Michael Cloutier a écrit une lettre à la journaliste Karine Blanchard afin de la remercier pour ses articles, qui l’aident beaucoup dans son apprentissage de la lecture.
Michael Cloutier a écrit une lettre à la journaliste Karine Blanchard afin de la remercier pour ses articles, qui l’aident beaucoup dans son apprentissage de la lecture.

Le quotidien local comme outil d’apprentissage

Florence Tanguay
Florence Tanguay
La Voix de l'Est
Âgé de 30 ans, Michael Cloutier fréquente le Centre Alpha de la Haute-Yamaska depuis trois ans. Son but : apprendre à lire et à écrire. La Voix de l’Est est un outil d’apprentissage qu’il utilise beaucoup depuis le début de la pandémie. Dans le cadre de son cheminement, il a décidé d’écrire une lettre à une journaliste dont il affectionne particulièrement les articles, Karine Blanchard.

Même s’il a toujours souhaité apprendre à lire et à écrire, Michael avoue avoir constamment eu de la difficulté à l’école. Il se rappelle notamment avoir été encouragé par ses enseignants du primaire à écrire ses initiales plutôt que son nom complet, qu’il ne savait pas orthographier en entier.

Lorsqu’il est tombé malade, à l’âge de 13 ans, il a cessé de fréquenter l’école. Il n’y est jamais retourné, jusqu’à ce qu’il fasse appel au Centre Alpha, en 2017.

«Un immense désir d'apprendre»

Dès le départ, il a été jumelé à Jacinthe Valiquette, l’une des 71 bénévoles du centre, avec qui il progresse depuis plus de trois ans maintenant. Celle-ci relate que son élève a « un immense désir d’apprendre », et ce, depuis le début de leur collaboration. « Il était très motivé, même si au début, c’était extrêmement ardu », confie-t-elle.

Ouvert depuis 35 ans, le Centre Alpha de la Haute-Yamaska aide gratuitement les adultes qui souhaitent apprendre à lire, écrire et calculer. Chaque année, une centaine de personnes bénéficient de ses services, selon la directrice de l’organisme, Carole Turcotte. Le Centre Alpha de Granby est l’un des rares de la région à offrir des enseignements individuels.

La bénévole et Michael se rencontrent à raison de deux heures chaque semaine. Cependant, la pandémie a entraîné la fermeture temporaire du bâtiment.

Michael, dont l’envie d’apprendre est sans bornes, tenait absolument à continuer ses leçons malgré tout. Son enseignante et lui ont donc trouvé une solution pour poursuivre à distance.

« On fait l’école par téléphone », trente minutes par jour, quatre jours par semaine, explique l’apprenant. Chacun au bout du fil, le duo a débuté par réviser des acquis, avant de se lancer dans des séances de lecture à voix haute.

La lettre de Michael, de même que son parcours, ont beaucoup touché la journaliste.

Une lettre très spéciale

C’est ainsi qu’ils ont décidé de commencer à lire les articles de La Voix de l’Est disponibles en ligne. « Avant, je n’osais pas lire le journal, j’avais peur », concède Michael, qui prend maintenant soin de choisir l’article qu’il souhaite lire avant le début de chaque séance.

Son choix s’arrête souvent sur les événements policiers, des nouvelles où « il y a de l’action », dit-il.

« Ce sont souvent des articles courts avec des phrases courtes. Ça facilite sa lecture », soutient Jacinthe Valiquette.

« À un moment donné, il a remarqué qu’il lisait souvent des articles de Karine Blanchard », ajoute-t-elle. Ils ont donc eu l’idée de lui écrire une lettre afin de la remercier et de lui faire part de l’impact qu’avaient ses articles sur l’apprentissage de Michael.

« Ça nous a pris deux semaines pour l’écrire », dévoile l’auteur de la lettre d’une longueur d’environ 80 mots.

Durant cette période, chaque moment passé au téléphone avec son enseignante était consacré à la rédaction de cette lettre. Chaque mot est calligraphié avec soin et témoigne d’une grande application.

Le contenu, tout comme le parcours de Michael, a grandement touché Karine Blanchard quand elle a lu la lettre, le 9 juin. En poste à La Voix de l’Est depuis 15 ans, elle n’avait jamais reçu ce genre de témoignage. Elle était surprise et surtout heureuse d’apprendre que son travail avait une plus grande portée qu’elle ne le croyait. En plus d’informer la population, ses articles ont fait office d’outil d’apprentissage pour cet homme de 30 ans possédant une détermination à toute épreuve.

L’écriture lui a demandé de grands efforts, mais Michael est heureux d’avoir relevé ce défi. Il s’agit d’ailleurs du plus gros projet qu’il a entrepris depuis qu’il travaille avec Jacinthe Valiquette. « Ça me rend fier », admet-il en souriant. Son enseignante souligne qu’il est désormais un lecteur assidu du journal et un visiteur ponctuel de la bibliothèque. « Il veut toujours en faire plus », affirme-t-elle avec fierté.

Âgé de 30 ans, Michael Cloutier fréquente le Centre Alpha depuis trois ans, où il apprend à lire et à écrire.

Michael souhaite continuer ses apprentissages avec le Centre Alpha. À plus long terme, il désire poursuivre son cheminement scolaire au Centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby.

Trois ans après avoir entrepris cette démarche, il espère que son histoire pourra inspirer d’autres adultes qui voudraient apprendre à lire et à écrire, mais qui se sentent freinés par leur âge. À toutes ces personnes, il leur dit : « Fonce, il n’y a pas d’âge pour apprendre ! ».