Louise Roy, Christian Blanchette et leur fils Jérémie, Marie-Guy Fournier, Carole Gaudreau et con conjoint Gaëtan Ferland, font partie du groupe de citoyens qui remet en cause le choix du site de l’usine de biométhanisation à quelques pas de leur résidence.
Louise Roy, Christian Blanchette et leur fils Jérémie, Marie-Guy Fournier, Carole Gaudreau et con conjoint Gaëtan Ferland, font partie du groupe de citoyens qui remet en cause le choix du site de l’usine de biométhanisation à quelques pas de leur résidence.

L’emplacement de l’usine de biométhanisation à Bromont fait des mécontents

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Le projet d’usine de biométhanisation à Bromont suscite de vives inquiétudes chez plusieurs résidents du secteur visé pour son implantation, en bordure du chemin d’Adamsville. Bien que les membres du groupe jugent qu’il s’agit d’une bonne initiative sur le plan environnemental, ils craignent notamment que des émanations nocives provenant du centre mettent leur santé en péril.

«Le projet n’est pas mauvais en soi. C’est dans l’air du temps. Il y a plusieurs possibilités d’implantation d’une telle usine ailleurs dans le parc [scientifique], à proximité du pipeline de gaz naturel. C’est primordial de trouver un endroit éloigné d’un secteur où l’on retrouve des résidences», a indiqué Christian Blanchette, qui réside depuis près de 25 ans à proximité du site convoité pour la future usine de biométhanisation du promoteur Bähler.

Un avis que partagent Carole Gaudreau et Gaëtan Ferland, qui habitent juste en face du terrain ciblé pour le centre. «On veut tous être écoresponsables. C’est important. Mais je ne suis pas prête à avoir une usine comme celle-là dans ma cour s’il y a des risques pour ma santé. Il y a aussi toutes les nuisances par les odeurs et le transport qui posent problème», a indiqué la résidente de longue date.

De son côté, Marie-Guy Fournier, un producteur agricole du secteur, remet en question le fait de ne pas avoir été consulté pour le choix du site de l’usine. «Il devrait y avoir une équité dans les projets de développement à Bromont», a-t-il fait valoir.

Drapeau rouge

Christian Blanchette connaît bien les matières dangereuses, car il travaille depuis des années à la direction régionale du Centre de contrôle environnemental de l’Estrie et de la Montérégie. Selon M. Blanchette, les risques pour le voisinage sont «non négligeables». «On produit du méthane. C’est hautement inflammable, a indiqué le coordonnateur des mesures d’urgence au ministère de l’Environnement. Dans le cas d’une explosion, on a besoin d’un certain dégagement autour de l’usine. Et si les mélanges sont trop riches en sulfure d’hydrogène, les torchères ne peuvent plus fonctionner à un certain niveau. Ça peut donc donner lieu à des rejets dans l’atmosphère. Et comme il s’agit de gaz asphyxiants, les gens qui ont des problèmes respiratoires sont à risque d’avoir des séquelles.»

De plus, selon Christian Blanchette, l’entreposage trop long de matières organiques peut engendrer des odeurs s’apparentant aux «oeufs pourris».

En fait, la biométhanisation est un processus de décomposition biologique contrôlé. Celui-ci génère du biogaz, qui est ensuite converti en énergie. Dans le cas de l’usine de Bähler, les 45 000 tonnes de matières organiques produiront du biométhane dans deux réservoirs hermétiques, qui sera transformé en gaz naturel injecté dans le réseau d’Énergir.

Contrôle

Questionné à propos de l’aspect sécuritaire des futures installations de biométhanisation, le directeur des stratégies de développement chez Bähler, Pierre Pilon, a assuré qu’il n’y avait aucune atteinte possible à la santé des citoyens à proximité de l’usine projetée à Bromont. «Lorsque tu t’approches d’une raffinerie de pétrole, la concentration de sulfure d’hydrogène est beaucoup plus élevée que dans une exploitation comme la nôtre, a-t-il mis en relief. Dans notre cas, on veut garder le gaz. Il n’y a donc pas d’émanation. Et s’il y en a, elles sont en infime quantité.»

On prévoit notamment l’implantation de deux réservoirs hermétiques semi-enfouis parmi les équipements de la future usine.

«Je peux comprendre que des citoyens aient des inquiétudes et posent des questions, a indiqué le maire de Bromont, Louis Villeneuve. C’est légitime. Mais, à la Ville, on ne laissera s’implanter aucune entreprise qui pourrait mettre en danger la santé de nos citoyens. Les règles du ministère de l’Environnement que doit suivre ce type d’entreprise sont très strictes.»

La perception d’odeurs nauséabondes dans le voisinage du centre de biométhanisation sera également inexistante en raison du contrôle «très strict» du processus, de l’entreposage de matières organiques à la production de gaz naturel, a fait valoir M. Pilon.

Choix du site

Selon le représentant de Bähler, il est impossible d’implanter l’usine en bordure du boulevard de l’Aéroport, car la conduite d’Énergir, à laquelle l’entreprise doit se raccorder pour y injecter le gaz naturel produit, n’a pas le diamètre suffisant. On parle d’une conduite de distribution secondaire à basse pression, contrairement à la conduite principale à haut débit qui longe le chemin d’Adamsville.

«On ne voulait pas installer l’usine n’importe où dans le parc scientifique, a mentionné Louis Villeneuve. L’endroit choisi est plus propice. Et je crois que ça fera de Bromont une ville plus verte.»

Consultation

Le zonage actuel ne permet pas l’implantation d’une usine de biométhanisation sur le site choisi. Le règlement devra donc être amendé pour agrandir une zone attenante (PDA2-07) afin d’y inclure le terrain ciblé pour l’usine.

Une approche que désapprouve M. Blanchette. «On fait un carré pour inclure [le site du centre] dans une zone où il n’y a plus de restriction de distance. Finalement, on ne tient plus compte des citoyens autour. C’est légal, mais c’est un tour de passe-passe, a-t-il déploré. Il y a des règles, pourquoi les contourner?»

Initialement, une assemblée publique de consultation devait avoir lieu concernant le premier projet de règlement pour une éventuelle modification du zonage qui permettrait l’implantation de l’usine. Étant donné le contexte pandémique, la Ville a plutôt opté pour une consultation écrite, qui se déroule jusqu’au 24 octobre. Les citoyens peuvent ainsi «transmettre des questions, des observations ou des commentaires» sur le sujet par courriel à greffe@bromont.com. Il est aussi possible de déposer les documents à l’hôtel de ville.

Notons que le processus pourrait mener à un référendum, dans la foulée de l’adoption du second projet de règlement, qui doit avoir lieu lors de la séance ordinaire du conseil du 2 novembre. L’adoption finale, si les conditions pour la tenue d’un registre ne sont pas remplies d’ici au 20 novembre, est prévue durant la séance du conseil du 7 décembre.

On voit ici la carte montrant la zone qui sera agrandie pour inclure l’usine.

Lundi, des équipes étaient à pied d’oeuvre sur le site projeté pour l’usine. Un «manque de respect» au processus démocratique en cours, a clamé M. Blanchette. «On est en pleine consultation, mais les travaux commencent. C’est évident que les membres du conseil municipal ont fait leur nid», a-t-il imagé.

Selon le directeur des stratégies de développement chez Bähler, il s’agit de carottage. «On teste le terrain pour voir ce que l’on a en sous-couche pour déterminer à quel point on peut creuser avant de toucher le roc, a mentionné M. Pilon. On a une préoccupation majeure pour enfouir [en partie] les réservoirs dans le sol.»