La sécurité de la population a été compromise, mardi, sur le territoire desservi par les employés d’Ambulances Demers, dénonce le syndicat du personnel paramédical.

«L’employeur joue avec la vie de la population»

La sécurité de la population a été compromise, mardi, sur le territoire desservi par les employés d’Ambulances Demers, dénonce le syndicat du personnel paramédical. Selon l’organisation, le manque d’effectifs sur le terrain, résultant d’une décision de l’employeur, aurait notamment pu mener à une tragédie lors de la prise en charge d’un patient dont la vie était en péril.

Deux membres de l’équipe d’Ambulances Demers ont participé mardi à une simulation d’accident à l’aréna de Farnham, devant près de 3000 élèves du secondaire, dans le cadre du projet Impact. Or, malgré l’insistance du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie (SPPM-CSN) au cours des jours précédant l’événement, l’employeur a refusé d’assurer la relève de ces effectifs en ajoutant deux ambulanciers sur le terrain, prêts à intervenir lors d’un appel d’urgence.

Une situation « inadmissible et déplorable », a indiqué en entrevue le président syndical, Gaétan Dutil. « Le contrat d’Ambulances Demers prévoit que deux véhicules doivent desservir le territoire de jour. Une avec une équipe à l’heure [horaire régulier] et l’autre sur les horaires de faction. [...] Mais mardi, durant la simulation, on s’est retrouvé avec la moitié du personnel pour couvrir tout le territoire. L’employeur joue avec la vie de la population. »

Selon le SPPM, un appel d’urgence a été transmis aux collègues qui participaient à l’activité de sensibilisation peu après 14 h. Le syndicat a précisé qu’il s’agissait d’une personne en détresse respiratoire. Donc, un cas prioritaire.

« L’équipe de simulation était à deux minutes du lieu de l’appel, a mentionné Gaétan Dutil. On sait que chaque seconde compte quand une vie est en danger. Mais, le temps de ramasser leurs équipements et de partir, il y a eu un délai de 15 minutes. Ça aurait pu se terminer de façon tragique. »

« Prendre la population en otage, c’est inacceptable. Et on ne veut plus que ça arrive », a fait valoir le président du SPPM en point de presse.

Gaétan Dutil et Jean-Robert Montreuil, président et vice-président des relations de travail au SPPM, estiment qu’Ambulances Demers a fait preuve de laxisme, ce qui aurait pu coûter la vie à un citoyen de Farnham, mardi.

Divergence

De son côté, l’employeur n’est pas au diapason avec le SPPM.

« On a attribué une équipe ambulancière pour couvrir la simulation. C’est leur rôle de prévention. Mais en même temps, on s’est assuré que les opérations courantes puissent se faire régulièrement. On avait un superviseur aux opérations sur place pour s’en assurer. On s’est donc servi de l’horaire de faction ce jour-là. Il n’y a pas eu de différence dans le service », a affirmé le directeur aux opérations et aux ressources humaines chez Ambulances Demers, Sylvain Bernier.

Or, un temps de réponse de 17 minutes pour un cas prioritaire est-il acceptable lorsqu’une équipe d’ambulanciers se trouve à seulement deux minutes des lieux ?

« Ça rentre dans la normalité, a affirmé M. Bernier. Il faut que les gens puissent se préparer pour répondre aux appels. Toutes les nuits, c’est une équipe de faction qui travaille à Farnham. Ça prend 8 à 9 minutes avant qu’elle parte [du quartier général]. En plus du temps pour se rendre à destination. »

Cibles

Après des décennies à réclamer la suppression des horaires de faction, une mesure qui devait initialement être temporaire, des services ambulanciers de la région ont obtenu gain de cause. Après Cowansville à la fin de 2017, l’abolition de ce type de quart de travail s’est aussi concrétisée à Waterloo. Or, rien n’a bougé pour leurs collègues de Farnham et d’Acton Vale, malgré un engagement de la Coalition avenir Québec d’agir dans le dossier.

Propres aux secteurs ruraux et communément appelés les « 7/14 », les horaires de faction obligent les ambulanciers à demeurer sur le qui-vive à la maison 24 h sur 24 durant une semaine entière. Suivent ensuite sept jours de congé. Dès qu’un appel d’urgence entre, les paramédicaux, qui résident à moins de cinq minutes du quartier général, doivent s’y rendre le plus rapidement possible pour partir avec un partenaire.

Selon les critères du ministère de la Santé, les « 7/14 » sont admissibles à une transformation en horaires à l’heure dès que la zone atteint 3000 transports et plus par année. Idem lorsque le temps de transport de patients des équipes assujetties aux horaires de faction dépasse annuellement une moyenne de 28 heures par semaine.

Selon le président du SPPM, ces cibles sont largement dépassées à Farnham. La situation serait similaire à Acton Vale, a indiqué à La Voix de l’Est le syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ-FTQ), qui représente les effectifs de ce corps ambulancier.

Ras le bol

Par ailleurs, M. Dutil a mentionné que Québec devait fournir en avril aux syndicats les statistiques sur les transports ambulanciers de 2016-2017. L’attente a assez duré, a-t-il clamé. « Je veux bien laisser la chance au coureur, mais il ne faut quand même pas rire de nous. Le gouvernement sait très bien que nous répondons aux critères pour abolir les horaires de faction. Pendant que la CAQ gagne du temps, la population continue d’être en danger à cause de la couverture inadéquate du territoire. On ne peut plus tolérer ça. »

Dès la semaine prochaine, les ambulanciers affiliés au SPPM distribueront des tracts dénonçant l’inaction de Québec dans le dossier. Les ambulanciers comptent également expliquer les répercussions du maintien des « 7-14 » sur les services ainsi que pour les effectifs qui y sont assujettis.

Un ambulancier de Farnham qui travaille sur les horaires de faction a confié être « au bout du rouleau ». « On a toujours une épée au-dessus de la tête. C’est lourd à porter parce qu’on travaille avec une fatigue parfois extrême. D’un autre côté, c’est la santé, la vie des gens dont il est question. J’espère que le gouvernement n’attendra pas qu’un drame survienne avant d’agir. Les horaires de faction, c’est assez ! »