François Legault s’inquiète de voir le vilain virus créer une fracture entre Montréal et les régions.
François Legault s’inquiète de voir le vilain virus créer une fracture entre Montréal et les régions.

Legault craint la «chicane» entre Montréal et le reste du Québec; plus de 3000 morts [VIDÉO]

Alors que le Québec franchit le cap des 3000 morts liées à la COVID-19, «la courbe de décès a déjà une tendance à la baisse», rassure Horacio Arruda. François Legault s’inquiète pour sa part de voir le vilain virus créer une fracture entre Montréal et les régions.

Le Québec a franchi la barre des 3000 décès causés par la maladie à coronavirus, lundi, avec 3013. Cela équivaut à plus de 1 % des quelque 285 000 décès déclarés dans le monde depuis le début de la pandémie, selon le site de l’université américaine Johns Hopkins, en date de lundi en fin de journée.

Lundi, le premier ministre Legault a encore tenté d’expliquer pourquoi plus de gens meurent de la COVID-19 au Québec qu’ailleurs. Depuis son dernier point de presse, le bilan avait eu le temps de se gonfler de 382 décès en quatre jours, soit 95 ou 96 morts au quotidien.

La semaine de relâche au mauvais moment, puis les CHSLD «mal préparés». Enfin, la façon de compter.

Alors que le Québec inclut autant les cas probables que les cas confirmés de décès à cause de la COVID-19, il n’en serait pas ainsi partout, insiste le premier ministre. Grâce à sa méthode exemplaire, quand tous les calculs seront faits, le Québec ne paraîtra pas aussi mal qu’en ce moment, croit-il.

Et des 85 décès déclarés de dimanche à lundi, seulement une petite part a trépassé durant ces 24 heures. Les autres remontent au début du mois, jusqu’en avril et même mars, explique le Dr Arruda, graphique à l’appui.

Selon cette logique, il reste raisonnable de croire que plusieurs morts survenues les 10 et 11 mai ne seront en réalité aussi déclarées que plus tard. Ce qui revient en quelque sorte au même.

«On est un peuple»

De ces 85 personnes ayant succombé à la COVID-19, M. Legault a souligné que 82 habitaient la grande région de Montréal. «On voit vraiment que d’un côté, la situation est très difficile, de l’autre côté, la situation est plus facile», répète-t-il.

La rhétorique des «deux mondes» qu’il a lui-même instaurée d’abord entre les CHSLD et le reste de la communauté, mais ensuite entre Montréal et le reste du Québec, crée un certain clivages qu’il souhaite éviter.

Alors que les garderies, écoles primaires et commerces au détail situés à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) ont rouvert leurs portes ce lundi, cette étape de déconfinement ne surviendra pas dans la CMM avant deux autres semaines au minimum. Et ce si, et seulement si, la situation s’améliore d’ici là.

«Des gens qui n’habitent pas dans le Grand Montréal ont peur que des gens de Montréal descendent dans leur région. D’abord, si on reste à deux mètres, il n’y a pas de danger que quelqu’un de Montréal vienne infecter. S’il y a trop de mouvements puis il y a trop de gens de Montréal qui vont dans les régions, on n’hésitera pas, avec le DArruda, à mettre des consignes pour empêcher ces mouvements-là, affirme M. Legault.

«Mais franchement, je ne veux pas que les Québécois commencent à se chicaner puis à se diviser entre Montréal puis le reste du Québec. On est tous ensemble dans le même bateau. On doit tous se serrer les coudes — à deux mètres — tous les Québécois ensemble, en appelle-t-il à la solidarité.

«Avec le tourisme international qui va baisser beaucoup dans les prochaines années, j’espère que les gens de Montréal vont être bienvenus en Gaspésie, dans les Laurentides, en Estrie, tout en maintenant des consignes comme la distance de deux mètres. On est un peuple», a poursuivi le premier ministre.

Pas obligatoire de prendre la température

Le bilan du jour fait aussi état de 748 nouveaux cas à travers le Québec. La stratégie de dépistage prend du retard sur l’objectif des 14 000 tests par jour visés depuis vendredi. On en serait à 10 000.

Certaines écoles privées ont saisi le taureau par les cornes en prenant la température frontale (sans contact) de leurs élèves lors de la rentrée de lundi matin. Mesure non nécessaire aux yeux du Dr Arruda.

«Quelqu’un peut être complètement asymptomatique puis on le sait qu’il pourrait être porteur. Donc, la prise de température n’est pas quelque chose qui est absolument recommandé», confirme le directeur national de santé publique.


« Mais franchement, je ne veux pas que les Québécois commencent à se chicaner puis à se diviser entre Montréal puis le reste du Québec. On est tous ensemble dans le même bateau. On doit tous se serrer les coudes — à deux mètres — tous les Québécois ensemble »
Le premier ministre François Legault

Des 38 469 cas déclarés au Québec depuis le 27 février, 25 753 sont toujours considérés comme actifs et 9703 comme guéris.

Le nombre d’hospitalisations, 1838, connaît une très faible hausse de sept et on comptait six de malades de la COVID-19 de moins que la veille dans nos unités de soins intensifs, 193.

«Personne de plus inquiet» pour Montréal

MM. Legault et Arruda ont dû se défendre à la lumière de projections publiées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), vendredi en fin de journée. On y apprend que la région de Montréal pourrait voir jusqu’à 150 citoyens périr chaque jour en juillet advenant un déconfinement immédiat. Ce qui n’est pas le cas.

«Le scénario qui a été déposé par l’INSPQ n’arrivera jamais. Il n’arrivera pas parce qu’on a décidé de ne pas rouvrir les commerces puis les écoles. Puis on ne les rouvrira pas, le 25 mai, si la situation est comme ça. Donc, le scénario, c’est un scénario hypothétique. C’est une affaire qui n’arrivera jamais», a repoussé M. Legault.

Jusqu’au premier ministre canadien Justin Trudeau, qui y est député, tout le monde émet des inquiétudes sur la situation à Montréal. La métropole québécoise s’avère l’épicentre de l’épidémie au Canada avec ses 19 492 cas confirmés (51 % du Québec) et 1919 décès déclarés (64 %), même si la population de l’île de représente que 24 % de celle du Québec.

«Je tiens à dire que personne n’est plus inquiet que moi à propos de la situation de Montréal», indique M. Legault. Mais «je suis confiant que, dans les prochaines semaines — est-ce que ça va être une, deux, trois, quatre, cinq semaines? —, la situation va s’améliorer, que ça va bien aller, et éventuellement à Montréal.»