La tempête avait notamment détruit des milliers d’arbres dans la région, endommageant de nombreuses productions acéricole et pomicole.

Les agriculteurs protègent leur gagne-pain

Au plus fort de la crise du verglas, en 1998, plus de 3 millions de foyers québécois, soit près de la moitié de la population, avaient été plongés dans le noir. Tous se souviennent de l’épaisse couche de glace qui avait paralysé le sud du Québec, des pylônes qui s’étaient affaissés les uns après les autres et des militaires débarqués d’urgence pour venir en aide aux citoyens.

Les pannes de courant généralisées avaient été particulièrement affolantes pour les agriculteurs situés près du « triangle noir » formé par les villes de Granby, Saint-Hyacinthe­ et St-Jean-sur-Richelieu. Sans électricité, c’est la survie même de leurs animaux qui était en jeu.

Très vite, une course contre la montre s’amorce pour les agriculteurs, les génératrices devenant primordiales pour protéger leur gagne-pain. Malgré ces heures angoissantes, l’inquiétude fait place à l’entraide et des dizaines d’entre eux se mobilisent afin de maintenir les services essentiels des entreprises­ agricoles privées de courant.

« C’était jamais arrivé auparavant une crise de cette ampleur. Il pouvait arriver qu’on manque d’électricité une couple de jours, mais aussi longtemps, c’était vraiment spécial. Il fallait faire vite, on s’est donc naturellement organisé », raconte Jean-Marc Ménard, un producteur laitier de Sainte-Christine, qui était aussi bénévole lors des événements.

Agir rapidement

La priorité étant donnée aux services d’urgence et aux hôpitaux, les agriculteurs n’ont pu compter que sur eux-mêmes au cours des deux premières semaines de la crise qui a pris tout le monde par surprise.

Sous la supervision de l’Union des producteurs agricoles (UPA), ceux-ci ont donc improvisé un vaste réseau de distribution de génératrices et de bois de chauffage afin de limiter les pertes dans les fermes.

« Souvent, le problème est que les génératrices brisaient vu qu’elles fonctionnaient 24 heures par jour. Et quand ça arrivait, c’était impossible d’en acheter une. Il n’y en avait plus de disponible nulle part. On devait donc en trouver dans d’autres régions ou les réparer », se souvient M. Ménard, maintenant âgé de 69 ans.

En quelques jours seulement, l’UPA a mis sur pied un centre d’urgence et des postes de distribution de génératrices dans les zones les plus sinistrées. De là, les génératrices fournies par des producteurs épargnés par le verglas ont été dirigées vers les fermes les plus touchées. 

« On avait même de la difficulté à trouver du diesel. Ça aurait pu être catastrophique. Une ferme ne peut pas marcher sans électricité aujourd’hui. C’est essentiel pour avoir de l’eau pour les animaux et les garder au chaud », souligne M. Ménard, qui est devenu maire de Sainte-Christine en novembre dernier.

Ce dernier rappelle que les porcheries et les poulaillers peuvent être décimés en seulement deux ou trois heures en cas de panne de courant. « Les porcs peuvent rapidement être asphyxiés par le gaz. Il faut que la ventilation marche continuellement­ », note-t-il.

Entraide et solidarité

Laissant son bétail aux soins de son fils et de l’un de ses frères, M. Ménard s’était porté volontaire comme bénévole au poste de distribution de Saint-Hyacinthe, lui qui œuvrait à ce moment à l’exécutif de la Fédération de l’UPA de la Montérégie.

Six jours sur sept, de six heures le matin à presque minuit le soir, il réparait des génératrices et livrait celles-ci aux agriculteurs ayant besoin d’être dépannés. Un manège qu’il répètera pendant presque 30 jours, soit jusqu’à ce qu’Hydro-Québec vienne en renfort et fournisse notamment des génératrices stationnaires.

« Il y a des fois, quand j’arrêtais à un stop à Saint-Hyacinthe, je cognais des clous et l’auto en arrière devait faire crier le klaxon pour me réveiller, se rappelle-t-il en riant. Mais ça en valait la peine. Quand on arrivait avec une génératrice, les producteurs étaient toujours très contents de nous voir. On entendait souvent les animaux beugler sans arrêt parce qu’ils avaient soif. »

Une chose est sûre, il n’oubliera jamais la vague de solidarité qui s’était déployée dans la région. « Quand on se rencontre, on parle encore parfois du verglas entre chums. Il y avait une belle solidarité au sein des agriculteurs et de l’UPA. C’était beau à voir. Les producteurs savent qu’on doit travailler ensemble et ça a été un très bel exemple d’entraide­ et de générosité­ », affirme-t-il.

Producteur laitier à Sainte-Christine, Jean-Marc Ménard n’avait pas hésité à agir comme bénévole auprès d’autres agriculteurs lors de la crise du verglas en 1998.

14 MILLIONS DE DOLLARS DE PERTES

Que ce soit en raison des dommages aux bâtiments, des animaux qui sont morts ou des coûts pour louer des génératrices et acheter du carburant, les agriculteurs ont été nombreux à subir des pertes financières en raison de la crise du verglas. La tempête a aussi endommagé des milliers d’arbres nuisant grandement aux productions acéricole et pomicole.

Selon un rapport effectué par l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC), le secteur de l’agriculture au Québec avait subi des pertes de 14 millions de dollars, principalement dans les secteurs de la volaille, du bétail et du sirop d’érable. Pas moins de 3,5 millions de litres de lait avaient aussi dû être jetés. 

« Nous, on a manqué d’électricité pendant 31 jours, mais on a réussi à se débrouiller sans avoir trop de pertes, indique Jean-Marc Ménard qui possède toujours sa ferme laitière. On n’a pas perdu de bétail, juste un peu de lait parce que le camion de ramassage a été quelques jours sans pouvoir se déplacer jusque chez nous. »

« Ça a quand même été un stress continu. J’avais une érablière et le soir, on pouvait entendre les branches des érables casser. Mon érablière a eu tellement de dommage que même aujourd’hui, je n’ai pas encore refait l’entaillage. Dans une dizaine d’années, on devrait pouvoir faire assez d’entailles pour que ça soit rentable d’installer des tubulures », note M. Ménard qui estime avoir perdu 5000 $ de lait et des revenus annuels d’environ 25 000 $ en sirop d’érable.