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Audrey Brière s’est lancée en affaires il y a 6 ans sous le nom de Créations Odrey. La jeune femme se spécialise dans les objets commémoratifs, aussi bien pour les humains que pour les animaux.
Audrey Brière s’est lancée en affaires il y a 6 ans sous le nom de Créations Odrey. La jeune femme se spécialise dans les objets commémoratifs, aussi bien pour les humains que pour les animaux.

Le réconfort par l’objet

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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De la simple urne funéraire à un portrait détaillé de l’animal, en passant par des bijoux réalisés avec des poils, les manières d’honorer la mémoire de pitou, minou et alouette sont multiples. Surtout, elles font du bien, nous confient les artisans qui se disent privilégiés de recueillir les confidences de ces amoureux des animaux éplorés.

Louise Constantineau conservait des mèches de poil de son fidèle compagnon Charlot. La feutrière d’expérience avait toujours eu envie de fabriquer quelque chose avec cette matière. Un projet latent qui a pris son envol lors du décès de son fidèle compagnon. Mme Constantineau a alors fabriqué une rose avec le pelage de l’animal. Rapidement, sa création a suscité un engouement, si bien que la résidente de Charlevoix n’aurait jamais imaginé, quatre ans plus tard, vendre des bijoux personnalisés à des centaines de maîtres endeuillés à travers le continent et l’Europe via sa petite entreprise Mon Ange Canin.

« Ça n’a jamais arrêté après ça ! » lance celle qui fabrique des perles à partir de la fourrure des animaux de compagnie décédés pour en orner des bracelets, des signets, des boucles d’oreilles ou des pendentifs, entre autres.

À Shawinigan, Audrey Brière s’est pour sa part lancée en affaires il y a 6 ans sous le nom de Créations Odrey. La jeune femme se spécialise dans les objets commémoratifs, aussi bien pour les humains que pour les animaux, une tangente qu’elle a emprunté pour la toute première fois à la demande d’une cliente, qui souhaitait intégrer les poils de son animal dans un pendentif. « Ça m’a interpellée à ce moment-là », se souvient celle qui, depuis, a réalisé des bijoux en mémoire de chiens, de chats, de chevaux, de lapins et même d’un papillon et d’une poule, à partir de leur poil ou de leur plumage.

Désormais, les créations animales comptent pour un peu plus de la moitié de toutes ses commandes, qui l’occupent à plein temps. « C’est vraiment quelque chose qui peut être personnalisé à l’infini et qui fait du bien à la personne qui se l’offre. On m’apporterait de la peau de serpent et je l’intégrerais à ma création ! » lance Mme Brière.

Feutrière de métier, Louise Constantineau fabrique des perles avec les poils du défunt animal, qui ornent ensuite des bijoux personnalisés.

Les deux joaillières animalières affirment recevoir, à l’occasion, des demandes de clients dont l’animal est décédé depuis plusieurs années, mais qui avaient conservé quelques mèches de poil et qui savent désormais comment les mettre en valeur. « J’ai aussi des gens qui, quand ils découvrent ce que je fais, se disent qu’avoir su, ils auraient conservé une mèche de poils... » lâche Mme Constantineau, une observation que partage Mme Brière.

Artiste peintre derrière Artemo, Christine Bélanger calcule que les toiles commémoratives, qu’elles représentent des humains ou des animaux, représentent environ 75 % de toutes ses commandes, qui peuvent aller de quelques dizaines à plusieurs centaines de dollars selon le budget du client commissionnaire. « Et les animaux sont beaucoup plus populaires que les humains ! » lance celle qui roule sa bosse principalement grâce à des références sur Facebook et par le bouche-à-oreille.

Étant donné que le sujet de la toile amène sa part d’émotivité pour celui qui souhaite se l’offrir, « il y a toujours le stress, l’angoisse, de dire qu’il faut que ce soit représentatif, que la personne reconnaisse son animal », souligne-t-elle.

« Il y a eu des projets plus difficiles à faire que d’autres, poursuit-elle. C’est d’immortaliser un souvenir d’un animal qu’on a chéri. »

Combler un vide

Si ses créations se vendent comme des petits pains chauds, c’est parce que le besoin de se réconforter à travers l’objet est criant, estime la feutrière. « Il faut voir ça comme un outil pour le deuil, explique Mme Constantineau. Ce n’est pas tout le monde qui va porter le bijou en permanence, mais pour certaines personnes, le fait de le porter, du moins pendant un certain temps, leur fait un baume au cœur. Ça amène du réconfort de pouvoir toucher une partie de ce qui était l’animal. Ça rappelle sa présence. »

Le souvenir permettrait notamment de simuler la présence de l’animal, de perpétrer certaines habitudes, et ce, jusqu’à ce que le maître soit capable d’aller de l’avant sans son fidèle compagnon avec de nouveaux repères.

« Je pense que ces gens-là vont chercher une manière d’incarner la présence de leur animal pour combler le vide que laisse son décès après quelques années à partager sa vie », suppose Mme Bélanger.

Le souvenir permettrait notamment de simuler la présence de l’animal, de perpétrer certaines habitudes, et ce, jusqu’à ce que le maître soit capable d’aller de l’avant sans son fidèle compagnon avec de nouveaux repères. « J’ai déjà accompagné une dame qui allait marcher avec son chien tous les jours, se souvient Lynne Pion, spécialiste en accompagnement du deuil animalier. Quand il est décédé, elle a continué à aller marcher en apportant avec elle des poils de son chien dans une petite bouteille. J’ai aussi eu une autre cliente qui faisait beaucoup de route avec son animal et qui a décidé de conserver une partie de ses cendres dans son véhicule pour continuer cette tradition, elle peut lui parler pendant qu’elle conduit. »

« Pour bien des gens, ça devient une sorte de porte-bonheur. Ils ont leur animal avec eux et ils peuvent se réconforter en touchant ce qu’ils ont. C’est un objet tangible qui leur rappelle leur compagnon, comme s’il était encore présent », illustre pour sa part Audrey Brière.

Porte-bonheur ne signifie toutefois pas talisman, prévient Mme Pion. « Tant que ça ne fait pas mal à la personne, c’est sain, dit-elle. Mais si un jour, la personne oublie son pendentif ou les poils de son chien et qu’elle est convaincue que les choses vont mal tourner, c’est peut-être le signe qu’il faut aller chercher de l’aide. »

« À moi aussi, ça me fait du bien »

Au-delà de l’aspect financier de leur entreprise respective, les créatrices affirment retirer beaucoup de leur contact privilégié avec leur clientèle. « À moi aussi, ça me fait du bien, mentionne Louise Constantineau. Les gens me partagent des histoires touchantes avec leur animal... Je reçois des confidences... Je crois que je ne passe pas une journée sans pleurer. »

Artiste peintre derrière Artemo, Christine Bélanger calcule que les toiles commémoratives, qu’elles représentent des humains ou des animaux, représentent environ 75% de toutes ses commandes.

Selon Christine Bélanger, la clientèle sait qu’elle ne sera pas jugée, mais plutôt accueillie avec sa peine, auprès de l’artiste. « Ils savent qu’on va comprendre, qu’on a l’empathie pour l’épreuve qu’ils traversent, indique-t-elle. Moi-même j’ai perdu un animal, je sais à quel point ça peut être douloureux. Les gens vont vers l’expérience qui va les réconforter. Il y a quelque chose dans le processus qui apaise la personne endeuillée et qui crée un lien fort et émotif avec nous en même temps. C’est gratifiant et émouvant à la fois. »

« Ça me fait vibrer, l’expérience personnalisée, le fait d’avoir un contact aussi étroit avec quelqu’un qui vit un deuil et qui se confie, note pour sa part Mme Brière. Je me sens utile, je sens qu’on vit une expérience humaine et qu’on partage quelque chose. »