Les sœurs Boilard, Félicia et Marilou, se démarquent dans leurs équipes masculines de hockey.

Les soeurs Boilard: de la glace, elles en mangent! [VIDÉO]

L’une est « née » dans un aréna. L’autre regardait très jeune le hockey avec son père. Les deux sœurs Boilard de Saint-Joachim-de-Shefford, Félicia et Marilou, ont récemment donné rendez-vous à La Voix de l’Est dans leur terrain de jeu : l’aréna de Cowansville. Les jeunes filles y jouent au hockey avec aplomb, vigueur et talent. Dans une équipe de gars par-dessus le marché !

« C’est pas parce que t’es une fille que t’es moins bonne qu’un gars, lance d’emblée Marilou, 13 ans. Il y a des filles meilleures que des gars. C’est pas parce que t’es une fille que t’es poche en sport ! »

Grande admiratrice de Caroline Ouellette, joueuse canadienne de hockey sur glace de 1998 à 2018 ayant remporté quatre médailles olympiques, Marilou rêve de jouer dans l’équipe canadienne féminine de hockey ou de participer aux Jeux olympiques. Et, bien sûr, de jouer un jour « dans la même équipe que Félicia », mentionne-t-elle, en jetant un œil complice à sa petite sœur.

Marilou Boilard, 13 ans, en pleine action.

« Quand j’allais voir jouer Marilou, je regardais son goaler et j’avais envie d’être une goaleuse moi aussi », raconte Félicia, neuf ans, aujourd’hui gardienne de but pour les Vics de Granby. Chaussée de patins depuis l’âge de trois ans, « elle veut empêcher les autres de faire des buts. » Rien de moins.

Et elle y parvient avec brio. Ses coéquipiers (tous des garçons, sauf une autre gardienne de but) l’aiment énormément, si bien qu’après chaque match, ils lui sautent dessus ! « On ne la voit plus ! Elle disparaît complètement », explique la troisième des sœurs Boilard, Rosalie, pour qui le hockey « c’est moins son style ». 

Côté protecteur

La famille Boilard se remémore d’ailleurs avec le sourire un tournoi remporté un jour à Québec où Félicia avait arrêté toutes les rondelles. Au terme de l’événement, elle avait reçu l’étoile du match. 

Son truc ? La split ! 

La gymnastique aide la jeune joueuse de hockey dans ses nombreux déplacements devant son filet.

C’est que la petite fait aussi de la gymnastique, ce qui lui donne souplesse et coordination.

Son cœur balance toutefois plus du côté du hockey. « J’aime pas avoir des ampoules ! », fait-elle remarquer.

« Être gardienne de but, c’est dur mentalement, déclare son père, Éric Boilard. Quand il y a un but, le goaler est souvent blâmé. C’est difficile de garder le focus et de ne pas être démotivé. Ça prend une certaine personnalité pour ça. »

Non seulement Félicia garde le moral, mais elle « protège » son but, coûte que coûte. 

« Elle aime beaucoup s’occuper des gens, des êtres vivants, mentionne sa mère, Marie-Esther Biron. Son petit côté protecteur, ça va un peu avec le fait qu’elle est gardienne de but. »

Lorsqu’on lui demande quel métier elle voudrait exercer plus tard — en plus de jouer au hockey —, elle répond pédiatre ou enseignante en première année du primaire. Décidément, la jeune gardienne aime protéger les gens, son équipe et son filet.

Félicia est une bonne «gardienne», dans tous les sens du terme.

Quant à Marilou, seule fille dans l’équipe des Gouverneurs de Massey-­Vanier de Cowansville, son « métier » de rêve est d’être joueuse professionnelle de hockey. « Mais une fille ne peut pas vraiment en faire son métier..., déplore-t-elle. Je ne sais pas si ça va se développer plus tard, même s’il y a beaucoup de ligues de filles. J’aimerais que ça change. »

Selon la famille, les amis et les coéquipiers, Marilou a ce qu’il faut pour jouer niveau professionnel.

D’ailleurs, c’est avec des étoiles dans les yeux qu’elle raconte son expérience en compagnie de sa joueuse préférée, Caroline Ouellette­ qui, chaque année, choisit les 19 meilleures joueuses pee-wee au Québec pour les inviter à participer à un tournoi.

« Ces 19 joueuses-là vont jouer au tournoi pee-wee de Québec contre les gars pee-wee 2A », précise Marilou, qui a été choisie l’an passé. 

« Stimulant »

Être une fille parmi un groupe de gars, ça peut faire peur à certaines, ou attirer certains préjugés. 

« Il faut quand même qu’elles se démarquent plus pour avoir leur place au sein d’un groupe de garçons, admet Mme Biron. Certains parents peuvent d’ailleurs penser que Marilou prend la place d’un garçon... On a déjà connu ça. »

Même si quelques villes autour, comme Saint-Hyacinthe et Sherbrooke, possèdent des équipes de filles, Marilou, qui a marqué quatre buts l’an passé, veut rester avec les garçons, puisque « le niveau de jeu y est plus élevé », soutient-elle. 

« Je trouve ça plus stimulant. Je peux encore plus m’améliorer avec des gars. »

« Marilou a toujours dit qu’au niveau de son évolution, rendue à son âge, elle aurait l’option d’aller dans une équipe de filles, mais elle juge qu’elle peut évoluer beaucoup plus et atteindre ses objectifs olympiques en restant le plus longtemps possible avec une équipe de gars », renchérit sa mère.

De plus, faire de la route pour aller aux pratiques dans d’autres villes lui enlèverait du temps de glace, indique M. Boilard.

Marilou, qui écoute le réseau des sports tous les matins, met toutes les chances de son côté pour mener ses patins jusqu’aux olympiques. Mais avant les grands Jeux, elle souhaite participer aux Jeux du Québec, d’ici deux ans.

« À la fille qui veut jouer au hockey, je lui dirais de ne pas lâcher. Que ce n’est pas parce que tu es une fille que tu ne feras pas l’équipe. T’as juste à persévérer et à faire ta place », insiste la défenseure des Gouverneurs.

« Moi, je lui dirais “Bravo ! Continue, t’es capable !” lance pour sa part Félicia. Même s’il y a des gars, t’es capable de faire l’équipe. Être une fille, ça ne veut rien dire. Ça ne veut pas dire qu’ils sont plus forts que toi. »

« C’est juste le sexe qui est différent », fait remarquer Marilou.

Le prochain match de la gardienne de but, qui brillera assurément à nouveau comme une étoile, aura lieu en décembre, à Boisbriand.

« J’ai hâte ! », laisse-t-elle tomber, visiblement prête.