Les terres agricoles au Vermont sont saturées de phosphore. Le surplus annuel est de 454 tonnes dans le comté de Franklin, qui se trouve dans le bassin versant de la baie Missisquoi

Le Vermont saturé de phosphore

Les producteurs agricoles au Vermont importent plus de phosphore contenu dans des engrais et dans la nourriture pour leur bétail que leurs terres sont capables d’en absorber, révèle une étude de l’Université du Vermont. Le ruissellement fait que les lacs Champlain et Memphrémagog en sont directement affectés, entre autres par des éclosions d’algues bleues.

Le surplus de phosphore gonfle de 1500 tonnes par année et atteint maintenant 240 000 tonnes dans les terres agricoles du Vermont utilisées en grande partie par des exploitations laitières et bovines, selon les données de l’étude dévoilée la semaine dernière. « Ce n’est pas nécessairement mauvais d’être en surplus de phosphore. Plusieurs terres agricoles le sont. Mais que le surplus soit si élevé et qu’il perdure depuis aussi longtemps, c’est très surprenant », fait remarquer Michael Wironen, le chercheur principal de l’étude rattaché au Gund Institute for Environment de l’Université du Vermont.

Des trois comtés agricoles problématiques, deux sont dans les bassins versants de la baie Missisquoi et du lac Memphrémagog, soit les comtés de Franklin et d’Orleans, note l’étude. Les surplus annuels de phosphore atteignent respectivement 454 et 285 tonnes. Malgré les efforts pour réduire l’utilisation de phosphore à la ferme, les surplus persistent, déplore l’universitaire.

Les autorités doivent s’attaquer à ce déséquilibre, pense M. Wironen. « Si nous ne faisons pas d’efforts pour réduire les engrais, nous allons continuer d’augmenter le phosphore dans les sols et augmenter les risques qu’il ruisselle dans nos lacs et rivières », a-t-il dit mercredi en entrevue.

Pour y arriver, M. Wironen suggère au département de l’Agriculture d’améliorer ses données sur les productions agricoles. D’abord, en obtenant les bilans de phosphore des producteurs, puis en recensant les ventes et achats d’engrais et de nourriture pour le bétail. L’analyse de ces informations permettra aux chercheurs de cibler avec encore plus de précision quelles terres sont en surplus de phosphore. Des incitatifs financiers pourraient alors être offerts aux producteurs concernés afin qu’ils revoient leurs opérations, notamment une meilleure analyse des besoins en phosphore de leurs animaux, la gestion de leur fumier ou même la réduction de la grosseur de leur cheptel, donne-t-il en exemple.

Plusieurs producteurs agricoles achètent la nourriture de leurs animaux au Québec, indique M. Wironen. « Peut-être devrait-on exporter une partie de notre fumier au Québec pour équilibrer tout ça », indique-t-il.

Les données de l’étude ont causé un choc dans les officines du Vermont Agency of Natural Resources (ANR), le ministère responsable des questions environnementales de l’État. « On importe trop de phosphore et nos terres ne peuvent pas en prendre plus. Ce n’est pas soutenable », soutient Julie Moore, la patronne du ANR du Vermont. « Non seulement ce n’est pas bon pour notre agriculture, mais le surplus entre dans le sol et finit par atteindre nos cours d’eau », a-t-elle expliqué mardi à La Voix de l’Est en marge de la rencontre du comité Steering du Lake Champlain Bassin Program à Burlington.

Pratiques agricoles
Des changements de pratiques agricoles doivent être faits pour réduire la quantité de phosphore utilisé, dit Mme Moore. Et des investissements doivent être effectués pour réduire les risques de ruissellement sur les fermes, a-t-elle ajouté. « C’est ce dont nous avons besoin pour protéger nos cours d’eau. »

Ces données sur la saturation des terres agricoles du Vermont en phosphore interpellent le Québec. La province et le Vermont discutent depuis plusieurs mois du renouvellement de leur entente sur la réduction du phosphore dans la baie Missisquoi. L’entente est échue depuis le 31 décembre 2016.

Mme Moore entend discuter prochainement de ces enjeux avec la ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon. Une rencontre est prévue en juin. « Il faut que le Vermont et le Québec continuent de tisser des liens pour protéger les deux lacs que nos partageons. »