Afin que le projet du terminal Brigham voie le jour à proximité de la route 139, une zone de 23 hectares doit au préalable être exclue de la zone verte.

Le projet de terminal ferroviaire à Brigham se bute à la CPTAQ

Au terme de plusieurs mois d’analyse, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) s’est dite non convaincue de la finalité du projet du terminal Brigham, présenté par la MRC Brome-Missisquoi. Cette dernière devra donc soumettre de nouveaux arguments à la CPTAQ afin qu’elle accepte d’exclure de la zone verte le site de 23 hectares. Une audience en ce sens est prévue le 13 mars.

« Faire droit à la demande telle que présentée irait à l’encontre de la protection du territoire agricole. [...] La Commission, après pondération de l’ensemble des critères, considère que cette demande d’exclusion devrait être refusée », a conclu la CPTAQ dans son « orientation préliminaire » concernant la demande de la MRC, dont a obtenu copie La Voix de l’Est.

« On est très déçus de l’orientation de la Commission. Mais, on n’est pas surpris, a mentionné en entrevue Francis Dorion, directeur général adjoint et directeur du service de la gestion du territoire à la MRC. Au cours des dernières années, on n’a jamais vu de demande d’exclusion approuvée à la suite d’une demande [initiale]. Ça a toujours été analysé de nouveau avant d’obtenir une réponse finale. »

Le projet a plusieurs ramifications au plan économique. Le maître d’œuvre de l’initiative, Bourque Métal, veut notamment aménager sur le site le seul centre de transbordement ferroviaire dans la MRC Brome-Missisquoi. La situation géographique de l’endroit a pesé dans la balance pour y lancer un projet de grande envergure. « La 139 est un axe important à proximité de l’autoroute 10. L’endroit est bien centralisé pour la desserte des entreprises, tant en Haute-Yamaska que dans Brome-Missisquoi », a fait valoir Francis Dorion.

Sécurité

L’aspect sécuritaire est la pierre angulaire du projet, dont le budget global devrait osciller entre 15 à 20 millions. À ce chapitre, un des points majeurs tient au fait que les propriétaires de Gaz Propane Rainville, dont l’entreprise est établie au centre-ville de Granby, envisagent d’y regrouper leurs activités.

De plus, on prévoit éloigner à plus de 500 mètres des résidences et de l’artère routière les infrastructures liées au propane (Terminal Brigham, Propane Rainville et Rapid Gaz). « [Actuellement], l’emplacement de Terminal Brigham est excessivement dangereux. C’est juste à côté de la 139. À chaque opération, on bloque la route. Il faut aussi penser au risque si une des bonbonnes [de propane] éclate », avait indiqué à La Voix de l’Est Guy Breton, directeur des projets spéciaux pour Bourque Métal, œuvrant dans le recyclage de produits métalliques. Advenant que l’initiative puisse aller de l’avant, l’entreprise deviendrait propriétaire du vaste site. Une nouvelle entité de la compagnie, Bourque Transit, y piloterait un éventuel centre de transbordement ferroviaire.

Le dossier a également d’importants liens sur le plan de la sécurité publique à Bromont. Rappelons que des dizaines de wagons contenant des produits hautement explosifs, entre autres du propane, stationnés tantôt derrière l’école de la Chantignole à Bromont, tantôt au cœur d’un quartier domiciliaire, font craindre le pire aux résidants du secteur depuis quelques années. Le regroupement de ces wagons sur le site de Brigham est envisagé et permettrait de dénouer l’impasse.

UPA

De son côté, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie a recommandé à la CPTAQ de refuser la demande de la MRC, prétextant que « l’exclusion du site visé aurait un impact négatif en regard de plusieurs critères [notamment, car il] présente un bon potentiel agricole tout comme le milieu environnant, [...] et que la communauté présente une bonne homogénéité », peut-on lire dans le compte-rendu de la CPTAQ.

Or, « selon le biologiste de la MRC », le site est constitué à près de 40 % de cours d’eau et de milieux humides, indique le document d’une vingtaine de pages.

L’UPA remet également en doute le bien-fondé du projet, évoquant avoir des « préoccupations sur les motivations qu’ont les promoteurs à s’installer sur ce site, d’autant plus que leurs activités rayonnent à une échelle plus vaste que le territoire de la MRC Brome-Missisquoi. »

Plan B

Dans son argumentaire présenté à la Commission, l’UPA évoque qu’« il aurait été préférable que la demanderesse procède à l’étude de plusieurs sites alternatifs sur l’ensemble du territoire de la MRC. [...] La fédération en conclut que la démarche semble incomplète. » Une vision qu’endosse la CPTAQ. « La Commission constate que la MRC a étudié plusieurs sites alternatifs. [...] Toutefois, aucun scénario alternatif n’a été présenté et outre les aspects économiques, il n’est pas démontré précisément en quoi le projet ne peut être scindé en plusieurs portions de façon à pouvoir localiser certaines portions du projet à l’intérieur de la zone non agricole. »

En entrevue à La Voix de l’Est, Francis Dorion avait souligné qu’une enquête exhaustive a été réalisée pour s’assurer qu’il s’agit du site le plus propice à un tel projet. « On a analysé plus de 7000 unités de terrain [lots] le long des trois axes ferroviaires du territoire [en dehors des zones agricoles]. On s’est gardé 500 mètres de part et d’autre de la voie ferrée. Et il n’y avait pas d’option », a spécifié le directeur de la gestion du territoire. De plus, il s’agirait du « seul le secteur où le zonage municipal (zone 12-37) permet les activités industrielles liées à la présente demande et ce dernier est celui de la route 139/Des Érables où l’on retrouve le terminal de propane actuel et les installations de récupération de métaux », lit-on dans le compte-rendu de la Commission.

Défi

Loin de baisser les bras à la suite du dépôt de l’« orientation préliminaire » de la CPTAQ dans le dossier, la MRC a déjà signifié à l’organisation son désir de présenter de nouveaux points. Selon Francis Dorion, une audience a été fixée le 13 mars. « On croit qu’on avait un excellent dossier entre les mains. C’était très étoffé. On a donc un défi d’amener des arguments supplémentaires à la Commission. D’un autre côté, aucune municipalité ne veut recevoir un terminal de ce type. L’infrastructure existe. Il suffit de la déplacer. Il faut donc que la Commission regarde ça d’un autre œil. Il n’y a pas de doute que c’est un projet qui doit se concrétiser. »