Le président de l'Association des microbiologistes du Québec, Patrick Paquette.

Légionellose: le président de l'AMQ veut agir en amont

L'éclosion de cas de légionellose dans la région aurait potentiellement pu être évitée. C'est du moins ce qu'a indiqué à La Voix de l'Est le président de l'Association des microbiologistes du Québec (AMQ), Patrick Paquette.
« Actuellement, on fait appel aux microbiologistes quand on a un problème [...] quand les gens sont malades et que l'on est en situation de crise. Mais on ne peut pas agir en amont, en prévention. C'est un non-sens », a déploré en entrevue le spécialiste.
Selon Patrick Paquette, les normes actuelles ne protègent pas adéquatement le public, rien de moins. En fait, la réglementation de la Régie du bâtiment du Québec concernant l'entretien des tours de refroidissement prévoit que seuls des spécialistes membres d'un ordre professionnel peuvent accomplir ces tâches, soit principalement lors des inspections. Celles-ci sont effectuées majoritairement, soutient le président de l'AMQ, par des ingénieurs, des chimistes et des technologues professionnels. « Je ne peux pas me substituer au travail de l'ingénieur dans la tour de refroidissement. Même chose pour le chimiste. Mais il y a une chaise vacante autour de la table et ce sont les microbiologistes. Il faut que les choses changent. »
Sans être en mesure de faire une corrélation directe avec la propagation des cas de maladie du légionnaire dans la région, M. Paquette estime que cette réalité est à tout le moins « inquiétante ».
Rappelons que depuis la mi-juin, sept cas de légionellose ont été déclarés à Granby. Un huitième n'a pu être formellement confirmé, mais demeure suspect. Or, cette maladie microbienne s'attaquant aux poumons provoquée par la bactérie legionella, qui se transmet par l'aspiration de gouttelettes d'eau la contenant, touche en moyenne une à deux personnes durant la saison estivale en Estrie. 
Enquête
Au cours des dernières semaines, la Direction de la Santé publique (DSP) a remué bien des pierres pour tenter d'élucider cet épineux dossier. Les domiciles des personnes infectées ont été passés au peigne fin, en vain. Idem en ce qui concerne les tours de refroidissement, qui ne doivent pas dépasser le seuil critique d'un million de légionelles par litre d'eau. Selon les informations de la DSP, une douzaine d'immeubles à Granby sont dotés de tels équipements à déclaration obligatoire, notamment afin d'en contrôler l'entretien périodique via un registre. La moitié d'entre eux sont situés dans le segment ciblé pour approfondir l'enquête sur le terrain, soit dans le tronçon de la rue Principale entre les rues Simonds et Mountain. « Plusieurs tours de refroidissement ont été "investiguées" cette semaine et nous sommes en attente des résultats des cultures, qui devraient être disponibles en début de semaine prochaine », a indiqué Dre Généreux.
De son côté, le président de l'AMQ ne remet pas en question le travail sur le terrain effectué par les équipes de la DSP. « Actuellement, dans la portion enquête, les microbiologistes sont présents, a-t-il dit. Alors, ça ne nous inquiète pas. »
Il a néanmoins réitéré que la prévention demeure le meilleur moyen d'éviter une telle éclosion de légionellose. « Dans la situation actuelle à Granby, on arrive avec des gens malades et ensuite, on part à la Indiana Jones à la recherche de la source de contamination. Mais malgré l'enquête, on n'a pas la garantie qu'on va trouver la source. [...] La légionelle est une bactérie qui a plusieurs façons de se cacher. »