Pour aller faire du kayak, de la randonnée ou encore des visites culturelles avec la clientèle de Pleins Rayons, Stephan Marcoux et son équipe souhaitent acquérir un minibus. Une campagne de sociofinancement a été lancée pour y arriver.
Pour aller faire du kayak, de la randonnée ou encore des visites culturelles avec la clientèle de Pleins Rayons, Stephan Marcoux et son équipe souhaitent acquérir un minibus. Une campagne de sociofinancement a été lancée pour y arriver.

Le sport et l’art pour inclure les personnes déficientes intellectuelles et autistes

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Le cerveau de Stephan Marcoux n’arrête jamais. Le fondateur de Pleins Rayons est toujours à la recherche de nouveaux projets pour favoriser l’inclusion sociale des adultes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Et il n’a pas lésiné ces dernières semaines pour développer un nouveau programme pour eux.

Cette fois-ci, il sort du cadre socioprofessionnel de l’organisme qu’il a fondé pour offrir des activités sportives, culturelles et même entrepreneuriales à ces jeunes adultes.

Ce nouveau programme, qui se déroule les vendredis, vise à développer les habiletés sociales de la clientèle de l’organisme.

« Plus on voit les gens en situation de handicap dans la communauté, plus qu’on voit éventuellement qu’ils ont leur place, souligne M. Marcoux. J’ai développé un nouveau curriculum. Le but de tout ça est de développer d’autres habiletés et d’être exposé à de nouvelles choses, comme des visites culturelles. »


« La confiance qu’ils gagnent à travers ça, c’est transposable dans la vraie vie. »
Stephan Marcoux, fondateur de Pleins Rayons

Un premier volet concerne le sport, la mise en forme et le plein air. Ce vendredi, par exemple, une vingtaine de jeunes adultes iront faire un cours de karaté. « Peut-être qu’il y en aura deux ou trois qui vont accrocher et suivre des cours. Ils peuvent le faire avec des groupes neurotypiques et ça a un effet de sensibilisation et d’inclusion. C’est ça que j’essaie de promouvoir. »

La marche en ville, le kayak, la pêche ou la randonnée sont d’autres exemples d’activités de plein air et de sports qu’organise Pleins Rayons pour ses usagers.

Stephan Marcoux, fondateur de l'organisme, lors d'une sortie au Mont Sutton avec l'organisme en mars 2020.  

Du théâtre et deux murales

Deux projets s’inscrivent dans le volet arts et culture. « Je ne leur fais pas faire du coloriage. Mon langage, c’est l’inclusion sociale. Un artiste va m’aider à faire deux murales chez Pleins Rayons. Les vendredis, les participants vont parler d’inclusion, de l’exclusion qu’ils ont vécue, et chaque apprenti va faire sa propre murale sur papier. À la fin, on va prendre un élément de chaque pièce d’art des apprentis et l’artiste va les mettre dans deux grandes murales. »

Des apprentis participeront aussi à la création de deux pièces de théâtre, une première en français et une deuxième en anglais, d’une durée de 20 minutes chacune, sur le thème de l’inclusion sociale. Un artiste les guidera dans le processus, de l’écriture à la mise en scène, en passant par la création de costumes et de décors. Le public devrait pouvoir voir le résultat en juin prochain.

Cantine santé

M. Marcoux a également songé à un projet entrepreneurial pour son groupe. Les apprentis ont choisi de fonder une cantine santé dans l’incubateur industriel de Cowansville, où se trouvent notamment les locaux de Pleins Rayons.

Stephan Marcoux leur a fait un prêt de 500 $ qu’ils devront rembourser. « Il faut qu’ils regardent comment ils vont y arriver, qu’ils achètent leur matériel, leurs produits, qu’ils décident qui va travailler quel jour de la semaine. Ils vont se choisir un conseil d’administration et un directeur général. Ça me fait tellement triper, c’est tellement beau de voir leur processus ! La confiance qu’ils gagnent à travers ça, c’est transposable dans la vraie vie après. »

À la recherche de financement

Une campagne de sociofinancement a été lancée sur la plateforme GoFundMe afin d’amasser des fonds qui serviront à acheter un minibus pour transporter les apprentis vers toutes ces nouvelles activités.

« On aime ça aller faire du vélo de montagne au Centre national de cyclisme de Bromont ou aller au mont Sutton pour faire de la randonnée. Je veux avoir un minibus pour leur faire vivre le plein air. Et ça va nous permettre de réaliser toutes ces activités-là. Je ne peux pas payer tout le temps des frais de location d’autobus de 300, 400 $. »

Au moment d’écrire ces lignes, environ 1500 $ avait déjà été amassé sur un objectif de 15 000 $.

Entre deux chaises

La mission de Pleins Rayons est de plus en plus connue dans la communauté... à l’exception des couloirs du gouvernement provincial, où l’organisme n’est toujours pas reconnu ni financé.

« Il n’y a rien comme nous au Québec. On prend les personnes qui sont très éloignées du marché du travail, qui se font dire qu’ils sont en maintien d’acquis, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent plus rien apprendre, et on les amène vers l’emploi. Je ne fais pas juste de la santé et des services sociaux, je fais aussi de l’employabilité. »

M. Marcoux constate que la mission de l’organisme, qui touche deux ministères, le place entre deux chaises. « On ne fitte pas dans une case et, à cause qu’on est novateur dans notre approche, le financement n’est pas là pour nous. »

Il estime à 330 000 $ les frais d’exploitation actuels pour aider une quarantaine de personnes à cheminer vers l’emploi grâce à divers projets concrets, comme la réparation et la vente de vélo, et des partenariats avec des entreprises et organismes.

M. Marcoux croit que la plupart des organismes n’offrent pas les opportunités que cette clientèle mérite. Il est d’ailleurs maintenant administrateur au conseil d’administration de la Société québécoise de la déficience intellectuelle afin d’avoir une voix plus puissante dans le milieu.