Le manque criant de travailleurs se reflète sur la formation postsecondaire dans la région. Plusieurs candidats abandonnent­ ou repoussent la poursuite de leurs études pour occuper un emploi à temps plein.

Le travail qui coiffe les études, un effet pervers du plein emploi

Le manque criant de travailleurs se reflète sur la formation postsecondaire dans la région. Plusieurs candidats abandonnent ou repoussent la poursuite de leurs études pour occuper un emploi à temps plein, ont remarqué plusieurs intervenants.

Tant au Centre régional intégré de formation (CRIF), à Granby, qu’au Campus Brome-Missisquoi (CBM) de Cowansville, on a remarqué une diminution du nombre d’inscriptions, notamment en raison du plein emploi et du manque de travailleurs qui en résulte.

« Évidemment, on voit un impact au niveau des inscriptions, confirme Denis Ménard, directeur au CRIF. On sent que des gens abandonnent parce qu’ils sont sollicités pour travailler, ou bien ils ne reviennent pas sur les bancs d’école après un stage. Auparavant, dans certains secteurs d’emploi, les entreprises embauchaient les gens qui avaient une formation alors que maintenant, leurs besoins sont si grands qu’ils préfèrent les former sur place. »

« Il n’y a pas de statistiques formelles, mais c’est certain qu’on vit cette problématique, indique Philippe Conn, directeur général adjoint au CBM. C’est connu que le phénomène du plein emploi vient jouer contre nous. Règle générale, les gens retournent sur le marché du travail lorsqu’il y a beaucoup d’emplois disponibles et reviennent poursuivre leurs études lorsqu’ils perdent leur emploi. »

Du côté du Centre jeunesse-emploi (CJE) des Cantons-de-l’Est, on indique être sollicité par des entreprises afin de les aider à recruter des candidats. « On commence à recevoir beaucoup d’appels d’employeurs qui nous demandent de leur recommander des jeunes, explique Pascale Robidoux, coordonnatrice des services pour l’organisme. Mais nous ne sommes pas une agence de placement. »

Par les temps qui courent, il est de plus en plus fréquent qu’un candidat se tourne vers une formation en milieu de travail plutôt que de retourner sur les bancs d’école, poursuit-elle.

Le phénomène touche moins les étudiants inscrits à une formation technique ou préuniversitaire au Cégep de Granby, mais est clairement visible dans le nombre d’inscriptions à une attestation d’études collégiales (AEC).

Report de cohortes

Si le phénomène touche moins les étudiants inscrits à une formation technique ou préuniversitaire au Cégep de Granby, il serait clairement visible dans le nombre d’inscriptions à une attestation d’études collégiales (AEC).

« On le sent depuis quelque temps, c’est plus difficile de partir un groupe. C’est quelque chose qu’on n’observait pas avant, affirme Vincent Larose, directeur des études au Cégep de Granby. En conséquence, le début des cohortes est reporté, parce qu’il n’y a pas assez d’inscriptions. »

M. Larose attribue le tout au fait que, contrairement aux autres types de formation, les AEC sont surtout prisées d’une clientèle adulte. « Ce sont des gens qui, souvent, ont des responsabilités financières, voire des personnes à charge. Si ces gens trouvent un emploi, ils peuvent repousser leur idée de suivre leur formation », croit-il.

S’ils ne délaissent pas complètement leurs études, les étudiants inscrits à la formation régulière accordent eux aussi une plus grande place à leur emploi qu’auparavant. « On remarque qu’ils prennent moins de cours par session pour pouvoir travailler un plus grand nombre d’heures, relate M. Larose. Ça a pour effet de prolonger leur cheminement [scolaire]. »

Des formations hybrides

Un partenariat entre entreprises et centres de formation représente la solution gagnante tant pour les premiers que pour les seconds. « On peut adapter la formation pour tenir compte de leurs besoins et en assurer la qualité », relève M. Conn.

« L’idéal est de travailler de concert avec les entreprises pour leur permettre de combler leurs besoins en main-d’œuvre tout en formant adéquatement les candidats », renchérit Denis Ménard.

Tant au Centre régional intégré de formation (CRIF), à Granby, qu’au Campus Brome-Missisquoi (CBM) de Cowansville, on a remarqué une diminution du nombre d’inscriptions, notamment en raison du plein-emploi et du manque de travailleurs qui en résulte.

La création de programmes de formation hybrides permet aussi de répondre aux besoins de la clientèle étudiante.

« Pour tirer notre épingle du jeu, on a enligné nos programmes et nos parcours sur la réalité d’aujourd’hui », indique M. Conn, faisant notamment référence à la concomitance, où le CBM recrute une clientèle plus jeune qui, en plus de manifester un intérêt envers la formation professionnelle, n’a pas obtenu tous ses crédits de formation secondaire.

De plus, le Campus Brome-Missisquoi mettra bientôt sur pied ce que M. Conn appelle de la « formation duale », qui combine de la formation en classe et des immersions de travail en entreprise à parts égales. « De cette manière, les étudiants peuvent poursuivre leur formation tout en allant chercher de la rémunération », explique-t-il.

Idem du côté du CRIF, qui offrira cette possibilité dans un cours d’usinage, notamment.

L’importance de la polyvalence

Interrogés alors que débutent les Journées de la persévérance scolaire, les intervenants émettent toutefois des réserves face aux conséquences de ne pas compléter une formation. « La réussite scolaire, c’est l’affaire de la communauté; les employeurs doivent être sensibles à ne pas compromettre le parcours d’un étudiant, croit M. Larose. Peut-être à court terme, c’est plus intéressant pour l’employeur, mais avoir un employé formé et qualifié est plus avantageux en bout de ligne. »

« La formation en entreprise n’a pas la même valeur que celle que prodigue un centre de formation professionnelle, fait valoir M. Conn. La première est axée sur les besoins spécifiques et précis de la compagnie, alors que la seconde est plus globale et complète. »

Des propos qui trouvent écho chez Denis Ménard. « Notre mission, comme centre de formation professionnelle, est de développer l’employabilité des gens. Sans la polyvalence offerte par une formation reconnue, il est plus difficile de trouver un emploi ailleurs en cas de fermeture ou de licenciement. C’est aussi préoccupant pour la littéracie des gens », souligne-t-il pour sa part.