«C’est une autre victime de la COVID-19», dit le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe.
«C’est une autre victime de la COVID-19», dit le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe.

L’école Saint-Édouard largue le PEI

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Après des années d’hésitation, l’école primaire Saint-Édouard, à Lac-Brome, abandonne l’enseignement du Programme d’éducation intermédiaire (PEI) du baccalauréat international, en place depuis six ans. L’établissement du chemin Knowlton est retourné à l’enseignement régulier le 13 mai.

La veille, les membres du conseil d’établissement votaient virtuellement et à l’unanimité de laisser tomber le PEI compte tenu de la situation actuelle liée à la COVID-19 et des difficultés de respecter toutes les exigences liées à ce programme coûteux et exigeant.

«On a fait la démonstration que d’autres pratiques seraient mieux pour les élèves, indique une enseignante de l’école ayant requis l’anonymat. Le PEI, c’était une vieille méthode, pas dynamique.»

«Pas une option gagnante»

Ce programme «ne colle pas beaucoup aux nouvelles façons d’enseigner, soit l’enseignement explicite» qui fait la part belle aux mises en situation, à la modélisation et à l’accompagnement, ajoute-t-elle.

Il privilégie davantage la recherche personnelle et l’apprentissage par modules, ce qui «n’était pas une option gagnante».

Ses enseignants ont aussi besoin de plus de préparation et de suivre de fréquentes formations «qu’on n’a pas le temps de faire et qui n’ont pas nécessairement de lien avec le PEI». Par conséquent, l’école connaissait un grand roulement de personnel.

Et surtout, le PEI exigeait des frais de 200 $ par année par élève (maximum de 400 $ par famille), une contribution devenue volontaire en 2019, Québec ayant interdit aux écoles de demander des frais supplémentaires pour des programmes spéciaux.

Résultat: seuls 52 % des parents payaient ces frais et le reste était comblé par des collectes de fonds laborieuses et peu fructueuses. Le coût de maintien du PEI est de 55 000 $ par année.

«Chaque année, on grattait nos sous», dit l’enseignante interrogée.

Autres obstacles

De plus, les directives de distanciation en temps de pandémie empêchaient le travail d’équipe et la fermeture de la bibliothèque et du laboratoire informatique limitaient les capacités de recherche. Sans compter qu’en date du 11 mai, à peine 39 % des élèves de Saint-Édouard sont retournés en classe.

Une lettre explicative a été envoyée aux parents quant au retrait du PEI. Seule une minorité est en désaccord, dit l’enseignante.

Le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe, dit être «déçu», mais reconnaît que le PEI était «lourd» pour le personnel et les élèves, dont plusieurs ont l’anglais comme langue maternelle.

«C’est une autre victime de la COVID-19», illustre-t-il. «Tout le monde a essayé de faire marcher ce programme, mais j’imagine que ça ne pouvait pas fonctionner [«I guess it was never meant to be»]. C’est dommage parce que les parents, les élèves et les professeurs ont travaillé fort depuis plusieurs années. Mais on ne peut pas forcer les choses. Chaque année, il y avait des problèmes.»

M. Burcombe ne croit pas que Lac-Brome perdra en attractivité. «Les gens ne viennent pas s’installer ici que pour une chose», dit-il.

Matières de base

L’enseignante interrogée par La Voix de l’Est estime qu’un programme régulier et bonifié à sa façon par l’équipe de Saint-Édouard saura mieux répondre aux besoins des enfants.

Il permettra de passer plus de temps sur les matières de base comme le français et les mathématiques, dont l’apprentissage était rogné par les exigences du PEI et occasionnait des retards chez certains élèves. Les cours d’espagnol, qui pourront se donner en activité parascolaire, seront remplacées par de l’art dramatique.

L’équipe-école songe également à adhérer également à une orientation appelée Santé globale et qui mettra l’accent sur la santé physique et émotionnelle. «Mais on veut se former et se concerter avant», dit l’enseignante.

«Le personnel enseignant est très motivé et ça va être super intéressant pour les enfants.» Près de 165 élèves sont inscrits à Saint-Édouard en vue de la prochaine année scolaire.