L’expression « ça prend un village pour élever un enfant » prend tout son sens pour le Collectif Espaces. En plein développement, cet écohameau est un milieu de vie où fleurissent les écosystèmes, la bienveillance, l’entraide et la permaculture.Mise sur pied en 2015 par Nicolas Van Caloen, Mycotrophe est une ferme de champignons, dont la culture va de pair avec les objectifs du écohameau.
L’expression « ça prend un village pour élever un enfant » prend tout son sens pour le Collectif Espaces. En plein développement, cet écohameau est un milieu de vie où fleurissent les écosystèmes, la bienveillance, l’entraide et la permaculture.Mise sur pied en 2015 par Nicolas Van Caloen, Mycotrophe est une ferme de champignons, dont la culture va de pair avec les objectifs du écohameau.

L'écohameau de tous les possibles

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
L’expression « ça prend un village pour élever un enfant » prend tout son sens pour le Collectif Espaces. En plein développement, cet écohameau est un milieu de vie où fleurissent les écosystèmes, la bienveillance, l’entraide et la permaculture.

Constitué de 10 membres adultes et 9 enfants, le Collectif Espaces, établi à Frelighsburg, a été fondé il y a environ sept ans et prône des valeurs telles que le respect de la nature, le développement durable, l’esprit collectif, l’économie solidaire et l’accessibilité à la terre.

« On réfléchit au projet depuis 2006, lance un des membres fondateurs, Nicolas Van Caloen. On voit que dans notre mode de vie conventionnel de société, en ce moment, il y a un gros manque au niveau de l’intégration des écosystèmes et de l’écologie. La mise sur pied d’un écovillage nous permet de développer un mode de vie qui soit à la fois une richesse collective et une richesse écologique. On peut vivre autrement, avec de la résilience et de l’entraide. »

« La mise sur pied d’un écovillage nous permet de développer un mode de vie qui soit à la fois une richesse collective et une richesse écologique », dit Nicolas­ Van Caloen, un des membres fondateurs du écohameau Collectif Espaces.

Terrains communs et espaces individuels

Ce dernier précise : ce lieu n’est pas une commune ni un endroit ayant des objectifs spirituels ou sectaires. « Ce qui nous rejoint, c’est des objectifs de développement durable. »

« On a chacun nos maisons, notre espace, ajoute Amélie Geoffroy, membre du Collectif Espaces depuis trois ans, qui sera la prochaine à construire sa maison sur son terrain, qui comporte déjà un atelier d’ébénisterie en construction où travaillera son conjoint, Martin Richard. C’est important pour nous d’avoir chacun un espace individuel, mais aussi, d’avoir des espaces collectifs, des terrains qu’on se partage. »

En plus de l’atelier, sur les 150 acres du site du Collectif, on retrouve à la fois un marais protégé où se développeront des sentiers pédestres, un grand potager commun, cinq projets de maisons, dont une déjà construite, et les installations de la champignonnière de Nicolas Van Caloen, Mycotrophe.

Mise sur pied en 2015, Mycotrophe est une ferme de champignons, dont la culture va de pair avec les objectifs du écohameau, et qui comprend trois volets, explique M. Van Caloen, soit la production de champignons gourmets, la production de champignons médicinaux et la mycotechnologie, c’est-à-dire l’utilisation des champignons comme innovation technologique, par exemple pour décontaminer les sols.

« On veut développer le volet de la recherche. Cette forme de décontamination est moins chère, écologique, efficace et a été démontrée par la science », rapporte-t-il, en nommant en référence notamment les ouvrages de Paul Stamets.

Constitué de 10 membres adultes et 9 enfants, le Collectif Espaces, établi à Frelighsburg, a été fondé il y a environ 7 ans, et prône des valeurs telles que le respect de la nature, le développement durable, l’esprit collectif, l’économie solidaire et l’accessibilité à la terre

Ressources collectives

En plus de la terre, dont ils sont copropriétaires, les membres du collectif se partagent un tracteur, qu’ils peuvent tous utiliser. « C’est pratique, et franchement, je ne me serais jamais acheté un tracteur pour moi toute seule, souligne Amélie. De l’avoir en commun, comme ressource, ça nous rend résilient et autonome à long terme. »

« 150 acres, on n’aurait jamais pu se payer ça chacun individuellement, renchérit Nicolas. Mais ensemble, ça devient accessible. Ce sont des stratégies économiques pour créer un patrimoine. »

De plus, poursuit-il, c’est très difficile aujourd’hui pour une jeune famille d’acquérir une terre et de s’installer en région, où « plus rien n’est accessible, où les propriétés ont des prix exorbitants et servent de chalets qui ne sont au final habités que la fin de semaine ». L’écohameau demeure ainsi un moyen de garder les jeunes adultes dans les villages et les campagnes.

Devant l’engouement et la « mode » du retour à la terre amené par la pandémie, Nicolas réitère l’importance du commerce local et louange l’idée un mode de vie plus sain, lié aux écosystèmes et aux communautés. « Le commerce international est nécessaire, mais si on [ne se fie qu’à ça], on devient dépendant d’un macro-système qui peut s’écrouler. D’où la nécessité d’avoir une production locale, autant au niveau alimentaire qu’au niveau des matériaux par exemple, et ne plus être à la merci des événements. »

Partage de savoirs

Partir un écohameau, ça ne prend pas juste une gang d’amis qui achètent une terre, indique Amélie Goeffroy. En fait, pour elle, ça a plutôt été le contraire : « C’est comme si ce sont nos valeurs qui nous ont rapprochés et réunis dans ce projet, qui nous ont amenés à travailler tous ensemble et à devenir amis. »

La jeune trentenaire n’avait d’ailleurs jamais bûché et déboisé une forêt avant qu’elle et les autres membres du collectif ne se mettent à la tâche de créer le chemin du hameau. « On est tellement habitué de se faire dire “toi t’es pas sportive, pas manuelle” qu’on finit par le croire. Je trouve ça beau que tout le monde ici a des compétences variées et qu’on puisse s’entraider et s’apprendre des choses. Je n’avais jamais travaillé physiquement comme ça dans le bois avant, mais j’étais fière de moi et des notions que j’ai apprises. »

Au niveau municipal, l’écohameau a rencontré quelques embuches, relate Mme Geoffroy, puisque ce projet est « différent, étiqueté comme “bizarre” et que, parfois, ça peut soulever des inquiétudes. Mais aujourd’hui, ça va, on a toutes les autorisations, et ils voient qu’on est sérieux et qu’on fait ce qu’ils nous demandent. »

Toujours en développement, le Collectif Espaces souhaite, après s’être établi et avoir construit les cinq maisons écologiques, organiser des activités collectives d’éducation et de transmission des savoirs, et partager ses expériences avec les personnes qui ont à cœur le respect de la nature et qui souhaitent avoir un mode de vie intrinsèquement lié à la terre.

« Quand on prend soin de la nature, ça finit par te revenir, dit Amélie. En vivant dans un milieu bienveillant, tu te sens bien, en harmonie, et tu es bienveillant avec toi-même. C’est un cycle. Une force. »

Afin d’en apprendre davantage sur l’écohameau et ses membres, visitez le site Web collectifespaces.com.

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UNE AUTOGESTION BIENVEILLANTE

Le Collectif Espaces fonctionne par autogestion, un peu à la manière d’une gestion de condo, non pas dans une optique lucrative, mais plutôt dans une optique d’accès à la terre, et dont les valeurs reposent sur la protection des écosystèmes. « C’est comme si tu choisissais les gens avec qui tu veux être dans ton milieu de vie, mentionne Amélie Geoffroy. Tu veux que ce soit ton voisin, mais aussi, tu veux faire des activités avec lui et partager des connaissances. » 

Les enfants qui y vivent se sont aussi approprié la terre, et même « jouent à la réunion », dit Amélie, qui raconte qu’une fois, les enfants s’étaient fabriqué des « ordres du jour sur des petits papiers » et qu’ils avaient « des points à amener ». 

L’autogestion de l’écohameau demande également beaucoup de temps. Chaque membre doit s’engager à effectuer cinq heures par semaine pour le collectif. « On a tous des expertises, des spécialités différentes, et on les met à profit pour le bien de tous. » Les membres se rencontrent aux deux semaines ou chaque mois et des comités ont été créés, par exemple en communication et en comptabilité.