« Alex était le cocon de Mila. C’est un papillon qui en sort enfin », raconte Mila Charest, une jeune femme trans originaire de Granby.
« Alex était le cocon de Mila. C’est un papillon qui en sort enfin », raconte Mila Charest, une jeune femme trans originaire de Granby.

Le nouveau corps de Mila

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Ses longs cheveux sont coiffés avec soin. Des étoiles brillent dans ses yeux couleur noisette. Les vêtements qu’elle porte épousent les courbes de son corps de jeune femme. Mila Charest rêvait à ce corps depuis son enfance. Un corps qui était prisonnier dans celui d’Alex.

« Alex était le cocon de Mila. C’est un papillon qui en sort enfin », raconte la Granbyenne d’origine.

La jeune femme âgée de 25 ans, qui respire le bonheur, est trans. Depuis quelques années, elle a amorcé une transition, en laissant de côté Alex pour céder la place à Mila.

« Même enfant, je m’assumais. Je me rappelle que lorsque je jouais avec mes voisins, je voulais toujours avoir le rôle de la fille », décrit celle qui est née dans le corps d’un garçon. L’intimidation, la violence verbale et physique ont été le lot de son quotidien. Être elle-même suscitait méchanceté et dénigrement, pour ne nommer que ceux-là.

« Ça dérangeait beaucoup les gens. Avec le temps, je me suis refermé et j’ai pris le personnage d’homme », raconte-t-elle. L’adolescence a été une période tout aussi difficile. Pendant ses dernières années à l’école secondaire, elle était le « gars gai » de l’école. « Et je m’habillais en fille », raconte-t-elle, sans la moindre barrière.

Après ces années difficiles, un nouveau départ s’imposait. Montréal a été sa terre d’accueil. Souffrant de dysphorie de genre, Mila a décidé de devenir celle qu’elle a toujours été : une femme.

L’une des premières étapes : annoncer la nouvelle à sa famille. « Ma mère a toujours dit qu’elle savait qu’elle avait une petite fille dans un corps de garçon, mais elle n’a jamais pensé que son garçon deviendrait une fille », raconte Mila. Les membres de sa famille ont accueilli la nouvelle avec respect et ouverture. « J’ai toujours eu leur soutien contrairement à d’autres personnes trans », enchaîne la jeune femme, reconnaissante d’être si bien entourée.

La transition physique s’est amorcée. Prise d’hormones, épilation et changement de nom se sont succédé pour celle qui est en couple depuis plus de deux ans avec un homme. La dernière étape qui complétera sa transition sera une vaginoplastie, une chirurgie pour changer d’organes génitaux. Le processus sera accompagné d’un suivi psychologique pendant plus d’un an. « C’est vraiment important pour moi », insiste-t-elle.

Mila est née dans un corps de garçon, comme en témoigne cette photo

Touché droit au cœur

Mila possède une chaîne Youtube où elle partage sa réalité de personne trans. Sa mère, Marjo Gaudreau, a participé à une vidéo qu’elle a tournée et durant laquelle elle raconte notamment comment elle a réagi en apprenant qu’Alex deviendrait Mila et la réalité des parents d’une personne trans.


« Alex était le cocon de Mila. C’est un papillon qui en sort enfin. »
Mila Charest

Ces images ont été la bougie d’allumage de sa participation à une campagne provinciale de sensibilisation pour lutter contre la transphobie du ministère de la Justice. Le concept a été inspiré des anniversaires d’Alex, devenu Mila. Sa mère et son beau-père, Robert Langlois, ont participé au tournage, une implication toute naturelle selon les dires de la maman.

« Chaque fois que je soufflais mes bougies d’anniversaire, je rêvais de me réveiller et d’être une femme. C’était un rêve, une fantaisie », raconte Mila.

Son souhait a non seulement été exaucé, mais toutes ses cartes d’anniversaire ont également été refaites en rose — une couleur qu’elle souhaitait ! — et signées par ses parents. Elles lui ont été offertes lors du tournage. « C’est le plus beau cadeau que j’ai eu de mes parents », estime-t-elle.

Mila, qui vient de compléter sa formation en coiffure, n’était pas au fait de cette partie du concept de la campagne de sensibilisation. La surprise a été totale. Et il a d’ailleurs fallu quelques pauses pour essuyer le mascara qui coulait sur ses joues avant d’avoir la prise conservée au montage, celle d’une jeune femme émue par ce geste immortalisé à jamais par les caméras.

L’objectif de la campagne est de susciter une prise de conscience par rapport aux réalités vécues par des personnes trans. Mila y voit là une opportunité de donner une voix à sa communauté. Impossible de ne pas être touché droit au cœur quand on visionne la vidéo et qu’on constate l’acceptation, l’ouverture et l’amour de ses proches.

Si sa participation peut aider une seule personne trans, son objectif sera atteint, dit-elle. « Je souhaite voir du progrès, de l’ouverture. C’est tellement des discussions intéressantes quand on porte attention à la diversité. Il est temps que les gens commencent à voir la beauté de tout ça. »

La vidéo peut être visionnée au www.justice.gouv.qc.ca.