Laurie-Ann Laflamme est une jeune femme inspirante aux multiples passions et talents. Elle pose ici avec un de ses dessins.
Laurie-Ann Laflamme est une jeune femme inspirante aux multiples passions et talents. Elle pose ici avec un de ses dessins.

Laurie-Ann Laflamme, la vie plus que tout

Si Laurie-Ann Laflamme devait se décrire en un mot, elle se qualifierait sans doute de chanceuse. Chanceuse d’être vivante, dans tous les sens du terme, et que cela lui permette un monde de possibilités. Comment faire preuve d’autant de lucidité à 17 ans ? En ayant frôlé la mort et en l’ayant vu repartir avec la moitié de sa famille.

Laurie-Ann Laflamme étudie en cinquième secondaire au Verbe Divin de Granby. L’école, c’est son repaire. Le lieu où elle se sent bien. « J’adore l’école ! lance-t-elle, des étoiles dans les yeux. L’éducation, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir. On est chanceux d’y avoir accès. »

Curieux discours venant d’une ado admise dans un établissement scolaire pour la première fois... en troisième secondaire.

Globe-trotteurs

C’est que la famille Laflamme n’a pas vécu un parcours ordinaire. Depuis l’enfance, Laurie-Ann et sa famille — son père Pascal, sa mère Jennifer Mawn et son jeune frère Arthur — ont voyagé un peu partout dans le monde. Au total, ils ont visité jusqu’à 30 pays avant de se poser à l’île de la Réunion, dans l’océan Indien, à l’île Maurice et, finalement, en Équateur.

Pendant toutes ces années, les enfants ont fait l’école à la maison avec des professeurs privés. « Je vais toujours continuer d’apprendre en l’honneur de ma mère, insiste Laurie-Ann. On a tellement à découvrir. Ma mère était une femme formidable qui continue de m’inspirer profondément. »

Si la jeune femme parle de sa mère au passé, c’est que cette dernière est morte le soir du 16 avril 2016 quand le plus meurtrier des séismes a frappé la petite ville de Bahia de Caraquez, là où ils habitaient, en Équateur. La secousse, qui a atteint 7,8 sur l’échelle de Richter, a emporté 642 personnes ce soir-là, dont Jennifer Mawn et son fils Arthur, le frère de Laurie-Ann. Il avait 12 ans.

« En 20 secondes, c’était fini, raconte-t-elle avec un aplomb déconcertant. C’était chaotique. Un tremblement de terre, ça fait beaucoup de bruit, de poussière... Ça sent le béton... Mon père et moi avons été ridiculeusement chanceux. » Les deux s’en sont sortis avec d’importantes lacérations aux mains et aux pieds nécessitant des interventions chirurgicales, sans plus. Laurie-Ann a été blessée aux jambes, mais elle n’avait rien de cassé.

« La maison s’est écroulée et dans les décombres, on a retrouvé une ampoule et une bouteille de champagne intactes... », illustre-t-elle pour marquer à quel point la vie peut parfois être absurde.

Après un retour au Québec et une année difficile, Laurie-Ann a commencé à fréquenter le Verbe Divin. Studieuse et prête à entreprendre de longues études pour devenir vétérinaire. Elle vise la chirurgie. L’an prochain, elle souhaite être admise au Séminaire de Sherbrooke.

« Je suis habituée de déménager aux quatre ans, alors pour le cégep, ce sera Sherbrooke ! », lance-t-elle en riant.

Fonceuse, généreuse et impliquée

Le deuxième mot qui décrit Laurie-Ann de belle façon, c’est fonceuse. Cette amoureuse des animaux, à 11 ans, veillait déjà sur les chiens errants de son petit village ensoleillé. À l’aide d’un vétérinaire, elle a mis sur pied là-bas une campagne de stérilisation et de vaccination. « Dans un même domaine, il est bon d’ouvrir nos horizons », souligne-t-elle. Elle a donc déjà été palefrenière et elle a fait des stages dans différentes cliniques vétérinaires, ici au Québec, entre autres en ophtalmologie animale, un domaine très rare.

Au Verbe Divin, elle a lancé, avec une amie et des profs, un « magnifique projet de ruches » et comme passe-temps, elle fait des portraits animaliers. Des chiens, surtout. Le dessin, c’est un art qu’elle a développé en regardant des vidéos sur Internet. Aujourd’hui, ses bêtes à poil faites à la mine se vendent entre 150 $ et 200 $ chacune. Elle a même reçu des commandes pour le temps des Fêtes !

La première fois qu’elle a touché à l’aquarelle, c’était pour donner vie à la page couverture de l’agenda 2019-2020 de son école. « J’aime la vie et j’aime apprendre, insiste-t-elle avec une énergie débordante, empreinte d’une grande sagesse. Oui, des fois la vie est poche, mais on est tellement chanceux juste d’être là, qu’il faut faire quelque chose avec ça ! Les gens disent souvent que je suis talentueuse, mais je ne suis pas du tout d’accord avec eux. Tout le monde a du talent. Il faut juste y mettre de l’effort et du temps. »

Et ne pas avoir de regrets, ajoute-t-elle. « J’ai été élevée dans la confiance, dit-elle. J’avais un bon lien d’attachement avec ma mère. J’ai voyagé, j’ai vu tous mes besoins comblés et je ne garde que de bons souvenirs. Souvenirs que je chéris. La vie est trop courte pour vivre avec des regrets. »