La directrice adjointe de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Cecilia Capocchi, a dévoilé de nouvelles informations au sujet du sarcophage romain à Granby.

Le parcours inusité et unique d'un sarcophage romain

Les secrets du sarcophage romain de la bibliothèque Paul-O-Trépanier à Granby n’ont pas été tous découverts. Mais les nouvelles informations colligées par la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, avec la collaboration de spécialistes italiens, attestent plus que jamais de sa rareté et de son parcours inusité.

Une nouvelle phase de recherche a été menée au cours des deux dernières années, alors qu’un Suédois d’origine italienne, Guy Da Caprona, a contacté la Société d’histoire pour l’informer que les armoiries de sa famille seraient gravées sur cette pièce antique. M. Da Caprona a pris cette initiative après avoir lu un texte portant sur la présence du sarcophage à Granby, a raconté mercredi la directrice adjointe de la Société d’histoire, Cecilia Cappocchi.

« Quand le sarcophage a été installé à la bibliothèque, on a trouvé les armoiries sous le fond et on a envoyé des photos à M. Da Caprona, qui a confirmé que ce sont celles de sa famille », dit-elle.

Guy Da Caprona a par la suite communiqué sa trouvaille au laboratoire d’études sur le Moyen Âge de l’Université de Pise, en Italie. Une équipe de professeurs a ainsi réussi à faire davantage la lumière sur cette pièce de marbre, fabriquée au milieu du IIe siècle, qui s’est retrouvée à Granby après avoir été offerte à l’ex-maire, Pierre-Horace Boivin.

« Ce sarcophage-là est présent dans un catalogue de 1930 qui est sorti après qu’il soit arrivé ici, mais ça ne dit pas qu’il se trouve à Granby. Il y a comme un flou. Les gens en Italie ne savaient pas où il était. Quand M. Da Caprona leur a parlé de ça, on a échangé des courriels. Je leur ai envoyé des photos », souligne Mme Capocchi.

Sépulture

Les recherches ont entre autres permis d’établir que le sarcophage n’a pas servi d’autel au Moyen Âge, comme le voulait une hypothèse. Il a plutôt accueilli à une époque la dépouille d’un membre de la famille Da Caprona. « Qu’un membre de la famille Da Caprona qui, encore au début du XIVe siècle, jouait un rôle important dans la vie économique et politique de la société pisane, ait voulu se distinguer avec une sépulture digne des familles influentes de l’époque est une hypothèse très plausible », relate Mme Capocchi dans la plus récente infolettre de la Société d’histoire.

Pour l’heure, les recherches indiquent que le sarcophage aurait pu être utilisé pour Bacciameo Da Caprona, décédé en 1339 et inhumé dans le cloître de l’église Saint-François de Pise.

C’est également la famille Da Caprona qui aurait fait sculpter des thèmes sacrés sur le côté postérieur du sarcophage, « afin de le conformer davantage à une sépulture chrétienne », note Cecilia Capocchi. Le Christ mort, entouré de la Vierge Marie et de saint Jean en deuil y sont notamment représentés.

La famille Da Caprona aurait fait sculpter des thèmes sacrés sur le côté postérieur du sarcophage, « afin de le conformer davantage à une sépulture chrétienne ».

« Il nous manque des informations durant cinq siècles, soit jusqu’en 1870 environ. On ne sait pas trop où le sarcophage a pu se trouver. On pensait qu’il pouvait être dans la basilique de Saint-François de Pise, mais on ne l’a pas encore trouvé dans l’inventaire. Il reste ce point-là à éclaircir. Il reste aussi à clarifier comment il a pu être donné à M. Boivin », dit la directrice adjointe de la société d’histoire.

Rare

Il semble que le sarcophage s’est retrouvé dans la première moitié du XXe siècle dans la collection privée d’un baron italien, conservée près de Rome. C’est en 1953 que l’œuvre a été offerte à l’ex-maire de Granby par l’Union chrétienne des entrepreneurs italiens. « Après être demeuré environ 1800 ans en Italie, le tombeau quittait donc son pays d’origine pour Granby », relève l’infolettre de la société d’histoire.

Le sarcophage romain a été remis à l'ex-maire de Granby, Pierre-Horace Boivin.

À Granby la pièce d’antiquité a été utilisée durant quelques décennies comme fontaine au parc Pelletier. Un expert en conservation architecturale, embauché par la Ville de Granby, a toutefois sonné l’alarme à l’été 2003, affirmant que l’œuvre, de grande valeur, devait être protégée des intempéries.

Le sarcophage pesant quelque 8000 livres a ainsi été nettoyé et restauré en partie, avant d’être remisé au garage municipal. L’administration du maire Pascal Bonin a décidé en 2016 de le rendre accessible à la population en l’installant dans le hall de la bibliothèque municipale, dans la foulée des travaux de rénovation qui y ont été réalisés.

Selon Mme Capocchi, le professeur Beaudoin Caron, de l’Université de Montréal, a statué qu’il n’y a que deux autres sarcophages au Québec. L’un, en plomb et datant du IIIe siècle, est exposé au Musée des Beaux-arts du Québec à Montréal. L’autre, du IIe siècle et en pierre, est conservé à l’Université Concordia.

« Parmi tous les sarcophages romains conservés dans le monde, celui de Granby se démarque en raison de son iconographie païenne de tritons et néréides. En effet, selon les spécialistes de la question, seulement une quinzaine d’exemplaires de sarcophages de ce type auraient été préservés jusqu’à aujourd’hui », relève également la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

Pour l’heure, un cordon limite l’accès au sarcophage à la bibliothèque. Il est aussi demandé de ne pas y toucher. Cecilia Capocchi espère que les citoyens prendront conscience de la valeur de l’œuvre et sauront la respecter.

Pour consulter l’ensemble des informations sur l’histoire du sarcophage : https ://www.shhy.info/patrimoine/des-nouvelles-du-sarcophage-romain