Des amoncellements de matières recyclables jonchent toujours la cour arrière de Récupération 2000, près de six mois après la fermeture de l’entreprise pour cause de faillite.

Le site de Récupération 2000 à l'abandon

Les milliers de tonnes de matières recyclables laissées derrière les installations de Récupération 2000 à Cowansville ne seront pas retirées de sitôt pour être recyclées. Près de six mois après la faillite de l’entreprise, le syndic responsable du dossier n’a pas encore trouvé une façon de disposer de toutes ces matières.

AUCUNE SOLUTION EN VUE

La responsabilité de trouver une solution incombe à Price Waterhouse Coopers (PWC), indique Daniel Messier, porte-parole régional du ministère de l’Environnement. Le syndic « tente présentement de liquider les biens, disposer des matières recyclables encore sur place et trouver un acheteur pour le site afin de régler avec les créanciers », écrit-il dans un échange de courriels. « Le Ministère suit la situation de très près avec le syndic », assure-t-il.

Les acheteurs potentiels du terrain de Récupération 2000 sur le chemin Dryden à Cowansville ne se bousculent pas. Seuls les conteneurs et les véhicules de l’entreprise ont trouvé preneur lors d’un encan en août dernier, rapportant 783 000 $ (leur valeur étant de 1,9 million de dollars). La vente de l’immense terrain et des bâtiments sont toutefois hypothéqués par la présence de plusieurs montagnes de matières résiduelles sur le lot arrière de la propriété.

Bien que 63 entreprises aient été sollicitées par le syndic pour déposer une offre pour les actifs de la compagnie, aucune ne s’est montrée intéressée à acquérir les bâtiments et le terrain. La raison est bien simple: le nouveau propriétaire héritera des montagnes de matières résiduelles sur le site et par le fait même de leur responsabilité et des coûts pour s’en débarrasser.

Le terrain arrière est couvert de matières résiduelles. D’énormes amoncellements de particules de plastiques et de verre, utilisés comme matériaux de recouvrement, se trouvent sur le site. Des centaines d’amas de matériaux de toutes sortes, comme des morceaux de béton et de bois, des palettes de bois, du plastique, des pièces de métaux et des pneus sont entassés partout sur une superficie d’environ 1,23 hectare (132 396 pieds carrés), a constaté La Voix de l’Est en visitant les lieux.

Le ministère de l’Environnement ignore la quantité de matières résiduelles abandonnées sur le site. Le volume de matières avoisine les 15 000 tonnes, affirmait La Presse + en octobre, citant une source. Plus de 900 voyages de camions seraient nécessaires pour libérer le site. Une opération d’au moins 2 millions de dollars, rapportait le quotidien électronique.

Déjà vulnérable, Récupération 2000 n’a jamais été capable de s’ajuster aux nouvelles normes imposées par les entreprises chinoises acheteuses de papier et de plastique. Les ballots produits par la compagnie de Cowansville contenaient trop d’autres matières. Ce marché s’est fermé, entraînant de lourdes pertes financières pour Récupération 2000.

De grandes quantités de matières recyclables, provenant des collectes sélectives dans des municipalités de la MRC Brome-Missisquoi, se trouvent encore entassées à l’intérieur du bâtiment du centre de tri, non triées.

Dette de 7,160 M$

Dans ses rapports disponibles sur son site internet, PWC indique que Récupération 2000 devait 5,850 millions de dollars à la Banque Nationale, 869 000 $ à la Banque fédérale de développement, toutes deux créancières privilégiées, et 441 124 $ à 82 autres créanciers non garantis pour une dette totale de 7,160 millions de dollars.

La vente de ses actifs n’a permis d’amasser que 783 000 $. Les comptes à recevoir s’élèvent à 441 000 $, peut-on lire dans les rapports du syndic. Notons que la meilleure offre reçue pour les équipements de tri s’est élevée à 124 000 $ alors que leur valeur était estimée à 1,3 million de dollars. Le syndic a rejeté l’offre.

Nous avons formulé quatre demandes d’entrevue ces deux dernières semaines au syndic PWC pour connaître ses démarches pour nettoyer le site. Le porte-parole de la firme, Pierre Campeau, a souligné la semaine dernière que la faillite est devant la cour. Il a indiqué que le responsable du dossier, soit Claudio Filippone, allait entrer en communication avec le journal pour répondre à des questions sur les finances de l’entreprise. Aucun des deux hommes n’a pu être joint par la suite.

Les matériaux qui se trouvent sur le site de Récupération 2000, comme les milliers de palettes de bois, pourraient avoir une valeur de revente, croit Marc Olivier, spécialiste de la gestion des matières résiduelles à l’Université de Sherbrooke.

UNE VALEUR POTENTIELLE DE REVENTE

Les matières recyclables jonchant le site de Récupération 2000 pourraient receler une valeur potentielle de revente, pense Marc Olivier. Leur revalorisation est possible, mais les entreprises spécialisées doivent y trouver leur compte, soutient le spécialiste en gestion des matières résiduelles à l’Université de Sherbrooke. Québec pourrait devoir débourser pour nettoyer le site, dit-il.

« Une entreprise, à très vil prix, pourrait acheter ces matières et les revendre sur le marché. C’est peut-être une des seules solutions pour s’assurer que ces matières soient recyclées », soutient M. Olivier. Cependant, considérant les coûts occasionnés pour vider le site de ces matières, surtout les frais de camionnage qui sont très élevés, le syndic ne peut espérer tirer de revenus de la vente de ces matières, estime-t-il.

Des matières comme celles provenant des activités de construction, de rénovation et de démolition ont des valeurs intéressantes de revente, indique M. Olivier. Même chose pour le bois, dont des palettes, et les métaux et certains plastiques, énumère l’universitaire.

Des gestes doivent être posés plus tôt que tard, note M. Olivier, puisque le temps est un enjeu dans cette affaire. La présence de papier dans les monticules de matières recyclables pourrait en effet contaminer les matériaux, souligne-t-il. La pluie et la neige affectent la composition du papier, explique le chimiste. « Le papier va se dégrader, se transformer en pâte et provoque de la souillure. On va avoir une pâte collée sur les matériaux. Ça rend leur manipulation difficile. C’est certain qu’on ne peut pas attendre indéfiniment avant de sortir ces matériaux de là. Sinon, les entreprises intéressées perdront de l’intérêt. »

Site orphelin

La faillite de Récupération 2000 et l’amoncellement de matières résiduelles laissées dans son sillage illustrent les problèmes de l’industrie au Québec, estime M. Olivier. Il jette aussi un éclairage sur le manque de garanties que Québec exige des entreprises dans ce secteur d’activité.

Les entreprises qui opèrent des sites d’enfouissement, fait remarquer M. Olivier, doivent avoir des fonds consacrés à la fermeture éventuelle du site. Ça évite que leurs propriétaires disparaissent en laissant les coûts de nettoyage à la société.

De telles garanties ne sont pas imposées aux entreprises de recyclage, comme les centres de tri. Exiger de ces entreprises qu’elles disposent de fonds de fermeture pourrait être envisagé, selon M. Olivier. « Des dépôts de garantie serviraient à couvrir les opérations de fermeture. »

Il est probable, pense M. Olivier, que le terrain de Récupération 2000 ne trouve aucun preneur. Le ministère de l’Environnement héritera donc du site devenu orphelin. Les coûts pour nettoyer le terrain seront alors vraisemblablement assumés par le gouvernement québécois, dit-il. « Le Ministère va agir selon la nature de dangerosité du site. Où le situera-t-il dans sa liste des priorités ? » s’interroge l’universitaire.

LE CAS DE CONTENEURS ROCK FOREST

Ce n’est pas la première fois qu’une entreprise du secteur de la récupération ferme ses portes et abandonne derrière elle des milliers de tonnes de matières résiduelles non triées. La faillite des Conteneurs Rock Forest à Sherbrooke a provoqué une crise similaire en 2013.

Incapable de rembourser ses créanciers, l’entreprise a cessé ses activités en laissant sur son terrain des montagnes de matériaux provenant de l’industrie de la construction et de la démolition, soit du bois, du ciment, des bardeaux d’asphalte et du plastique.

Une première estimation du volume de matières recyclables sur le site faisait état de 18 000 tonnes. Toutefois, au terme des travaux pour libérer le terrain de ces matières, ce sont plutôt 43 000 tonnes qui ont été recueillies. Une grande partie du tonnage a pris le chemin d’un centre de tri.

Les coûts pour réaliser les travaux de nettoyage du site se sont élevés à 5,8 millions de dollars. Le ministère de l’Environnement a assumé la facture.

En février 2018, près de cinq ans après que le ministère de l’Environnement ait institué une enquête, la Cour du Québec a condamné les Conteneurs Rock Forest et son propriétaire Sébastian Labrecque à des amendes totalisant 101 958 $ pour avoir refusé ou négligé de se conformer à une ordonnance en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement.

L’entreprise et son propriétaire avaient reçu l’ordre du Ministère d’enlever les immenses amas de matières résiduelles de son site, rapporte La Tribune.

Notons que le Ministère a entrepris des démarches judiciaires pour que Conteneurs Rock Forest et son propriétaire remboursent les frais de nettoyage ainsi que les amendes imposées. Le ministère a mis une hypothèque légale sur le terrain.

À ce jour, la Ville de Sherbrooke n’a pas encore réussi à vendre le terrain pour obtenir les 9000 $ en taxes foncières dues par l’entreprise. Notons que le terrain est contaminé par des hydrocarbures à certains endroits.