Ruth Ellen Brosseau (à gauche), Jacinthe Guilbert (au centre) et Brigitte Sansoucy (à droite) condamnent la nouvelle entente sur le libre-échange avec les États-Unis qui menace la gestion de l’offre.

Le NPD condamne l'AEUMC

Le NPD ne desserre pas les dents suite à l’entente sur le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique qui prévoit notamment un plus grand accès au marché canadien pour les producteurs agricoles au sud de la frontière. Pour mettre de la pression sur le gouvernement de Justin Trudeau, les députées Ruth Ellen Brosseau et Brigitte Sansoucy invitent les citoyens à prendre part à la mobilisation citoyenne le Garde manger en danger prévu dimanche prochain à Montréal.

Les députées néo-démocrates Brigitte Sansoucy et Ruth Ellen Brosseau ne mâchent par leurs mots pour condamner l’entente entre le gouvernement libéral et l’administration Trump.

« Le gouvernement Trudeau au grand complet est contre la gestion de l’offre. Ils ont posé des gestes qui contredisent leur discours », tranche la députée de Saint-Hyacinthe—Bagot, Brigitte Sansoucy.

Celle-ci a convoqué les représentants des médias mardi après-midi à la ferme Vinbert d’Acton Vale pour souligner, en compagnie de sa collègue mauricienne Ruth Ellen Brosseau, l’opposition du NPD à la nouvelle entente de libre-échange.

« Il faut que le gouvernement mette ses culottes pour défendre la gestion de l’offre ! », ajoute la députée de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau.

Selon les chiffres avancés par les élues, le Canada aurait perdu 10 % de ses parts de marché depuis l’arrivée au pouvoir du Parti libéral. Elles incluent dans cette équation l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, dont les négociations avaient été entamées par le gouvernement de Stephen Harper, le partenariat TransPacifique ainsi que le nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) suite aux renégociations de l’ALENA.

Ce dernier traité qui reste à être entériné et signé par plusieurs instances prévoit notamment une concession de 3,59 % dans le marché laitier canadien.

En terme de revenus, les néo-démocrates évaluent la perte à l’équivalent d’un mois de travail pour les producteurs agricoles.

« En fait, c’est plus d’un mois, reprend Jacinthe Guilbert, l’agricultrice chez qui la rencontre s’est tenue. Même si on a une perte de revenus, il faut quand même supporter nos charges financières. »

La nouvelle entente de libre-échange prévoit une concession de 3,59% dans le marché du lait canadien.

Le NPD se vante d’être le « seul parti à défendre la gestion de l’offre », mais se garde bien de condamner le libre-échange.

« Nous ne sommes pas contre, ce qu’on craint, c’est qu’à force de concessions, on rompt le fragile équilibre économique. C’est tout le modèle de ferme familiale qui est menacé, estime Brigitte Sansoucy. Dans mon comté, je ne veux voir aucune entreprise agricole fermer. »

Plus de la moitié des fermes laitières canadiennes seraient à risque de fermer leurs portes, lance Mme Guilbert.

Futur incertain

Au printemps dernier, avant même l’entente entre les partis impliqués dans les renégociations, le gouvernement de Justin Trudeau avait mis sur pied le Programme d’investissement pour fermes laitières qui propose de « soutenir la productivité et la compétitivité des producteurs laitiers et pour aider le secteur à s’adapter aux répercussions anticipées de l’Accord économique [...] », selon le ministère fédéral de l’Agriculture. Près de 900 fermes laitières québécoises devront se partager un peu moins de 50 millions. Certaines des fermes subventionnées dans la région seront d’ailleurs annoncées dès la fin de la semaine.

Il s’agit toutefois d’une initiative qui manque sa cible, selon Mme Guilbert.

« Les programmes ne doivent pas être des programmes à l’investissement parce que les gens sont déjà surendettés. Ils doivent tout simplement aider à compenser les pertes. »

L’agricultrice fait remarquer au passage que les agriculteurs ont peu à gagner à augmenter leur productivité dans un contexte de perte de parts du marché.

De leur côté, les deux députées néo-démocrates refusent de trop s’engager quant aux propositions de leur parti en la matière même s’il reste moins d’un an avant les prochaines élections.

« Pour un gouvernement NPD, lorsqu’on parle de protection intégrale de la gestion de l’offre, ça veut dire de prendre des moyens de s’adapter. Même si les accords sont signés, il y a des aménagements qui peuvent se faire », glisse la députée de Saint-Hyacinthe—Bagot.

Brigitte Sansoucy estime également que le gouvernement a le pouvoir « de bloquer à la frontière certains produits ».

Garde manger en danger

En attendant des mesures plus satisfaisantes à leurs yeux, les députées du NPD invitent la population à être solidaire avec ses producteurs agricoles. En s’assurant d’acheter des produits canadiens, comme le glisse Ruth Ellen Brosseau, mais aussi en prenant part à la mobilisation citoyenne le Garde manger en danger organisée par l’UPA dimanche prochain.

L’Union des producteurs agricoles a prévu quatorze départs gratuits dans autant de municipalités de la Montérégie. Des départs d’autobus auront notamment lieu entre 11 h et 11 h 30 à Granby, Farnham, Acton Vale et Saint-Césaire.