Le double meurtre aurait été commis afin de mettre la main sur le bar Cabaret Flamingo de Saint-Hyacinthe.

Les accusés voulaient posséder le bar

C’est pour faire main basse sur le bar de danseuses nues le Cabaret Flamingo que la Granbyenne Nancy Beaulieu et son conjoint Martin Bélair, qui en étaient respectivement la gérante et le propriétaire, auraient été assassinés en janvier 2015.

L’accusé Francis Yergeau s’est mis à table après huit heures d’interrogatoire policier, a pu constater le jury, mercredi, en visionnant la vidéo de cet enregistrement déposé en preuve au procès de l’homme de 39 ans d’Acton Vale.

« Ça ne me dérange pas de tout dire, mais je ne veux plus rien savoir de lui », a-t-il déclaré à l’enquêteur Daniel Fortin, de la division des crimes contre la personne de la SQ, le jour de son arrestation en mai 2016.

« Lui », c’est son coaccusé dans cette affaire, un homme de 36 ans — aussi d’Acton Vale — dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication en prévision de son procès séparé.

Frime

M. Yergeau a expliqué le plan du duo, qui a culminé par le meurtre des victimes par arme à feu le 6 janvier 2015. Celui-ci s’est échelonné sur « au moins » les six mois précédents.

Il visait d’abord à faire croire à la faune du bar que le complice allégué de M. Yergeau menait une vie de pacha, occupait de hautes fonctions dans la mafia italienne et trempait dans la vente de cocaïne avec Martin Bélair.

Dans les faits, autant lui que M. Yergeau étaient endettés et travaillaient dans une cimenterie au salaire minimum, a précisé l’accusé.

Le duo supprimait ensuite l’homme d’affaires et faisait courir le bruit que ce dernier avait pris la fuite avec des centaines de milliers de dollars provenant d’une transaction illicite.

Les victimes, Nancy Beaulieu et Martin Bélair.

Il tentait alors de convaincre le copropriétaire du bar de leur « céder les parts » du disparu en guise de dédommagement, ce qui n’est pas arrivé. « Et tôt ou tard, on prenait l’autre partie [celle du copropriétaire] », a dit M. Yergeau.


«  Elle est pas mal finie, ma vie  »
Francis Yergeau

« J’ai toujours voulu l’avoir [le bar] », a-t-il ajouté, laissant paraître une implication nettement plus grande que ce que les témoins à son procès ont laissé entendre jusqu’ici.

Quant à la raison du meurtre de Nancy Beaulieu, elle n’a pas été évoquée pour l’instant.

Preuves

Francis Yergeau a aussi précisé qu’il était « influençable à l’époque » et que son complice allégué, un homme fort en gueule, lui avait « fait miroiter autre chose », sans donner plus de détails.

Le visionnement de l’interrogatoire a également démontré que, durant de longues heures, le sergent Fortin a discuté de tout et de rien avec l’accusé avant de lui faire comprendre que les preuves contre lui étaient lourdes et qu’il avait avantage à tout révéler.

« Ça peut juste t’aider », a dit Daniel Fortin.

« Elle est pas mal finie, ma vie », a rétorqué M. Yergeau du fond du minuscule local du quartier général de la SQ où il était interrogé.

Conscient qu’il risque la prison à vie, il a mentionné que s’il est trouvé coupable de meurtre prémédité, il aura plus de 60 ans à son éventuelle sortie de prison.

Son procès se poursuit jeudi au palais de justice de Saint-Hyacinthe.