La catégorie « lait et substituts » sera retirée du nouveau Guide alimentaire canadien.

Le nouveau Guide alimentaire canadien suscite de vives réactions

Pendant que les nutritionnistes applaudissent la version préliminaire du nouveau Guide alimentaire canadien, les producteurs de lait de la région sont dans l’incompréhension face au retrait de la catégorie « lait et substituts ».

« On ne peut pas être d’accord avec ça. Depuis des dizaines d’années qu’on boit du lait et qu’on nous dit que c’est bon pour les os », lance tout de go Jacques Roy, de la ferme Royolait à Ange-Gardien.

Quant à elle, Karine Mousseau, nutritionniste bromontoise membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ), avoue qu’il était temps que le Guide alimentaire soit réformé.

Aliments protéinés

Selon Mme Mousseau, rapatrier les produits laitiers avec les aliments protéinés est « la place qui leur convient le mieux, car l’accent est moins mis sur le fait qu’on doit manger des produits laitiers chaque jour ».

Toutefois, Marie-Pier Vincent, de la ferme Silvercrest à Saint-Valérien-de-Milton, n’arrive pas à croire que l’on écarte complètement cette catégorie du Guide. « On est passé d’un extrême à un autre. C’est trop drastique », dit-elle.

En plus d’être fondu dans le groupe alimentaire des aliments protéinés — dominé par les légumineuses —, le nouveau Guide ne recommandera plus de manger jusqu’à quatre portions quotidiennes de produits laitiers comme c’est actuellement le cas.

Mme Mousseau soutient que les produits laitiers peuvent faire partie d’une alimentation équilibrée, « mais de là à conseiller plusieurs portions par jour... j’ai toujours pensé que c’était un peu trop », relève-t-elle.

Les producteurs laitiers en entrevue avec La Voix de l’Est se sont tous montrés ouverts à diminuer la consommation de produits laitiers.

« C’est une question d’équilibre. Je n’écarterais pas un produit plus qu’un autre. On a besoin d’un équilibre point de vue viande, céréales, légumes », explique Jocelyn Viau, de la ferme JDR Viau à Saint-Alphonse-de-Granby.

« Si on prend deux litres de lait par jour et qu’on mange du yogourt et du fromage, ce n’est pas raisonnable. C’est juste d’avoir une alimentation raisonnable », mentionne M. Roy.

De son côté, Mme Vincent croit que les études sur le lait et ses bienfaits sont de moins en moins publicisées, ce qui n’aide pas à sa cause. Il n’en demeure pas moins qu’elle est d’accord « de diminuer un peu [la consommation] et d’essayer d’aider la planète ».

Marie-Pier Vincent de la Ferme Silvercrest à Saint-Valérien-de-Milton

Impact

Sachant que le Guide alimentaire est utilisé comme référence pour préparer des repas dans les écoles, hôpitaux et autres établissements publics, les producteurs laitiers se sentent discriminés par le gouvernement.

« Quand on regarde les quotas et la négociation de l’ALENA, et de l’autre côté que nos Canadiens devraient boire moins de lait, je trouve qu’il y a quelque chose qui cloche. On s’en va dans une mauvaise pente », croit M. Roy.

Déjà que la production va « moyennement bien », celui-ci croit que ce nouveau Guide n’aidera en rien les producteurs.

Quant à lui, M. Viau se sent complètement délaissé. « On voit bien que notre gouvernement nous encourage pas trop. C’est la tendance lourde. Ils disent qu’ils vont nous aider et à chaque fois qu’ils négocient c’est encore l’agriculture qui mange un coup ».

Mme Vincent a elle aussi peur qu’un autre événement du genre porte le coup de grâce aux producteurs laitiers. « À force de toujours taper sur une production, on finit par la tuer », dit-elle.

Consciente que ce changement entraînera des impacts sur l’industrie, Mme Mousseau avance que les fermes devront se renouveler et faire davantage de produits fermentés.

De l’eau plutôt que du lait

Le nouveau Guide mettra de l’avant les produits d’origine végétale et la consommation d’eau aux repas, et ce, même pour les jeunes nous apprenait La Presse+, vendredi.

« Encore là, ça dépend de la qualité de l’eau », lance M. Viau en faisant référence aux eaux usées déversées dans les rivières du Québec.

Karine Mousseau, nutritionniste, s'est réjouie des changements apportés au nouveau Guide alimentaire canadien.

Mme Mousseau soutient qu’il n’est pas obligatoire de boire nos calories. Boire du lait entretiendrait le goût du sucre puisqu’il contient beaucoup de « lactose qui se transforme en sucre dans la bouche », a-t-elle dit en concédant que boire du lait est moins mauvais que de boire du jus.

Mme Vincent et M. Roy sont d’avis que le lait ne contient pas les mêmes nutriments que l’eau et qu’il est plus nutritif. Oui, le lait est un aliment complet, mais il entretiendrait d’autres problèmes de santé par rapport à l’acné et aux hormones, selon Mme Mousseau. « Ce n’est pas essentiel à la santé humaine », dit-elle.

Plutôt que de recommander un verre de lait, la nutritionniste pencherait plutôt vers le yogourt puisqu’il s’agit d’un produit laitier fermenté qui « apporte des bienfaits au système immunitaire et au microbiote ».

Selon la nutritionniste, les Québécois ont été « brainwashés » sur l’importance à accorder au lait dans l’alimentation, et cela s’est ancré dans la culture.