Une étude réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec révèle que le tiers du contenu des paniers d’épicerie des Québécois est composé d’aliments ultratransformés.

Les aliments ultratransformés: une tendance en épicerie?

Une bonne rôtie pour déjeuner ou encore un yogourt aromatisé. Ces deux aliments, qui comblent régulièrement notre appétit matinal, sont en réalité des produits ultratransformés, donc moins santé. Il serait apparemment normal que les Québécois en consomment, car près du tiers de ce que l’on trouve dans leur panier d’épicerie en est composé, révélait une étude de l’Institut national de santé publique du Québec, la semaine dernière.

La Voix de l’Est s’est  entretenue avec deux épiciers de la région pour en connaître davantage sur les tendances alimentaires actuelles. Selon l’étude, l’adoption d’une alimentation saine est tributaire de l’offre présente dans les commerces, comme les supermarchés et les épiceries.

En Montérégie, les jus de fruits purs, le pain, les yogourts aromatisés et les charcuteries représentent les aliments utratransformés les plus achetés en 2015-2016.

Au IGA Gazaille, le département de l’épicerie est le plus convoité et le plus grand en termes de superficie. Il compose environ 50 % du supermarché. C’est dans cette partie que l’on trouve la majorité des produits ultratransformés, comme le pain du commerce, les barres tendres, les craquelins et la crème glacée, mais aussi les œufs, le riz et le lait nature ; des aliments peu transformés.

« De 46 à 47 % de mes ventes totales, c’est de l’épicerie. Ce sont quasiment tous des aliments secs et transformés », mentionne Hugo Gazaille, propriétaire du IGA Gazaille.

Viande rouge et charcuterie 

Le deuxième département le plus populaire chez IGA Gazaille est celui des viandes avec 12,5 % des ventes. La charcuterie accapare 6 % des ventes, suivi de près par la boulangerie avec 5 % des ventes.

Même si sa clientèle se révèle « plus santé » que celle des épiceries régulières, Stéphane Gagnon, directeur des opérations au Groupe Épicia — détenant le Jardin du Mont à Granby —, remarque que le jambon blanc est le meilleur vendeur dans les épiceries.

« J’ai travaillé chez Metro durant plusieurs années et les produits hachés représentaient 50 % des ventes dans la viande rouge », dit-il. Le bœuf haché est un aliment peu transformé, mais une grande consommation augmente les risques de maladies cardio-vasculaires.

Même son de cloche du côté de M. Gazaille. Il doit fournir du bœuf haché frais dans ses frigidaires chaque jour. « Tout le monde en mange, parce que ça part chaque jour », observe-t-il.

La viande marinée a également la cote. Les épiciers mettent le blâme sur le fait que les consommateurs cherchent la rapidité et la facilité d’exécution des repas.

« Il se vend de plus en plus de tofu et de légumineuses. Un petit peu moins de viande et un peu plus de poisson. Mais de la viande , on va toujours en vendre», croit M. Gazaille, tandis que M. Gagnon remarque que les légumineuses augmentent en popularité au Jardin du Mont.

Toutefois, selon l’étude, les légumineuses en conserve se classent parmi les aliments transformés. Le meilleur choix s’avère les légumineuses sèches, considérées comme un aliment peu transformé.

Le pain

La troisième catégorie d’aliments ultratransformés la plus présente dans le panier d’épicerie moyen est constituée de pain, peut-on lire dans l’étude. Les pains sont souvent composés de farine raffinée et possèdent des teneurs significatives en sodium.

Les épiciers observent que les pains commerciaux répondent à un besoin pratique. « Le pain va toujours rester », croit M. Gagnon. Les clients rencontrés au IGA Gazaille transportaient d’ailleurs tous du pain dans leur panier pour leur côté « pratique » ou pour « déjeuner », a souligné une dame.

Au Jardin du Mont, on s’approvisionne surtout en pains commerciaux composés de farine entière et de grains entiers, ce qui en fait un produit riche en fibres. « Par exemple, la marque Western, en réaction à ça, a développé des produits plus santé », dit M. Gagnon

Les mets prêts-à-manger

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, les mets prêts-à-manger occupent la quatrième position des aliments ultratransformés les plus achetés. Les pizzas, les soupes, les pâtés auraient toutefois une piètre qualité nutritive.

« Le prêt-à-manger prend de plus en plus de place au niveau des ventes. Aussi, c’est situé à l’entrée des épiceries. Ça confirme que les gens ont de moins en moins le temps de se faire à manger », remarque M. Gagnon.

Les produits frais

Parmi ses produits frais, M. Gazaille compte les poissons de la table à glace, la viande fraîche et les fruits et légumes.

« Ils représentent environ 10 % de l’épicerie. Tout le reste, c’est transformé à différents degrés », analyse-t-il.

De son côté, M. Gagnon avance que sa clientèle se rend à son épicerie surtout pour l’offre de fruits et légumes. Ce département représente 60 % de ses ventes annuelles, suivi de près par les fromages à 20 %, puis le département de l’épicerie à 10 %. Toutefois, tous les produits plus industriels sont tenus en plus petite quantité. « Nous sommes une fruiterie. On a une clientèle santé et les gens sont de plus en plus sensibles aux ingrédients dans les aliments », relève-t-il.

M. Gazaille remarque également que certains produits sont des incontournables dans le garde-manger des Granbyens. « Tout le monde, 80 % ou plus, achètent des bananes!», illustre-t-il.

Le prix

Dans certains cas, le prix des aliments ultratransformés a diminué, alors que celui des aliments plus frais s’est accru, relève l’étude.

Par exemple, le prix du lait nature, des yogourts nature et des fruits frais a augmenté. Le lait aromatisé, les yogourts aromatisés et les jus de fruits ont connu une baisse.

Y a-t-il un effet dissuasif ? « Le facteur d’achat est souvent le prix. Tant et aussi longtemps que le prix va demeurer bas, les produits transformés vont toujours rester », croit M. Gagnon.

Même si son épicerie est composée majoritairement de produits industriels, le propriétaire du IGA Gazaille rapporte que le département de l’épicerie est celui où les profits sont le moins au rendez-vous.

Selon l’expérience de M. Gazaille, le volume des aliments ultratransformés qu’il achète est plus important que celui des fruits, par exemple. « La framboise en saison et hors saison, son prix va fluctuer », image-t-il.

« Le but, c’est de vendre le moins d’épicerie possible. Moins je vends d’épicerie, mieux c’est pour moi et pour la santé des gens!», lance-t-il.

Classification utilisée

1. Aliments frais et peu transformés :

Fruits, légumes et légumineuses frais, séchés ou congelés, lait, yogourt nature, viandes, volailles et produits de la mer nature, œufs, grains, farines, pâtes alimentaires, thé, café, noix nature, eau, etc.

2. Ingrédients culinaires transformés :

Sel, sucre, mélasse, huile, beurre, etc.

3. Aliments transformés :

Fruits, légumes et légumineuses en conserve, noix salées ou sucrées, fromages, viandes et poissons fumés, etc.

4. Aliments ultratransformés :

Boissons sucrées, confiseries, biscuits, yogourt aromatisé, laits aromatisés, margarine, mets préparés congelés, pains commerciaux, etc.