, chaque immigrant la vit de différentes façons, dit-il.

Visiblement, Tyty Mukendi a choisi de persévérer pour arriver à ses fins.

Son secret ? La discipline et l’organisation. Si les réfugiés doivent repartir à zéro à leur arrivée au Canada, Tyty Mukendi veut affronter les défis que la vie lui met sur son chemin.

« Personne ne viendra te prendre la main pour te dire ce qu’il y a à faire. »

Sa femme, qui était infirmière dans son pays d’origine, est maintenant préposée aux bénéficiaires et elle travaille de nuit. Le couple mène sa nouvelle vie ici depuis quatre ans.

Leurs deux garçons de 8 et 10 ans ont dû apprendre le français en classe de francisation, alors qu’ils parlaient l’anglais au Kenya. Ils pratiquent également le soccer et le karaté. Et le petit dernier, 4 ans, est né au Québec !

Aide

Tyty Mukendi a des étincelles dans les yeux et le bien-être de sa communauté tatouée sur le cœur. C’est pourquoi il est président de la communauté congolaise de Granby.

Il consacre son temps à faciliter l’intégration des immigrants. Sachant lire et écrire — contrairement à d’autres parents — Tyty Mukendi organise des soirées avec des groupes d’enfants pour les aider à faire leurs devoirs.

« Les enfants rentrent à la maison et on leur dit de faire leurs devoirs avec leurs parents… mais comment ? Certains sont analphabètes. »

Il s’affaire aussi à lutter contre la discrimination ou l’injustice que peuvent vivre les Congolais. Sa valise, qu’il traînait avec lui, était d’ailleurs bien garnie de lettres de personnes qu’il se fait un devoir d’aider.

En plus de tout cela, le père de famille organise un tournoi de soccer au parc Terry-Fox pour favoriser l’inclusion des jeunes de la communauté congolaise.

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