Emmanuel Breton, directeur de l’APTS en Estrie, est d’avis que les contrecoups du projet Optilab, lancé en avril, sont nombreux pour les effectifs de l’hôpital de Granby.

Le projet Optilab connaît des ratés

Le projet de réorganisation des laboratoires médicaux Optilab connaît des ratés depuis son lancement officiel le 1er avril. Ceux-ci rejaillissent dans bien des départements à l’hôpital de Granby, notamment en cytologie et en pathologie, aux prises avec un manque criant d’effectifs.

La situation a commencé à devenir plus critique il y a quelques mois, après le départ à la retraite d’un membre de l’équipe du département de cytologie de l’hôpital de Granby. Le groupe a par la suite été amputé de deux personnes supplémentaires : l’une d’elles est en congé de maternité, l’autre est en arrêt de travail (maladie) prolongé. 

« Ce n’est déjà pas facile d’avoir le personnel suffisant dans les laboratoires. Avec Optilab, ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés. C’est ce qui est arrivé à Granby. Ça a fait en sorte que les [analyses] se sont accumulées rapidement », a déploré en entrevue Emmanuel Breton, directeur de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie.

Dès le mois de mai, la situation est devenue intenable. Près de 8000 analyses étaient alors en attente. Notons que le PAP test, lié à la cytologie, que l’on appelle aussi frottis, consiste à détecter des altérations au sein des cellules du col de l’utérus, entre autres pour la prévention de cette forme de cancer. 

Pour dénouer l’impasse, les dirigeants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, qui chapeaute l’hôpital de Granby, ont décidé d’envoyer quelque 6000 spécimens vers Sherbrooke (CHUS). Les milliers d’autres ont été acheminées dans un laboratoire ontarien privé, a indiqué M. Breton. Ce qu’a corroboré le Dr Edmond Rizcallah, directeur du département de pathologie du CIUSSS de l’Estrie. « Les gens de Granby avaient beaucoup de retard quand ils nous ont demandé de les aider. On a accepté 5962 lames de chez eux. Pour les 2000 supplémentaires, on a jugé qu’en les prenant, ça dépasserait les délais préconisés pour la sécurité des patientes. Alors on a mis la main à la poche », a précisé le spécialiste. Coût de l’opération : 24 220 $.

Or, pourquoi avoir opté pour un laboratoire hors Québec ? « Ma chef de service a contacté plusieurs laboratoires ici, mais ils étaient tous surchargés. On n’avait que cette alternative », a expliqué le Dr Rizcallah.

Sur la corde raide

Emmanuel Breton est d’avis que les contrecoups d’Optilab encaissés jusqu’ici par le personnel des laboratoires du Centre hospitalier de Granby (CHG) ne sont que « la pointe de l’iceberg ». 

« Tout le monde est surchargé dans les laboratoires. Il y a de l’ouvrage partout à n’en plus savoir qu’en faire. C’est un non-sens d’imposer des coupures parmi ça. [...] À Granby par exemple, au lieu de régler le problème en embauchant du personnel, ne serait-ce qu’à temps partiel, on s’acharne avec Optilab. Et ce qui est le plus déplorable, c’est que les patients paient le prix de toutes ces mauvaises décisions », a-t-il clamé. 

Le Dr Rizcallah a concédé que la situation n’est pas rose dans les laboratoires estriens, notamment au CHG. « On ne sait même pas si le gouvernement va nous obliger à rapatrier toutes les analyses [du territoire] à Sherbrooke. [...] Ce bazar d’Optilab, on ne l’a pas choisi. On est pris dans ça comme tout le monde. [...] À long terme, on va arriver à quelque chose de tangible. Mais entre temps, il va y avoir de la casse », a imagé le représentant du CIUSSS de l’Estrie.

Selon M. Breton, le risque d’erreurs ne peut que s’accroître de façon exponentielle si le personnel des laboratoires demeure sous pression. À cela s’ajoute la multiplication des manipulations d’échantillons à analyser, entre autres à cause de la centralisation. Rappelons que le CHG sera le grand perdant une fois la restructuration complétée avec 27 emplois en moins. De son côté, l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP) perdra sept postes. « On est inquiets pour les transferts [de spécimens], les pertes d’emplois et la main-d’œuvre qui devra migrer vers Sherbrooke. Malheureusement, on assistera à une énorme perte d’expertise en région », s’est désolé le représentant de l’APTS.

Le transfert massif vers Sherbrooke d’échantillons provenant de labos des quatre coins de l’Estrie a de quoi donner le vertige, a pour sa part indiqué le Dr Rizcallah. « Les transferts, bien sûr que ça fait peur, a-t-il dit. C’est pour ça qu’on a mis en place un système de traçabilité. Mais ce n’est pas parfait. [...] On ne nous rend jamais la vie facile dans le système de santé. »