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Il faut suivre l’intérêt de l’enfant, son rythme, dit Eve Denis, qui fait l’école à la maison depuis septembre à sa fille Kim-Love. «C’est ça la clé.»
Il faut suivre l’intérêt de l’enfant, son rythme, dit Eve Denis, qui fait l’école à la maison depuis septembre à sa fille Kim-Love. «C’est ça la clé.»

L’école à la maison gagne en popularité

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
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S’il y a une vague dont on entend moins parler, c’est celle de la hausse fulgurante du nombre de parents ayant choisi de faire l’école à la maison pour leurs enfants.

Peur du virus, malaise avec le port du masque à l’école, trop de difficultés ou encore trop de facilité en classe: les raisons sont nombreuses, indique Eve Denis, représentante de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) dans Brome-Missisquoi et la Haute-Yamaska.

Sans oublier les parents qui se déplacent souvent ou privilégient une éducation différente, davantage axée sur l’apprentissage libre, ajoute-t-elle.

Quelles que soient les raisons, les chiffres sont éloquents. En date de mars, 13 615 enfants étaient déclarés en enseignement à la maison au Québec, soit plus du double de l’année scolaire précédente, alors qu’ils étaient 5964.

«Le contexte de pandémie n’est pas étranger à la hausse des demandes observée cette année», indique Bryan St-Louis, responsable des relations de presse à la direction des communications du ministère de l’Éducation.

Le phénomène s’observe aussi au centre de services scolaire du Val-des-Cerfs, basé à Granby. Il compte présentement 196 élèves, niveaux primaire et secondaire confondus, qui font l’école à la maison comparativement à 66 à la fin de l’année scolaire 2019-2020.

«Mais les chiffres bougent tout au long de l’année», souligne la coordonnatrice aux communications Paméla Blouin.

Eve Denis a commencé en septembre dernier à faire l’école à la maison à sa fille Kim-Love, six ans. Elle voulait «une continuité avec l’éducation qu’on lui donne depuis qu’elle est née, qu’elle prenne le temps de vivre son enfance, la voir grandir et être entourée de personnes significatives pour elle et que son éducation reflète les valeurs que l’on veut voir grandir en elle».

La pandémie et l’accroissement du télétravail se prêtent bien à ce choix accessible à tous, dit Mme Denis qui, tout comme son conjoint, est travailleuse autonome. Mais il exige une certaine disponibilité. «Deux parents qui travaillent 40 heures par semaine peuvent difficilement faire l’école à la maison», dit-elle.

Mais l’horaire est plus souple et si l’enfant fait deux heures par jour de travail scolaire, cela équivaut ou même dépasse le temps qu’il consacre à des travaux en classe ordinaire, estime Mme Denis.

Impulsion

Pour beaucoup de parents, la pandémie a donné l’impulsion nécessaire pour faire le saut d’une éducation classique à celle à la maison, dit la représentante de l’AQED. L’organisme a été submergé de demandes d’informations cette année, mais il ne s’en plaint pas.

«C’est une belle réflexion à faire comme société. Est-ce que je peux travailler moins pour faire l’école à la maison à mes enfants? Ça ouvre la porte à repenser nos façons de faire.»

Les parents ont toutefois plusieurs barèmes et demandes imposées par le ministère de l’Éducation, notamment le respect du programme scolaire et l’obligation de se soumettre un projet d’apprentissage et de répondre à des évaluations de fin de cycle, comme être capable de lire un texte et de le comprendre.

Ces exigences ont été resserrées il y a deux ans afin de contrer le phénomène des écoles illégales. Sur demande, un centre de services scolaire peut également fournir du matériel scolaire s’il est disponible.

Une bureaucratie qui peut en freiner certains, tout comme la crainte que son enfant ne socialise pas suffisamment, dit Mme Denis. La représentante précise cependant que durant une année normale, l’AQED propose, en plus d’un soutien logistique et juridique, des activités et sorties de groupe à ses membres.

«La socialisation des enfants à la maison a été un gros défi cette année. On n’a pu rien faire, sauf aller jouer dans un parc... Mais ça se fait très bien en temps normal.»

L’est de la Montérégie peut aussi compter sur trois centres d’apprentissage (à Saint-Alphonse-de-Granby, Dunham et Farnham) tenus par des parents adeptes de l’école à la maison et où l’enfant a accès à du matériel d’apprentissage. Une sorte de «service de garde» qui donne un répit aux parents éducateurs.

Aux parents qui hésitent, Eve Denis recommande «d’écouter son enfant». «Il faut suivre son intérêt, son rythme, dit-elle. C’est ça la clé.»